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[politique de la ville] Trélazé, première ardoise du plan Borloo
Première des bénéficiaires - avec Montereau en Seine-et-Marne - du plan de rénovation urbaine lancé par le ministre délégué à la Ville, l’angevine Trélazé reconstruit son quartier des Plaines le Petit-bois. Les finances de l’État donnent un élan décisif à ce chantier modèle déjà bien engagé.



Trélazé compte 11 000 habitants. Située à la périphérie Sud-Est d’Angers (Maine-et-Loire), la “cité bleue” s’est développée le long d’un couloir schisteux, qui lui vaut son surnom romantique. Dans les années cinquante-soixante, ses quartiers ont en effet poussé tour à tour, au fur et à mesure que s’ouvraient des sites d’exploitation de cet “or bleu” que fut l’ardoise. Aujourd’hui, dans cette dernière ville de France où on l’extrait encore, les ardoisiers ne sont plus que trois cent cinquante, et la rénovation d’un tissu urbain construit après-guerre était dure à payer pour la municipalité. Parfois décrit comme une “poche de pauvreté”, le quartier des Plaines regroupe près de 40 % des habitants de Trélazé, sur un site excentré, dégradé, pauvre en activités. Le taux de chômage y culminait à 23,9 % lors du dernier recensement.

Sans doute d’abord parce qu’il était déjà amorcé -une cinquantaine de logements HLM détruits en 1985, un collège reconstruit il y a six ans, une concertation sociale mise en place -, le projet des Plaines le Petit-bois a bénéficié, le 26 juin 2003, du premier feu vert financier du comité national d’engagement des projets de rénovation urbaine. Coût total annoncé : 33,6 millions d’euros, dont un tiers financé par l’État. Priorité des grands travaux de Trélazé, la destruction-reconstruction de deux écoles - la maternelle Gérard Philippe et le groupe scolaire Paul Fort - qui concerne quatre cent cinquante élèves. “Nous ne pouvions démarrer la reconstruction de ces écoles avant d’obtenir ce soutien de l’État, qui s’élève pour ce projet précis à 80 % de 4,2 millions nécessaires sur cinq ans”, indique Henri Bellanger, responsable de l’urbanisme à Trélazé.


Un “plan Marshall” pour les banlieues

Promulguée le 1er août dernier, la loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine fixe les objectifs du plan sur cinq ans annoncé par Jean-Louis Borloo. Il prévoit d’offre 200 000 nouveaux logements locatifs sociaux, de réhabiliter autant d’habitations dans les zones urbaines sensibles et de démolir 200 000 logements vétustes. Son coût total est chiffré à 30 milliards d’euros, et l’État s’est engagé à hauteur de 2,5 milliards. Le pilotage du programme est confié cette année à un comité national d’engagement, qui préfigure la création en 2004 d’une agence nationale de rénovation urbaine. Cinq villes sont sélectionnées : Trélazé et Montereau depuis le 26 juin ; Meaux, Arras et Toulouse depuis le 16 septembre.


Des quartiers aux “cocons” résidentiels

Mais ce chantier urbain va au-delà, puisqu’il a l’ambition d’“effacer les limites de la cité des Plaines pour la décloisonner et insérer les habitats HLM conservés dans un périmètre plus large”. Un centre commercial va être détruit, un autre sera construit tout au bout de la nouvelle avenue qui reliera - physiquement et humainement - ce quartier au centre-ville. Henri Bellanger souligne qu’il s’agit de développer les services “aux publics”, dans une zone où les commerces et l’école sont à l’abandon. D’autre part, il s’agit aussi de promouvoir “la mixité sociale”, en tentant d’attirer les classes moyennes - d’Angers - autour de la cité des Plaines. “Cent-quatre-vingt-cinq logements vont être détruits et autant vont être reconstruits en bordure de la cité, en habitat pavillonnaire” annonce le chargé de projet, en ajoutant que “si elles sont solvables, les personnes délogées seront prioritaires pour l’accès aux pavillons”. La transformation des quartiers en “cocons” résidentiels est, on le sait, un discours cher au ministre délégué à la Ville, Jean-Louis Borloo.


Les “ateliers de l'avenir” : la concertation avec la population

Un dernier point fort du “dossier Trélazé” achève de lui donner une apparence d’expérience témoin : la concertation avec la population. Des “ateliers de l’avenir” existent de longue date. “Ces commissions d’habitants, fondées par la ville et les centres sociaux, se réunissent depuis 2000, témoigne Pascal Boileau, habitant du quartier des Plaines. Je faisais partie de l’un des sept premiers groupes. Il en reste deux, qui continuent d’apporter leur connaissance du terrain sur l’espace citoyen et le site ardoisier. Vingt à trente personnes participent en moyenne aux réunions mensuelles.” L’atelier de Pascal Boileau a ainsi produit plusieurs études sur le patrimoine historique et végétal du site, et notamment une “carte des usages” du complexe ardoisier, précisant les lieux où les Trélazéens ont l’habitude de se baigner, de se promener en vélo, etc. Souvenir des premières confrontations avec les techniciens de l’agglomération et des cabinets d’étude : “Leur vocabulaire était emprunté au Nord de la France, nous leur avons appris à dire ‘butte’ au lieu de ‘terril’, à évoquer des couleurs bleues au lieu des noires… Auprès d’eux, nous avons le sentiment d’avoir acquis une crédibilité technique. Nous espérons en avoir aussi de plus en plus sur le plan politique.”
Franck Petit
[24/09/2003]

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