
Sur la route des abolitions de l’esclavage française
La route des abolitions de l’esclavage française est une mise en réseau de quatre sites situés dans l’est de la France. Il s’agit de la maison de la négritude à Champagney, en Haute-Saône, de la maison de l’abbé Grégoire à Emberménil, en Meurthe-et-Moselle, du château de Joux, dans le Doubs et enfin du musée Schoelcher à Fessenheim, dans le Haut-Rhin. Ce parcours, imaginé dans le cadre du bicentenaire de la mort de Toussaint Louverture, en 2003, a été officiellement inauguré en 2004, année internationale de commémoration de la lutte contre l’esclavage et de son abolition.
Des lieux symboliques chargés en émotion
Excepté le château de Joux, les lieux qui matérialisent cette route ne sont pas à proprement parler des musées. Ils n’en ont ni la rigueur artistique, ni l’intérêt historique. Ce sont plutôt des lieux à forte charge émotionnelle et symbolique qui permettent lever le voile sur une période de l’Histoire et de découvrir de grands hommes.
A Champagney, le 19 mars 1789, de simples et modestes habitants du village adressent au roi Louis XVI le premier appel du peuple contre la traite négrière et l’esclavage par le biais des cahiers de Doléances, cas unique dans les annales de ces derniers. L’abbé Henri Grégoire, figure charismatique de la société abolitionniste des « Amis des Noirs », est, lui, à l’origine de la première abolition de l’esclavage de toute l’Histoire, le 4 février 1794. Toussaint Louverture, né esclave analphabète et devenu premier général noir de l’armée française, est le père de la première république noire, la république haïtienne. Précurseur du mouvement d’émancipation des colonies et déclencheur du processus des abolitions de l’esclavage, il mourra en 1803 dans une cellule du château de Joux, déporté sur les ordres de Bonaparte, venu rétablir l’esclavage dans les colonies. Enfin, le 27 avril 1848, Victor Schoelcher achève le processus en rédigeant le décret historique qui abolit définitivement l’esclavage, consacrant ainsi le long combat pour l’égalité des races.
Un combat d’actualité
« Les noms de Toussaint Louverture, l’abbé Grégoire ou encore Victor Schoelcher évoquent tous quelque chose. Mais peu de gens sont capables de dire quel fut leur combat alors que ces trois hommes sont enterrés au Panthéon !», souligne Philippe Pichot, chef de projet au Château de Joux et initiateur de la route. C’est pourquoi les acteurs de ce projet ambitionnent d’aller bien plus loin que le simple développement du volet historique.
Les quatre sites accueillent déjà principalement des écoles de leur région mais l’objectif est, à terme, plus ambitieux. Il s’agit de créer un outil pédagogique spécifique à ce réseau et de mettre en place des échanges scolaires intersites, nationaux et internationaux, sur le modèle de la ville de Fessenheim, jumelée avec la ville de Schoelcher, en Martinique. Il s’agit aussi de pousser la France à relire son histoire et à l’assumer, notamment aux yeux des nouvelles générations. « L’esclavagisme est encore un sujet tabou car on touche aux mythes du pays des droits de l’homme. L’esclavage, pour les Français, ne fait pas partie de leur histoire. D’ailleurs, cette histoire n’est pas dans nos manuels scolaires », insiste Philippe Pichot.
Le réseau entend aussi développer des partenariats avec des chercheurs français et étrangers et devenir un « centre » incontournable de la réflexion autour des droits de l’homme. La route des abolitions, à défaut de constituer un réel parcours touristique, est un projet très cohérent autour de valeurs humanistes. « Le combat contre l’esclavage et le racisme est, malheureusement, encore actuel et nécessaire», explique le maire de Champagney, Gérard Poivey. Dans cet esprit, des familles du village accueillent régulièrement des femmes, souvent d’origine africaine ou asiatique, victimes d’esclavage moderne. La commune se mobilise pour leur redonner un travail et leur permettre de d’obtenir des papiers.
A terme, les quatre sites espèrent donc pouvoir créer une réelle dynamique autour de cette route des abolitions de l’esclavage. Et plus qu’un parcours historique, en faire un parcours de mémoire vivante car rien ne se construit dans l’oubli.