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[chanson] “Kiffer” la chanson française
Zebrock au bahut
De Brel à NTM, Edgard Garcia, président de Zebrock au bahut, fait vivre la chanson française dans les collèges et les lycées de Seine-Saint-Denis (93). Un travail de transmission, à la fois léger et structurant, qui fait vibrer les jeunes.


“T’entends cette chanson, Fatoumata, elle a été écrite il y a cinquante ans. Elle est pour toi. C’est ton histoire... ” Voilà comment Edgard Garcia “prend son pied” lorsqu’il intervient dans les collèges du 93. C’est en faisant découvrir aux petites têtes blondes, frisées et crépues de la Seine Saint-Denis que la chanson française fait partie de leur patrimoine à tous, quelle que soit l’origine de leurs parents et quelle que soit leur classe sociale. Un programme étalé sur l’année scolaire fait de rencontres avec des artistes, d’un travail d’écoute et de compréhension de la musique, d’écriture de pastiches et de chroniques et, à la fin de l’année, d’un grand concert. Aznavour, Brel, Ferré, Sapho… Les “mômes”, comme il les appelle, se régalent. Etonnant ? Les “p’tits jeunes” en baggy, fans de rap et parlant un argot à couper au couteau seraient-ils sensibles aux airs d’autrefois ? Une question un peu trop simpliste pour comprendre pourquoi Zebrock au bahut fonctionne si bien depuis 1990. Mais alors, comment ça marche ?

Une chanson française qui respire
Brassens, Ferré, Brel… Zebrock au bahut fait découvrir aux adolescents des artistes mythiques en écoutant et en décortiquant leurs morceaux. Parfois aussi en les rencontrant comme Charles Aznavour, l’année dernière. Mais le but d’Edgard, c’est de faire comprendre aux jeunes que la chanson française n’est pas enfermée dans un musée. Jane Birkin, Zebda et la rappeuse Diams… ont aussi été invités par Zebrock. Les ados, même s’ils tiquent parfois un peu au début, finissent toujours par intégrer que les références anciennes sont très utiles pour comprendre les auteurs contemporains qu’ils adorent. “L’ensemble des représentations esthétiques à la télé reste toujours à la surface des choses. On célèbre le passé comme des espèces d’icônes. Comme des nostalgies mais rarement comme une histoire dans laquelle on trouve des éléments pour construire l’avenir”. Ça ressemble à un discours. Mais il suffit d’écouter parler Edgard de “la France, seconde patrie du rap” et des textes de “NTM, un peu plus puissants et mieux écrits qu’un paquet d’âneries télévisuelles qui nous brossent de bons sentiments”, pour s’assurer que c’est pas du baratin !

Edgard n’essaie pas d’être cool
Il ne veut pas être “le pote” des ados. C’est un point capital dans sa démarche. “Notre boulot à nous c’est de leur filer des clés d’investigation, de compréhension et de sensibilité. Et puis surtout de ne pas renoncer à une chose capitale : la responsabilité en tant qu’adulte en terme de transmission. Je suis convaincu que pour devenir des adultes responsables et heureux, il est indispensable que ces jeunes rencontrent des adultes qui leur refourguent le passé pour qu’ils puissent se nourrir de ça”. Du coup, il n’hésite pas à être strict avec les élèves à qui Zebrock s’adresse. Quand certains poussent un peu trop loin le bouchon, chahutent en classe, Edgard ne craint pas le face à face. Les “mômes” il les aime, il les trouve ouverts et intelligents (et ne s’en étonne pas !) Et c’est bien pour ça qu’il exige d’eux du dépassement de soi. Alors, “quand on dit lire, écrire, compter, on oublie des tas de choses. Et l’histoire, la poésie... ” s’énerve-t-il. “Il y a quelque chose de terrible à baisser les niveaux d’exigence. Les mômes sont près à tout prendre. Dès qu’ils ont en face d’eux des adultes qui ne les prennent pas pour des idiots”. Un exemple. L’année dernière, il leur a fait découvrir L’affiche rouge. Le texte d’Aragon, chanté par Ferré, en hommage à la résistance du groupe MOI (main d’œuvre ouvrière immigrée) que les gamins ont instinctivement compris et qu’ils ont “pris à bras ouverts”.

Le directeur de Zebrock vient de la cité
Edgard, c’est un fils du 93. Un de ses territoires de France où l’on peut prendre des nouvelles du monde sans passeport, sans transport et sans parler de langues étrangères. Edgard, fils de militants communistes, aux origines espagnoles longtemps niées,“quand j’étais petit, il ne fallait pas me parler de l’Espagne. J’associais ce pays à Franco et au folklore le plus médiocre, comme les castagnettes accrochées au mur...”. Il s’est réconcilié avec ses lointaines origines quand son fils a commencé à lui poser des questions. Un parcours qui l’amène aujourd’hui à ne pas avoir de doute de la valeur de ce 93 qui fait si peur habituellement. En fait, c’est peut-être pour ça que ça marche Zebrock au bahut !

Sabrina Kassa
[20/12/2004]

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