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[cinéma] Du cinémoi au cinéma
À Bobigny, des ateliers cinéma sur la mémoire de l'immigration
L’association Kyrnéa International coordonne depuis 1991 le dispositif national Un Eté au ciné/cinéville, favorisant l’éducation à l’image et l’accès aux pratiques cinématographiques pour les populations qui en sont peu familières. Depuis deux ans, Arcadi, la coordination régionale d’Ile-de-France, a axé son projet sur la mémoire de l’immigration. Les jeunes de l’atelier de cinéma de Bobigny ont ainsi réalisé deux films D’ici et d’ailleurs, en 2003 et Identité(s).fr, en 2004.

“Mémoires plurielles”
Ils s’appellent Oscar, Sébastien, Rachid, Cynthia ou Juliette et habitent Bobigny. Ils ont participé en 2003 et en 2004 à l’atelier cinéma dirigé par Michel Meyer, scénariste et réalisateur, et organisé conjointement par leur ville et Le Magic cinéma. De ces expériences sont nés deux courts-métrages qui s’inscrivent dans la thématique Mémoires plurielles fixée par la coordination régionale d’Île-de-France de Un été au ciné/cinéville, portant notamment sur la mémoire de l’immigration.
Dans le premier film, D’ici et d’ailleurs, les participants évoquent, sous forme documentaire et à travers des photos de famille, leur pays d’origine et le parcours de leurs parents. Ceux d’Oscar Duong,, 21 ans, ont fui le Laos et le Cambodge pour des raisons politiques. La mère de Sébastien Langlois, 21 ans, est mauricienne. Elle a suivi en France l’homme qu’elle a épousé. Chacun son histoire. Identité(s).fr, second film et sorte de docu-fiction, est, lui, tourné vers le présent. L’expérience de la migration parentale a laissé la place à ce que vivent aujourd’hui ces enfants d’immigrés. La question des origines reste cependant présente en second plan, comme constitutive de leur identité.

Flash-black
“L’Île-de-France est la région où il y a le plus de flux migratoires. Travailler sur la mémoire des origines, sur qui on est et d’où on vient était intéressant. De plus, cette thématique est intrinsèquement portée par le cinéma qui, par essence, est un art qui transmet”, explique Armandine Siess, de la coordination régionale de Un Eté au ciné/cinéville”. Pour Oscar, le thème a présenté un véritable intérêt pour les jeunes de l’atelier car il les touche personnellement : “D’ailleurs, dans le groupe il n’y avait qu’une vraie Française !” s’amuse t-il.

Interrogée dans le DVD Je de mémoire (voir nos repères), regroupant plusieurs films d’ateliers, Cynthia Soukoumar reconnaît qu’avoir à évoquer ses origines lui a permis d’en savoir plus sur son passé. “Je trouve ça bien”, dit-elle. “Mes parents avaient les larmes aux yeux, ils m’avaient jamais parlé comme ça”, avoue pour sa part Rachid Hadj-Mohamed, 18 ans. Mais se livrer n’a pas toujours été facile. Au départ, l’idée de Michel Meyer, pour D’ici et d’ailleurs, était de faire interviewer les parents par leurs enfants. Certains ont accepté d’évoquer leur vie sans hésiter mais beaucoup ont refusé. “Je me doutais que le terrain pouvait être miné. Cette période était encore douloureuse pour des parents mais aussi pour les jeunes. Certains l’ont racontée mais n’ont pas voulu que cela apparaisse dans le film”, poursuit Michel Meyer.

Un futur en partage
Lorsque les jeunes de Bobigny se sont inscrits à l’atelier, ce n’est pourtant pas la thématique, qu’ils ignoraient, qui les a attirés. “Je suis en fac de cinéma à Saint-Denis et comme on ne pratique pas assez, j’étais ravi de bosser sur un projet et surtout de passer à la réalisation la deuxième année”, explique Oscar. Michel Meyer et Armandine Siess sont formels, c’est avant tout un intérêt réel pour le cinéma qui attire les participants. “Ne nous leurrons pas. Si je leur avais proposé de faire un film de Kung-fu, ils auraient certainement été plus contents”, avoue Michel Meyer qui se réjouit du sérieux avec lequel la plupart des jeunes abordent l’atelier. De vrais déclics se produisent. “J’étais en prépa. eléctro-technique puis j’ai découvert l’aspect technique du cinéma. Je me suis inscrit en BTS montage”, dit Sébastien. Le second film, Identité(s).fr, fait même parfois preuve d’une vraie maîtrise de l’image.

Si avoir en commun l’expérience intime de l’immigration a soudé le groupe de Bobigny, qui a tenu à renouveler en 2004 l’expérience de 2003, c’est avant tout des individualités, plus que des jeunes issus de l’immigration, qui se sont retrouvées lors de l’atelier. Et si le contact est si bien passé, c’est aussi que ces Français partagent un présent, des valeurs, des centres d’intérêt comme le cinéma et des questionnements de leur âge. “Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? C’est quoi notre vie ici ? Dans leur vie, la mémoire de l’immigration tient une place importante mais il ne faut pas la réduire à ça”, insiste Michel Meyer. Il serait bon de s’en souvenir.

Maya Larguet
[10/01/2005]

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