
Semaine pour lintégration et contre les discriminations sur
France 3
Racistes, soyez gentils, changez davis !
Cette supplique naïve, affichée sur écran géant lors
dun récent match de football du Paris Saint-Germain au parc des
princes, na pas manqué de provoquer un commentaire incrédule
au journal télévisé régional de France 3 Ile-de-France.
Cétait le 21 mars, journée internationale de lutte contre
le racisme. Le même jour, la Commission nationale consultative des droits
de lhomme (CNCDH) remettait son rapport annuel sur la lutte contre le
racisme : en 2004, les violences racistes et antisémites ont quasimment
doublé. Les médias français ont relayé ces chiffres
alarmants. Ils nont pas pour autant jugé utile de participer à
la traditionnelle Semaine de lantiracisme en partenariat avec
les associations, contrairement à ce qui se passe dans dautres
pays européens. En Grèce, au Danemark, en Espagne ou aux Pays-Bas,
des médias ont par exemple programmé des journées ou coorganisé
des événements publics autour de la diversité, dans le
cadre de la Semaine européenne médias et minorités
lancée par la plateforme Online - More colour in the media
(voir www.olmcm.org).
La chaîne France 3 a, elle, prévu pour la troisième année
consécutive, entre le 4 et le 10 avril 2005, une Semaine pour lintégration
et contre les discriminations, ventilée dans différentes
émissions afin de toucher tous les publics (voir notre rubrique
événement).
Un retard considérable, selon le Haut Conseil à
lintégration
Auparavant, le Haut conseil à lintégration (HCI) a
le 17 mars 2005 remis au Premier ministre un nouvel avis intitulé Diversité
culturelle et culture commune dans laudiovisuel (téléchargement
sur le site du Premier ministre), sous la forme dun état des
lieux qui souligne demblée une représentation inégale
et un retard considérable vis-à-vis de pays comme
la Grande-Bretagne ou le Canada. Le HCI sappuie notamment sur une réflexion
commune avec le Conseil supérieur à laudiovisuel (CSA) et
sur le bilan du colloque Ecrans pâles ? tenu le 26
avril 2004 à lInstitut du monde arabe (voir notre chronique
médias du 29/04/2004). Symptômatiquement, la forme interrogative
a disparu. Les écrans de télévision sont désespérément
pâles insistent même les membres du HCI.
Certes, des programmes comme ceux destinés à la jeunesse sont
sur la bonne voie, remarquent-ils, en avançant lidée dune
diversité déjà installée à lécole.
Les plateaux des émissions de divertissement accueillent désormais
en nombre plus crédible des candidats et des spectateurs dorigines
diverses. Les décideurs semblent influencés par le fait que la
population des Français issus de limmigration est elle-même
jeune. Les documentaires et les reportages eux aussi donnent des gages douverture,
mais on reste souvent prisonnier de stéréotypes.
Le constat est similaire pour les fictions et les séries, bien que ces
dernières ne concèdent guère que des rôles
secondaires ou assignés. Quant aux débats politiques
ou de société, il y a peu de diversité parmi les protagonistes.
Du côté de lécriture des scénarii, la situation
est pire encore.
Retrouver information et diversité culturelle à lantenne
sans phrase ni débat
Pour les journalistes et les présentateurs, le constat
est dans lensemble négatif, estime le HCI qui constate
que les reporters issus de limmigration se retrouvent souvent à
couvrir linternational. Ne serait-il pas préférable
que ces mêmes reporters couvrent également les grands événements
politiques ou économiques, lactualité dans les domaines
de léducation, de la santé, des loisirs, la vie quotidienne
des Français ? demande le HCI. Nous aimerions que,
sans phrase ni débat, on puisse retrouver dans les rendez-vous de linformation
non seulement Patrick, Arlette et David, mais aussi Malik, Fatima et Chang.
En conclusion, le HCI suggère une politique incitative plus
égalitaire et une véritable irrigation
de lensemble des programmes plutôt que des émissions
'dédiées' à telle ou telle composante de la société
française. Il sagit de faire droit à
la diversité culturelle sans oublier la culture commune.
Associer les téléspectateurs aux nécessaires changements
Parmi ses autres recommandations en matière dévaluation
et de formation, il sinspire en partie du plan daction positive
mis en place par France Télévisions et son délégué
intégration et diversité, Edouard Pellet : cellules de veille
et de médiation au sein de chaque chaîne, cycles dapprentissage
pour les jeunes en partenariat avec les écoles de journalisme, ...
Quand on connaît le peu de motivation des personnels actuels des chaînes
ou le nombre réel de personnes bénéficiant de formations
à France Télévisions ( 3 bourses de vie en
Sciences Po, 6 contrats dapprentis à lInstitut pratique du
journalisme, 17 contrats de qualification de deux ans, une centaine de stages
annoncés...), ne serait-on pas enclin à partager lavis de
lentrepreneur Yazid Sabeg, qui critique des mesures cosmétiques
et des obligations formelles dont la formulation même frise le grotesque ?
Même le HCI évoque la frilosité prudente des
chaînes, dautant plus étonnante que le public nexprime
aucun rejet de la diversité à lantenne. Doù
lintérêt dassocier les téléspectateurs
aux nécessaires changements.
France 3 saura-t-elle prêter une oreille attentive aux réflexions
du HCI ? Pour la semaine vitrine de son action positive, comme pour sa collection
documentaire Histoire den France et dautres projets,
la chaîne bénéficie dun accord-cadre avec le Fasild.
Reste à voir si le coup de pouce financier supplémentaire quil
permet va aboutir à des initiatives novatrices, ou bien sil ne
constitue quun effet daubaine pour diffuser des projets déjà
en cours ou pour rediffuser des sujets déjà vus.
Mogniss H. Abdallah
Agence IMmédia