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[presse] Le Parisien, un journal qui se veut “proche des gens”
La nouvelle rubrique “Je m’en suis sorti” donne “l’exemple d’une intégration réussie”
Le Parisien traîne une fâcheuse réputation de journal
de beaufs de comptoir, un tantinet racistes et portés sur le fait
divers scabreux, surfant sur une demande sécuritaire accrue. Les manchettes
accrocheuses répétées en Une sur la violence, la délinquance
et la guerre des bandes, les islamistes en banlieue et la menace terroriste, nalimentent-elles
pas la peur ambiante ? Pourtant, ce quotidien avec ses nombreuses éditions
locales a lambition dêtre le journal de la France exacte,
de toutes les proximités, et estime déjà
à environ 20 % ses lecteurs issus de limmigration. Ces lecteurs ont
aussi droit de cité dans les colonnes du journal, et sen saisissent
parfois comme dun espace de débat citoyen sur limmigration,
les banlieues et dautres questions de société. Et une nouvelle
rubrique quotidienne, intitulée Je m'en suis sorti, leur donne
la parole pour montrer l'exemple.

Une fâcheuse réputation de journal réac
Pour de nombreux critiques des médias, mais aussi pour les milieux
de la recherche, lévidence saute aux yeux : le quotidien le plus
lu après Ouest-France (Le Parisien et Aujourdhui,
son édition nationale, totalisent environ 500 000 lecteurs par jour),
serait larchétype de la fabrique médiatique du discours
sécuritaire. Il développerait un langage commun,
expression dune perspective dominante légitimant le contrôle
policier et étatique, notamment sur limmigration et les banlieues.
Cest par exemple le point de vue du chercheur Mathieu Rigouste, établi
à partir dune analyse dun corpus de 1 600 articles publiés
entre 1995 et 2003 dans Le Monde, Le Parisien, LExpress
et Minute (à lire sur le site
du Monde diplomatique : Limmigré, mais qui a
réussi... Variantes du discours sur lintégration,
juillet 2005).
Selon Mathieu Rigouste, même lorsque Le Parisien aborde des sujets
positifs et des parcours de réussite, il le ferait à
la marge, y inscrivant en creux une vision négative prédominante.
Ainsi, lédition du 14 avril 1998 titre : Elle vit,
elle vit la banlieue. Mais, en contrepoint, un dessin de Ranson montre
un extra-terrestre ayant atterri en banlieue, déclarant devant son OVNI
détruit : Je suis formel, il y a une vie en banlieue, on a désossé
ma soucoupe. Et les portraits de réussite nenvisageraient
cette dernière que sous langle du mimétisme social pour
ressembler aux modèles dominants. La seule valorisation dune motivation
essentiellement individuelle laisserait entendre que si dautres - la majorité
- restent au bord de la route, cest quils se laissent aller.
Tout à leur démonstration générique, ces critiques
des médias ne semblent guère se donner le temps dapprofondir
leur lecture du Parisien pour en appréhender la spécificité.
Point denquête sur la composition des équipes rédactionnelles,
comme si les journalistes étaient interchangeables, sans personnalité
propre. Rien non plus sur le lectorat et ses attentes. Il en ressort une absence
de vision densemble, signe dun certain mépris a priori pour
une presse de caniveau figée, mais aussi pour les journalistes
chiens de garde du système, et pour ses nombreux lecteurs.
Forcément aliénés ?

Dans les cafés arabes aussi, les nouvelles du Parisien font
jaser
Pourtant, en Île-de-France, il suffit de regarder un peu autour de
soi pour constater une réalité plus complexe. Prenez par exemple
un café arabe : difficile déchapper à la scène
du Parisien traînant sur le zinc, à moins quun ou
plusieurs consommateurs ne soient déjà plongés dans une
lecture attentive, quasi studieuse, du quotidien. Il y a des vieux, Français
et immigrés, accrochés à leur journal comme sils
navaient que ça à faire. Mais il y a aussi de plus en plus
de jeunes, qui simpatientent parce que lédition du jour ne
circule pas assez vite de main en main, se rabattant par défaut sur celle
de la veille. Les uns lisent les pages tiercé. Dautres suivent
les heurts et malheurs du Paris-Saint-Gemain, le club des joueurs emblématiques
de limmigration, Mustapha Daleb ou Ali Benrabia hier, le Portugais Pedro
Pauletta aujourdhui, ou les résultats des équipes sportives
locales. Ou encore les faits divers, étalés en couverture ou relégués
en brèves dans les pages intérieures.
Les commentaires vont bon train et, parfois, des discussions sengagent
avec les habitués ou un consommateur de passage. A la vue de la Une du
Parisien du 13 janvier 2006 (Plus de 350 morts à la Mecque),
une personne sinquiète de la situation dun parent parti en
pèlerinage. Ses interlocuteurs tentent de la rassurer et lui prodiguent
quelques conseils. Deux jours plus tôt, le quotidien affichait en ouverture
: Qui gouverne lAlgérie ?. Ce titre, qui introduit
un reportage sur place au moment de la réapparition du président
Bouteflika pour la fête de lAïd, a recueilli ladhésion
dune majorité des Algériens de Paris, tant il est vrai quils
ne savent plus qui les dirige vraiment (Le Parisien,
11 janvier 2006). Il démontre la volonté du journal dêtre
aussi en phase avec les préoccupations de ses lecteurs dorigine
algérienne. Le Parisien nhésite pas à leur
donner la parole dans ses colonnes, mobilisant pour loccasion sa rubrique
Voix express, sorte de micro-trottoir recueillant, portrait photo.
à lappui, lavis du tout venant dans la rue. Gérants
de société, retraité, mère de famille ou chauffeur
de taxi, les préoccupations de ces Algériens ressemblent à
celles de nimporte quel Français. Leur publication dans le journal
restitue toute lhumanité de ces gens ordinaires, avec leurs inquiétudes
mais aussi leurs convictions.
Les militants associatifs de banlieue ne lisent plus Libé,
mais Le Parisien
De manière plus régulière dans Voix express,
les Algériens interviennent parmi dautres immigrés et des
Français de toutes origines, sur tout type de sujet : la peur dans les
trains, Johnny Halliday et sa quête de la nationalité belge, lerreur
judiciaire dOutreau,... Cette rubrique quotidienne apparaît
comme lexercice dune parole citoyenne dans le cadre dune
sorte de manifeste de la complète intégration,
estimait en 1993 déjà Christian Hermelin, directeur des études
au Collège coopératif.

La formule de la parole donnée à sétend
progressivement à dautres rubriques, voire aux coups médiatiques
quaffectionne Le Parisien, comme la rencontre de dirigeants politiques
avec ses lecteurs. Avec la révolte de lautomne dernier, Cette
crise (qui) bouscule tout, Le Parisien du 14 novembre 2005
estime que rien ne sera plus comme avant. Le sommet de lÉtat
et la société tout entière se trouvent interpellés.
Survient alors lidée de demander à cinquante lecteurs du
journal de poser directement leurs questions au président Jacques Chirac
(Le Parisien du 6 décembre 2005). Parmi ces lecteurs, la moitié
sont des gens issus de limmigration et beaucoup font état dun
engagement associatif. Les questions soulevées nont rien de complaisant,
et pour bien identifier lengagement de leurs auteurs, elles sont accompagnées
de mini-portraits qui forment autant de professions de foi. Elles portent avant
tout sur linsécurité sociale, lécole, le logement,
la formation des policiers, les petits boulots sans fin, mais aussi sur la régularisation
des sans-papiers ou le droit de vote des résidents étrangers.
Le président de la République sest volontiers prêté
à lopération, bien que ses réponses relèvent
parfois de la langue de bois politique, et a accueilli ses interlocuteurs dun
jour à lElysée (Le Parisien du 13 décembre
2005).
En revanche, cette initiative a fait bondir le député-maire UMP
de Dammarie-les-Lys (77), Jean-Claude Mignon, furieux de voir ainsi légitimé
Samir Baaloudj, membre de lassociation Bouge qui bouge et du Mouvement
immigration banlieue (MIB). Lédile local a ainsi épinglé
les déboires avec la justice de ce militant qui, au demeurant, ne
s'en cache pas. Le Canard enchaîné révéle
dans la foulée que dautres participants ont des antécédents
judiciaires. Lorsque les journalistes du Parisien interviewent un témoin,
ils ne lui demandent ni son curriculum vitae ni son casier judiciaire,
a répondu Christian de Villeneuve, directeur de la rédaction,
avant de conclure :Nous sommes fiers de nos lecteurs. (Le
Parisien, 15 décembre 2005).
Il ne faut pas désespérer La Courneuve !
La nouvelle chronique : Je men suis sorti
Lincursion en politique des jeunes et des habitants de banlieue
sest retrouvée encouragée avec la couverture en Une du Parisien
de lappel des stars pour linscription sur les
listes électorales, fin 2005. Dhabitude, ce sont surtout les pages
intérieures des éditions départementales qui ouvrent un
espace de débat citoyen pour les associations, obtenant de publier communiqués
et annonces, et bénéficiant de la couverture des initiatives locales.
Cependant, le Parisien se veut avant tout le quotidien de toutes les
proximités et entend donner des raisons despérer,
comme nous le confie Jean Darriulat, du service économie. Depuis le début
de janvier 2006, il est responsable dune nouvelle rubrique quotidienne,
Je men suis sorti. Chaque jour, elle donne lexemple
dune intégration réussie, à travers lentreprise,
une association citoyenne, un club sportif ou un groupe artistique. Le choix
dindividualiser ces parcours répond au souci déviter
une stigmatisation supplémentaire dun groupe ou dune
meute, explique Jean Darriulat, qui souligne lantienne républicaine
de son journal. Dailleurs, il ne souhaite pas ethniciser cette rubrique,
et sefforce de rétablir un certain équilibre avec lintroduction
de personnages bien gaulois issus des cités, devenus par
exemple responsables commerciaux dans de grandes entreprises ou commandant de
bord dun aéronef. Ils évoquent les mêmes solidarités
familiales, et formulent parfois les mêmes critiques à légard
des discriminations dans lorientation scolaire ou dans laccès
aux grandes écoles.
Permettre aux jeunes de sidentifier à des histoires positives évoluant
dans un contexte récent, tout en découvrant de nouveaux caractères,
des histoires différentes, singulières, voilà en résumé
lobjectif dune opération éditoriale qui ambitionne
de contribuer au rééquilibrage dune couverture rédactionnelle
par ailleurs encore trop stigmatisante, sécuritaire et alarmiste. Et
pour alimenter la rubrique, Le Parisien compte beaucoup sur la poursuite
des envois spontanés par courrier électronique. Avis aux amateurs...
ou aux professionnels !
Mogniss H. Abdallah, Agence Im'media
[27/01/2006]
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Pour contacter Le Parisien, rubrique Je men suis sorti,
écrire à :
jdarriulat@leparisien.presse.fr
ou à
gzambaux@leparisien.presse.fr 
Le Parisien
en ligne 
A lire :
- Limmigré, mais qui a réussi
, Mathieu
Rigouste in Le Monde diplomatique, juillet 2005.
Consulter
l'article sur le site internet du Monde Diplomatique 
- Le langage des médias sur les « cités » : représenter
lespace, légitimer le contrôle, Mathieu Rigouste in Hommes
& Migrations, n° 1252, nov-déc. 2004
- Images de limmigré dans le Parisien, Christian Hermelin,
in M Scope n° 4, avril 1993
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