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[presse] Respect Magazine s’affiche dans Métro pour “la gueule de l’emploi”
Dans son édition parisienne du 15 mai 2006, le journal gratuit Métro accueille la rédaction de Respect Magazine pour un dossier de cinq pages sur les discriminations raciales. Ce dossier, “La gueule de l’emploi”, est également publié dans le dernier numéro de ce trimestriel lancé en 2003. Respect ne ne se contente pas de constats alarmistes mais veut aussi positiver, à l’image de son positionnement éditorial qui entend promouvoir la France qui bouge, pour “décoloniser nos imaginaires et apprendre à vivre ensemble”. Afin de mieux se faire connaître, Respect multiplie les partenariats avec les entreprises et les institutions, tout en se présentant comme un “partenaire critique”.

Respect - la gueule de l'emploi

Le journaliste François Carrel, lauréat du Journalist Award de l’Union européenne pour son article Charte de la diversité : aux actes, citoyens !
Lors de leur lancement en France il y a quelques années déjà, les quotidiens de ville gratuits furent accusés de tromperie sur la marchandise, en particulier parce qu’il n’y avait pas de rédactions dignes de ce nom. Depuis, des signatures ont fait leur apparition au bas de telle ou telle chronique. Et voilà que, dans son édition parisienne du 15 mai 2006, le journal Métro accueille la rédaction du magazine Respect pour un dossier de cinq pleines pages sur les discriminations. Parmi ses rédacteurs, François Carrel, lauréat d’un Journalist Award, prix attribué par l’Union européenne pour le “meilleur article français dans le domaine de la lutte contre les discriminations”, publié en 2005 dans Respect Magazine. Le journaliste, au terme d’une enquête fouillée, y dressait un tableau des entreprises prêtes à s’engager, au-delà d’éphémères effets d’annonce, dans un réel processus d’embauche et d’avancement de la diversité en leur sein. Le magazine promettait lui d’établir un bilan régulier de leur passage à l’acte.
C’est donc dans la même veine que ses journalistes ont concocté leurs articles pour Métro. “Au-delà du constat, Respect Magazine s’intéresse à ce qui bouge, lentement mais sûrement, en matière de diversité. Et donne écho à ce mouvement de société qui peut aujourd’hui changer les logiques d’exclusion”, écrit Marc Cheb Sun, son rédacteur en chef. On part donc du constat, avec un foisonnement de témoignages. Puis nous est présentée en des termes plutôt flatteurs la Charte pour la diversité signée par 330 entreprises, dont certaines aimeraient créer un label fondé sur des critères clairs et contrôlables pour mieux pouvoir mesurer les progrès accomplis. Pour se faire, elles disent se heurter à l’interdiction de toute statistique prenant en compte les origines.
Hélène Ganzmann nous rappelle, dans son article Des clics pour sortir de l’impasse, que le portail diversite-emploi.com a pris les devants. Il est lancé le 6 avril 2006 avec l’appui d’Azouz Begag, ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances. L’ANPE et le Medef s’associent au projet, qui met en ligne des offres d’emploi labellisées pro-diversité, ainsi que Respect. Du coup, l’article primé de François Carrel est disponible sur ce site. De son côté, le magazine compte lui aussi publier des annonces d’emploi prochainement.

Métro du 15 mai
Une du gratuit Métro du 15 mai 2006

Un patchwork bigarré
L’ensemble du dossier pour Métro est parsemé de courts portraits, de success stories, d’interviews-express, de paroles de rappeurs et de contacts pratiques, sans oublier dessins sarcastiques et publicités à entrées multiethniques de grandes marques. A travers ce patchwork bigarré, on retrouve la marque de fabrique de Respect Magazine, qui réussit avec Métro un joli coup de publicité pour se faire connaître du grand public, à l’occasion de la sortie de son dixième numéro, dont la Une est consacrée à “la gueule de l’emploi”.
Ce genre de coup avec des partenaires multiples, permet de rappeler son existence, numéro après numéro. Un souci de com’ aussi à l’attention de lecteurs oublieux, enclins à enterrer trop vite chaque nouveau titre de presse alternatif dans le cimetière des publications mortes nées. Il faut dire que la périodicité trimestrielle n’est pas des plus pratiques, surtout pour ce type de magazine.
Lancé en décembre 2003, Respect est tiré à 30 000 exemplaires et diffusé en kiosque. Il cible les jeunes au sens large, de 18 à 34 ans, et a même décidé de baisser son prix, passant de 4 à 2 euros, pour rester le plus accessible possible. Moins cher, ce serait la gratuité, et la diffusion dans les réseaux des fast-food, un vieux rêve exaucé le temps d’un numéro de Métro. Mais le mélange d’un magazine sur papier glacé et la friture, ne serait-ce pas une faute de goût ? Et certains aimeront peut-être conserver leur exemplaire, tel le numéro spécial “Mémoires d’une France métisse”, édité à l’occasion du festival toulousain Origines contrôlées en 2004.

conférence de rédaction au magazine Respect
Conférence de rédaction du magazine Respect

Positiver
Respect Magazine ne se réduit en effet pas à ses partenariats avec les institutions ou les entreprises. Il recherche aussi des collaborations avec le monde associatif, en particulier sur le plan culturel, autour de ses grands thèmes résumés dans la devise : “Décoloniser nos imaginaires, Apprendre à vivre ensemble”. Au premier abord, le magazine peut être confondu avec une de ces nombreuses brochures institutionnelles d’éducation civique et républicaine, relookées par des graphistes branchés, qui nous enjoignent de “positiver”.
Peu ou pas d’articles critiques donc, par exemple sur la notion même de “diversité” et l’usage intéressé qui en est fait de l’aveu même de certains, ou encore sur le fameux Contrat première embauche (CPE). Cependant, il ressort d’une lecture plus attentive un ton moins révérencieux, voire même une sensibilité à contre-courant de certaines idées reçues. Ainsi, François Carrel a-t-il mis en débat l’emballement médiatique autour de l’émergence de l’association Ni Putes, ni soumises (n°2, mars-mai 2004).

Les USA squattent-ils nos vies ?
Respect s’intéresse aussi beaucoup à l’impact du modèle anglo-saxon sur les jeunes et la société française. “Bien loin de ‘la République contre le communautarisme’, la séduction est des plus pragmatiques. Les States représentent un reflet possible, parfois mythifié à l’extrême, une opportunité de projection dans le monde occidental”, estime Marc Cheb Sun dans le n° 3 (juin-septembre 2004). A en croire le magazine, si les Etats-Unis apparaissent comme un repoussoir politique, ils sont aussi en avance sur la France dans bien des domaines. La reconnaissance des compétences des individus, quelle que soit la couleur de leur peau, revient comme un leitmotiv. La frilosité “vieille France” de bien des publicitaires est montrée du doigt. Aux États-Unis en revanche, ils n’hésitent pas à cibler les jeunes noirs décontractés, comme en témoignent leurs encarts publicitaires (cf. Lacoste, des larmes de crocodiles, in Respect n° 10). Alors, de deux choses l’une. Soit les marques s’adaptent, aiguillonnées par les “early adopters”, des précurseurs de tendance. Soit les jeunes créateurs de banlieue reprennent le marché à leur compte. Le magazine semble ici se poser en intercesseur, comme fasciné par le monde des marques, grandes ou petites.

Mogniss H. Abdallah
Agence IM'média
[01/06/2006]

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