
Le journaliste François Carrel, lauréat du Journalist Award
de lUnion européenne pour son article Charte de la diversité
: aux actes, citoyens !
Lors de leur lancement en France il y a quelques années déjà,
les quotidiens de ville gratuits furent accusés de tromperie sur la marchandise,
en particulier parce quil ny avait pas de rédactions dignes
de ce nom. Depuis, des signatures ont fait leur apparition au bas de telle ou
telle chronique. Et voilà que, dans son édition parisienne du
15 mai 2006, le journal Métro accueille la rédaction du
magazine Respect pour un dossier de cinq pleines pages sur les discriminations.
Parmi ses rédacteurs, François Carrel, lauréat dun
Journalist Award, prix attribué par lUnion européenne pour
le meilleur article français dans le domaine de la lutte contre
les discriminations, publié en 2005 dans Respect Magazine.
Le journaliste, au terme dune enquête fouillée, y dressait
un tableau des entreprises prêtes à sengager, au-delà
déphémères effets dannonce, dans un réel
processus dembauche et davancement de la diversité en leur
sein. Le magazine promettait lui détablir un bilan régulier
de leur passage à lacte.
Cest donc dans la même veine que ses journalistes ont concocté
leurs articles pour Métro. Au-delà du constat,
Respect Magazine sintéresse à ce qui bouge, lentement mais
sûrement, en matière de diversité. Et donne écho
à ce mouvement de société qui peut aujourdhui changer
les logiques dexclusion, écrit Marc Cheb Sun, son rédacteur
en chef. On part donc du constat, avec un foisonnement de témoignages.
Puis nous est présentée en des termes plutôt flatteurs la
Charte pour la diversité signée par 330 entreprises, dont certaines
aimeraient créer un label fondé sur des critères clairs
et contrôlables pour mieux pouvoir mesurer les progrès accomplis.
Pour se faire, elles disent se heurter à linterdiction de toute
statistique prenant en compte les origines.
Hélène Ganzmann nous rappelle, dans son article Des clics pour
sortir de limpasse, que le portail diversite-emploi.com a pris les
devants. Il est lancé le 6 avril 2006 avec lappui dAzouz
Begag, ministre délégué à la promotion de légalité
des chances. LANPE et le Medef sassocient au projet, qui met en
ligne des offres demploi labellisées pro-diversité, ainsi
que Respect. Du coup, larticle primé de François
Carrel est disponible sur ce site. De son côté, le magazine compte
lui aussi publier des annonces demploi prochainement.

Une du gratuit Métro du 15 mai 2006
Un patchwork bigarré
Lensemble du dossier pour Métro est parsemé
de courts portraits, de success stories, dinterviews-express, de paroles
de rappeurs et de contacts pratiques, sans oublier dessins sarcastiques et publicités
à entrées multiethniques de grandes marques. A travers ce patchwork
bigarré, on retrouve la marque de fabrique de Respect Magazine,
qui réussit avec Métro un joli coup de publicité
pour se faire connaître du grand public, à loccasion de la
sortie de son dixième numéro, dont la Une est consacrée
à la gueule de lemploi.
Ce genre de coup avec des partenaires multiples, permet de rappeler son existence,
numéro après numéro. Un souci de com aussi à
lattention de lecteurs oublieux, enclins à enterrer trop vite chaque
nouveau titre de presse alternatif dans le cimetière des publications
mortes nées. Il faut dire que la périodicité trimestrielle
nest pas des plus pratiques, surtout pour ce type de magazine.
Lancé en décembre 2003, Respect est tiré à
30 000 exemplaires et diffusé en kiosque. Il cible les jeunes au sens
large, de 18 à 34 ans, et a même décidé de baisser
son prix, passant de 4 à 2 euros, pour rester le plus accessible possible.
Moins cher, ce serait la gratuité, et la diffusion dans les réseaux
des fast-food, un vieux rêve exaucé le temps dun numéro
de Métro. Mais le mélange dun magazine sur papier
glacé et la friture, ne serait-ce pas une faute de goût ? Et certains
aimeront peut-être conserver leur exemplaire, tel le numéro spécial
Mémoires dune France métisse, édité
à loccasion du festival toulousain Origines contrôlées
en 2004.

Conférence de rédaction du magazine Respect
Positiver
Respect Magazine ne se réduit en effet pas à ses partenariats
avec les institutions ou les entreprises. Il recherche aussi des collaborations
avec le monde associatif, en particulier sur le plan culturel, autour de ses
grands thèmes résumés dans la devise : Décoloniser
nos imaginaires, Apprendre à vivre ensemble. Au premier abord,
le magazine peut être confondu avec une de ces nombreuses brochures institutionnelles
déducation civique et républicaine, relookées par
des graphistes branchés, qui nous enjoignent de positiver.
Peu ou pas darticles critiques donc, par exemple sur la notion même
de diversité et lusage intéressé qui
en est fait de laveu même de certains, ou encore sur le fameux Contrat
première embauche (CPE). Cependant, il ressort dune lecture plus
attentive un ton moins révérencieux, voire même une sensibilité
à contre-courant de certaines idées reçues. Ainsi, François
Carrel a-t-il mis en débat lemballement médiatique autour
de lémergence de lassociation Ni Putes, ni soumises (n°2,
mars-mai 2004).
Les USA squattent-ils nos vies ?
Respect sintéresse aussi beaucoup à
limpact du modèle anglo-saxon sur les jeunes et la société
française. Bien loin de la République contre le
communautarisme, la séduction est des plus pragmatiques. Les States
représentent un reflet possible, parfois mythifié à lextrême,
une opportunité de projection dans le monde occidental, estime
Marc Cheb Sun dans le n° 3 (juin-septembre 2004). A en croire le magazine,
si les Etats-Unis apparaissent comme un repoussoir politique, ils sont aussi
en avance sur la France dans bien des domaines. La reconnaissance des compétences
des individus, quelle que soit la couleur de leur peau, revient comme un leitmotiv.
La frilosité vieille France de bien des publicitaires est
montrée du doigt. Aux États-Unis en revanche, ils nhésitent
pas à cibler les jeunes noirs décontractés, comme en témoignent
leurs encarts publicitaires (cf. Lacoste, des larmes de crocodiles, in
Respect n° 10). Alors, de deux choses lune. Soit les marques
sadaptent, aiguillonnées par les early adopters, des
précurseurs de tendance. Soit les jeunes créateurs de banlieue
reprennent le marché à leur compte. Le magazine semble ici se
poser en intercesseur, comme fasciné par le monde des marques, grandes
ou petites.
Mogniss H. Abdallah
Agence IM'média