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Dossier de l'émission Pièces à convictions (France 3) du 13 mai 2006
Le CSA veille aux valeurs d’intégration et de solidarité
La nouvelle loi pour l’égalité des chances du 31 mars 2006 a donné pouvoir au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour veiller à ce que la programmation des télévisions et des radios reflète la diversité de la société française. Et le CSA doit rendre compte dans son rapport annuel de l’action dans ce domaine. Pour ce faire, il a donc demandé aux diffuseurs de lui fournir un bilan des programmes ayant permis en 2005 de “promouvoir les valeurs d’intégration et de solidarité qui sont celles de la République” et de “prendre en considération, dans la représentation à l’antenne, la diversité des origines et des cultures de la communauté nationale”. A toutes fins utiles, il leur a rappelé que ces obligations déontologiques figurent dans leur contrat de conventionnement.
En contre-point, le Club Averroès, qui mène selon ses propres dires un “lobbying intense et discret” a effectué son propre travail de collecte directe, de synthèse et d’analyse d’informations sur le thème de la diversité, recueillies auprès des grands médias audiovisuels français. Tout comme le CSA, il en restitue un bilan annuel public.
La réactivité des principales chaînes, selon le CSA, a été assez conséquente, quoique inégale. Il faut dire que leurs patrons, associés à la réflexion publique sur la diversité à l’écran depuis quelques années déjà, se sont retrouvés - en présence de membres du Club Averroès - à une rencontre à l’Elysée du 22 novembre 2005 au cours de laquelle le président Jacques Chirac avait demandé à tous un effort supplémentaire. L’État a voulu donner l’exemple en inscrivant l’action en faveur de diversité culturelle - mais aussi la lutte contre les discriminations - dans la loi régissant l’audiovisuel. Aux acteurs l’obligation de résultats concrets.

Journaux télévisés
Harry Roselmack (TF1) et Audrey Pulvar (France 3) - © DR
Bilan de TF1 et de France Télévisions : des avis contrastés
Le CSA fait remarquer dans la conclusion de son rapport que “la présence des minorités a progressé dans des domaines à forte légitimité comme l’information”. L’expérience réussie de Harry Roselmack aux commandes du journal de 20h de TF1 durant l’été 2006 sert ici de référence. “Cependant, estime le CSA, si les symboles tiennent une place importante dans la société, une action durable permettant aux minorités de mieux se reconnaître […] ne peut se limiter à la présence de quelques journalistes ou animateurs”. De ce point de vue, France Télévisions reçoit un satisfecit pour son rapport très complet et pour la mise en valeur du rôle que jouent les émissions de débats et les documentaires.
Le Club Averroès, moins tenu à une certaine obligation de réserve institutionnelle, et donc plus enclin à distribuer les bons et les mauvais points, ne partage pas cet avis sur les chaînes publiques. Il s’étonne même que lors de “débats consacrés à la crise des banlieues, la parole des jeunes des quartiers” soit “confisquée”, en référence à un incident sur le plateau d’À vous de juger. Le 19 octobre 2006 sur France 2, plusieurs invités qui n’ont pu prendre la parole ont quitté en direct l’émission. N’y a-t-il pas “un décalage entre bonnes intentions affichées et volonté réelle de faire participer toutes les sensibilités au débat démocratique ?”
Concernant la visibilité des "minorités" à l’antenne, au-delà de programmes ponctuels, il y a, selon le Club Averroès, “très peu d’avancées pérennes perceptibles sur l’ensemble du groupe”. Son rapport évoque même le “retard” de l’audiovisuel public qui, dans la majorité de ses documentaires, a une fâcheuse propension à représenter les "minorités" sous le seul prisme de l’immigré postcolonial ou de l’enfant d’immigré.
Le Club Averroès se montre autrement plus enthousiaste pour TF1, dont la rédaction “est celle qui compte le plus de collaborateurs issus de la diversité. Et aucun journaliste n’est assigné à un type particulier de sujet”, évitant ainsi “l’erreur de l’ethnicisation du métier”. Les émissions de jeux et de “téléréalité” de TF1 et de M6 se retrouvent aussi à l’honneur. “Que l’on aime ou que l’on déteste”, elles offrent une “visibilité incomparable” qui permet de “faire entrer dans les représentations quotidiennes de l’opinion publique les visages et les prénoms de la France métissée”.

Jeux TV. La nouvelle star, 2005. M6.
Amel Bent, demi-finaliste en 2005 avait beaucoup marqué les esprits
Fictions : entre rôles “non dédiés” de héros récurrents et casting ethnique
En revanche, le Club Averroès se montre plus critique vis-à-vis des fictions de TF1 pour leur manque d’imagination ou l’étroitesse des rôles confiés aux "minorités" visibles, et semble d’accord avec le CSA pour apprécier l’effort de France Télévisions dans le domaine de la fiction. En confiant des rôles de héros récurrents à des comédiens issus des "minorités", les chaînes publiques ont bien essayé de mieux refléter la diversité au-delà des clichés et des stéréotypes. Il s’agit cependant d’un processus au long cours, et le CSA se dit confiant dans un “travail en amont avec des sociétés de casting [qui] permette de donner leur chance à de nouveaux talents représentatifs de cette diversité”. Cette perspective avait été discutée lors d’un colloque en mars 2006, organisée par la délégation Intégration et diversité de France Télévisions dans le cadre de son Plan d’action positive pour l’intégration (PAPI), et devrait trouver de nouveaux prolongements.
La réalisatrice Yamina Benguigui, qui vient de lancer une nouvelle société de production avec le financier Marc de Lacharrière, PDG de Fimalac, annonce ainsi une saga en trois épisodes sur l’histoire d'une esclave adaptée de Moi Tituba, sorcière, de Maryse Condé, ainsi qu’Aïcha, une série pour France 2. Et elle affiche ouvertement un casting ethnique qui permette aux artistes issus de l’immigration de trouver toute la place qu’ils méritent.

Fictions : Plus belle la vie. Tous les jours à 20h20 sur France 3
Un “effet Jacques Chirac” qui met un bémol aux revendications de quotas
“Une intégration réussie est une intégration qui ne se voit pas, ne se dit pas”, considère pour sa part le CSA, qui récuse toute notion de quotas ou de discrimination positive. S’il préconise des mesures incitatives, il souligne que cela ne saurait pour autant ouvrir des droits que les "minorités" seraient en mesure de revendiquer en tant que tels. Le Club Averroès se montre plus ambivalent à ce sujet. Au plus fort des émeutes de novembre 2005, son président, Amirouche Laïdi, écrivait : “Notre mode d’action [basé sur le dialogue] a quasiment échoué. Autrefois, radicalement opposés aux quotas, nous voilà contraint à un changement de stratégie. Rien n’évolue dans ce pays sans la contrainte législative”.
Un an après, le Club estime cependant dans son rapport qu’“il y a eu sans conteste un effet Jacques Chirac”, et qu’il “n’est pas nécessaire pour le moment de durcir la loi ou d’ajouter des textes réglementaires”. Le “bon cru” de la saison 2005-2006, selon lui, est en partie dû au volontarisme de certains dirigeants de grandes chaînes dont l’implication personnelle compense une démarche globale encore trop hésitante. Mais, il regrette la très faible représentation de la diversité, voire son absence, dans toutes les instances d’encadrement ou de direction. Et à ce propos, il fait un aparté sur l’affaire Alexandre Michelin. Ex-directeur des programmes de France 5, ce professionnel discret né au Mali, reconnu pour sa compétence, a été brusquement évincé en mai 2006 par la direction de France Télévisions. Sans vouloir relancer la polémique sur l’affaire et les “dysfonctionnements” alors évoqués, le Club rappelle, en citant Dominique Wolton, chercheur spécialiste des médias, que la présence physique de “gens différents par leur couleur et leur identité [..]à des postes de responsabilité normale est plus importante encore que le reste”. Faut-il y voir un signe en ce sens ? En novembre 2006, Alexandre Michelin a été nommé président du tout nouveau Fonds images de la diversité, co-géré par le Centre national de la cinématographie (CNC) et de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances (ex-Fasild). Il aura à ce poste la responsabilité d’évaluer les projets qui lui seront soumis. Autant dire que leur réalisation et leur carrière audiovisuelle dépendront pour beaucoup de son avis.
Mogniss H. Abdallah, Agence Im'media