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[vie politique] Présidentielle et législatives 2007
La campagne électorale vue à travers le prisme des banlieues et de la diversité
Inscriptions massives sur les listes, initiatives citoyennes multiples pour exister dans le champ politique, forte participation aux présidentielles : le sursaut civique des jeunes des banlieues a défrayé la chronique de la campagne électorale. Et l’ampleur du “vote utile” des cités a surpris. Pour les législatives, saura-t-on tirer les leçons de cette mobilisation pour qu’enfin des élus issus de l’immigration rejoignent la représentation nationale ? Alors que l’effet Rachida Dati fascine, de nombreux candidats de la diversité mènent campagne sur le terrain, bousculant quelque peu appareils politiques et habitudes clientélistes. La presse locale, les émissions de télévision dédiées à l’expression citoyenne et les radios communautaires leur donne la parole. Et sur la Toile, les blogs foisonnent comme autant de professions de foi.


© DR

“Banlieues votez !”
En 2005 et en 2006, la forte mobilisation pour l’inscription des jeunes sur les listes électorales avait impressionné. Les médias, qui ont relayé “l’appel des stars” (Jamel Debbouze, Joey Starr, Lilian Thuram, ...) au sursaut civique après les émeutes des banlieues en novembre 2005, décident de poursuivre leur couverture des initiatives citoyennes à l’orée d’une campagne électorale qui, annonce-t-on, passionne déjà le public. Presse et télévisions vont ainsi donner un écho inespéré à des actions somme toute modestes, comme la marche solitaire Paris-Strasbourg de Mohamed Chirani, un étudiant de Sciences-Po jusque-là inconnu. Le nom de sa récente association,“Banlieues votez !”, devient un emblème qui s’inscrira dans le paysage politique tout au long de la campagne électorale. Et son credo, “Je vote, donc j’existe”, est repris comme une profession de foi citoyenne en soi.

Un électorat courtisé…et qui intrigue
Pour qui vote les banlieues ? La question se révèle un sujet porteur, abordé avec force spéculations. “Les cités sensibles vont peser sur la campagne” qui sera marquée par les préoccupations sociales et économiques, pronostique le Journal du Dimanche (4 février 2007). “Pas de quartier pour le candidat Sarkozy”, titre Libération, en insistant sur le rejet de l’ex-ministre de l’Intérieur dans les cités, ironisant sur l’Arlésienne de sa venue sur la dalle d’Argenteuil (21 mars 2007). “L’électorat de banlieue se joue des frontières politiques”, estime quant à lui Le Monde (4-5 février 2007 ). Le quotidien reviendra aussi à plusieurs reprises sur la tentation des jeunes de “faire péter le système” par un vote Le Pen. Il cite le rappeur Rost et son “Guide du votant”, donne la parole au fondateur d’une association nommée “La Banlieue s’exprime”, dans un portfolio accessible sur son site (22 mars 2007). Il y aurait de quoi s’interroger sur la soudaine notoriété médiatique accordée à ces ovnis politiques aux desseins parfois douteux, qui suscitent la méfiance vis-à-vis d’un nouvel électorat perçu comme immature.


Matin Plus, 15 février 2007

Du “plébiscite anti-Sarkozy” des cités…
Avec la proclamation des résultats des deux tours de l’élection présidentielle, le ton se montre plus avenant devant l’ampleur du “vote utile” des cités en faveur de Ségolène Royal. Le journaliste Luc Bronner, tout récent lauréat du prix Albert-Londres pour une série d’articles sur les jeunes et les banlieues publiés dans Le Monde, qualifie de “plébiscite anti-Sarkozy” le score de 86 % obtenu par la candidate socialiste dans le bureau de vote situé au cœur de la cité des 3 000 à Aulnay-sous-Bois (8 mai 2007). “La gauche résiste à la vague bleue grâce aux quartiers”, affirme le quotidien 20 minutes. Le Parisien évoque même une “vague rose” en Seine-Saint-Denis (8 mai 2007). “Cela veut dire qu’on peut gagner aux législatives et aux municipales”, s’écrient les édiles de gauche locaux, avec un enthousiasme contrit qui contraste avec le défaitisme manifeste de leurs dirigeants nationaux.
Mais ceux-ci sauront-ils rebondir sur la question de la diversité ? Pas sûr. Lors de la campagne des présidentielles, Ségolène Royal avait déjà soufflé le chaud et le froid, signant le contrat social et citoyen d’AC le feu ! tout en récusant “communautarisme” et “quartiérisme” devant un auditoire interloqué réuni à Villeurbanne par le Parlement des banlieues. Et dans le débat polémique sur le rapprochement entre immigration et identité nationale, elle avait donné la fâcheuse impression de jouer la surenchère en demandant à chaque Français d’avoir un drapeau chez lui.


Le Parisien, 19 mai 2007

... à l’effet Rachida Dati
Aujourd’hui, le PS semble tétanisé par l’effet Rachida Dati. La nomination comme Garde des Sceaux de cette fille de modestes parents algéro-marocains a fait taire les railleries à l’encontre de la “sarkozette”, laissant place à une admiration béate et unanime. “Chapeau Rachida, bon courage à toi”, lui lance Aziz Senni (voir notre portrait), un bon client des plateaux télévisés qui concourt à la députation sur Mantes-la-Jolie, sous les couleurs du Mouvement démocrate de François Bayrou. Coup double donc pour le nouveau président Nicolas Sarkozy, qui réussit à pratiquer la discrimination positive sans le dire, et qui amène ses adversaires sur son terrain : celui du mérite, de la valeur travail et du refus de l’assistanat. Dès lors, le fait que l’UMP n’investisse que peu de candidats issus des “minorités visibles” dans des circonscriptions gagnables n’a plus guère d’importance. Le parti du président avance l’atout de l’excellence, également représenté par Salem Kacet, cardiologue de réputation mondiale, candidat UMP à Roubaix.


Les blogs de campagne foisonnent - Blog de Salem Kacet

Argenteuil, zone test
C’est du côté des médias communautaires, des pages locales de la presse régionale ou de la Toile qu’il faut se tourner pour la suite du feuilleton. La Chaîne Parlementaire (LCP) avait parié sur une plus grande prégnance des candidats des “minorités visibles” lors des législatives, en lançant son projet de documentaire Liberté, égalité, diversité, récemment diffusé (voir notre chronique). LCP consacrera aussi Zone test, une émission d'information avec une démarche plus globale, à la circonscription du Val-d’Oise couvrant Argenteuil et Bezons. Faouzi Lamdaoui, secrétaire national du PS à l’égalité, s’y présente contre Georges Mothron, le député-maire UMP sortant, avec l’espoir de surfer sur les 58% obtenus localement par Ségolène Royal aux présidentielles. Gagner dans cette circonscription, qui comprend la fameuse dalle d’Argenteuil d’où Nicolas Sarkozy avait promis de débarrasser les habitants de la “racaille”, représente un enjeu symbolique fort. Aussi, le premier secrétaire du PS François Hollande est-il venu soutenir “son” candidat de la diversité.
Ailleurs, la situation est souvent moins fluide : en Charente, l’investiture de Malek Boutih, contestée par des élus du cru, lui vaut les sarcasmes de la presse locale : “Le parachute n’est pas doré !” persifle La Charente libre (18 mai 2007). Dans le XXème arrondissement de Paris, l’avocate guadeloupéenne George Pau Langevin se trouve confrontée à la fronde de Michel Charzat, député-maire sortant, qui se représente en dépit de la décision de l’état-major socialiste. l'état-major socialiste. Il sera exclu du parti. Ce type d’imbroglio, qui risque de faire perdre nombre de bastions a priori acquis à la gauche, reflète “les conservatismes des appareils de parti”, explique Ahmed Al Keiy, de Beur FM, sur le plateau de l’émission L’Hebdo sur France ô, qu’il co-anime en partenariat avec la chaîne et avec la radio Africa n°1.


Akli Mellouli
(candidat sur la circonscription de Saint Maur, Bonneuil, Créteil Nord) © DR

Les “insoumis de la diversité”
L’expertise politique du journaliste-animateur de Beur FM - station très écoutée par la communauté maghrébine en période électorale - commence à être reconnue au-delà du cercle des initiés, et les candidats toutes tendances confondues tiennent à passer au Forum-Débat, son rendez-vous politique quotidien de 18h30. Le dialogue avec les auditeurs y est fort prisé. Il permet de prendre la température d’un électorat potentiel aux contours encore mal définis.Ainsi, à la mi-mai, Ahmed Al Keiy aborde le thème des “insoumis de la diversité”.
Depuis, des auditeurs et des internautes affichent leur soutien à Djamel Yalaoui, qui se présente sur Trappes (Yvelines) contre Safia Otokoré, candidate d’origine somalienne officiellement investie par le PS (portrait sur Grioo.com). Djamel Yalaoui participe à la nouvelle fronde d’une dizaine de candidats démissionnaires du parti qui, sous la houlette de Chafia Mentalechta (Puy-de-Dôme), dénoncent le “hold-up sur les voix des quartiers populaires à la présidentielle” (Diversité : le clash des sacrifiés, Le Parisien, 13 mai 2007 ).
Ces rivalités dégénèrent parfois en règlements de compte. Le Bondy Blog (voir notre chronique), qui s’est rendu à Marseille pour suivre la campagne électorale dans les Quartiers Nord, raconte ainsi les mésaventures de Karim Zéribi, candidat “Nouvelle gauche” agressé physiquement dans la nuit du 7 au 8 mai. A la mi-février déjà, deux personnes l’avait apostrophé, menaçants : “Toi, tu ne te présentes pas aux élections”. Qui sont les agresseurs ? Mystère. Mais la candidature de Karim Zéribi gêne certains, surtout à gauche, et le Bondy Blog ne se prive pas de le souligner.
Bousculer les appareils et leurs vieilles habitudes clientélistes, cela comporte des risques. Mouloud Aounit, l’ex-coprésident de campagne de Marie-George Buffet, le sait. En se présentant sur une liste citoyenne indépendante à Aubervilliers-La Courneuve, il signifie que son aspiration n’est plus seulement de mieux faire accepter la diversité par des partis politiques surtout soucieux de leur auto-reproduction, mais de faire de la politique autrement. La société civile s’invitant à la représentation nationale, voilà qui constitue une forme de “rupture” hardie pour “la France d’après”.


Range pas ta carte
www.ma6tvachanger.fr

Des élus issus de l’immigration au Parlement, une première attendue
Plus probable, l’élection pour la première fois au Parlement de plusieurs candidats issus des “minorités visibles”, parrainés par les partis politiques, semble un objectif désormais à portée de main. D’autant que différents sondages ont indiqué que deux tiers des électeurs français se sont déclaré prêts à voter aux législatives pour un candidat issu de l’immigration (voir le sondage CSA-Le Parisien, 17-18 octobre 2006). Mais attention quand même aux effets démobilisateurs de l’annonce d’une déferlante “vague bleue” aux législatives avant le verdict des urnes. Craignant que le scepticisme à l’égard de la vie politique ne s’installe à nouveau, les associations citoyennes appellent à rester motivé et redoublent leurs efforts de communication pour exhorter les électeurs à retourner voter les 10 et 17 juin.

Mogniss Abdallah, Agence Im'média
[31/05/2007]

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