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[sans-papiers] Pajol.eu.org
nouveau site coopératif sur les sans-papiers et l'immigration.
A la rentrée 2003, Pajol.eu.org, un nouveau site coopératif et indépendant prend la relève
du site Les Africains sans papiers de Saint-Ambroise, dont le dynamisme
spontané et réactif a servi de référence à
bien des mouvements sociaux ou culturels, en France et à l'étranger.
Outre les rubriques dédiées aux collectifs des sans-papiers ou
des demandeurs d'asile, et celles consacrées aux textes et dispositifs
institutionnels, le site espère relancer un espace de débats sur
les politiques d'immigration en France et en Europe.
A l'apogée du mouvement des sans-papiers - de l'évacuation spectaculaire
de l'église Saint-Bernard le 23 août 1996 aux manifestations du
printemps 1997 contre les projets de loi Debré sur l'immigration -, le
site internet qui leur était dédié acquiert une notoriété
considérable. Il devient un outil de référence si indispensable
que nombreux sont ceux qui, pour pouvoir l'utiliser, font un apprentissage accéléré
de la technique et de la culture internet, encore balbutiante en France. La
nouvelle figure médiatique du militant sans-papiers high tech,
affublé d'un ordinateur portable ou d'un téléphone mobile,
contribue aussi à cet engouement pour l'internet comme outil de lutte,
qui va inspirer d'autres mouvements comme les chômeurs d'AC! (Agir endemble
contre le chômage), les juristes du Gisti, ou encore Kein Mensch
ist Illegal en Allemagne.
Le site, appelé Les Africains sans papiers de Saint-Ambroise,
plus connu sous le nom de Pajol, en référence à
la rue et aux entrepôts de la SNCF proche de l'église Saint-Bernard
où les sans-papiers avaient établi leur QG opérationnel,
a été lancé le 10 juillet 1996 par Marc Chemillier, informaticien
et musicologue. Il met alors en ligne une adresse au gouvernement
rédigé par le collège des médiateurs suite au rejet
de leurs propositions pour une large régularisation. Sa mère,
Monique Chemillier-Gendreau, juriste spécialiste de droit international
et membre du collège, l'incite ensuite à mettre en ligne les travaux
des médiateurs et surtout, à lancer un grand débat public
sur la législation concernant l'immigration. La liste de diffusion zpajol,
non modérée et très fréquentée, accompagne
un dispositif original, spontané et réactif, qui contraste avec
la rigidité des formes de communication institutionnelle
du militantisme de bureau d'organisations plus structurées.
De la solitude du webmaster...
Pajol connaîtra des hauts et des bas, à l'instar d'un mouvement
des sans-papiers qui se cherchera un second souffle après les régularisations
sous Chevènement. Le webmaster, Marc Chemillier, ne se sent pas l'âme
d'un rédacteur en chef ou d'un éditorialiste, encore moins d'un
commissaire politique. Il a bien tenté une incursion dans le domaine
journalistique, réalisant des reportages et des entretiens avec différents
protagonistes, en particulier autour d'expériences d'hybridation artistique
via le web sur le thème des sans-papiers. Pour l'essentiel, son apport
consiste cependant à transcrire en code html les documents reçus
pour les monter sur le site, mais il préserve aussi son autonomie par
rapport aux multiples rivalités qui ne manqueront pas d'émailler
le mouvement des sans-papiers. Des soupçons de cheffaillerie militantese
manifestent pourtant, et le pouvoir exclusif du webmaster sur l'élaboration
du contenu du site commence à être contesté, d'autant plus
que sa mise à jour devient plus irrégulière. Ses collaborateurs
imaginent alors une nouvelle rubrique, Ouvertures, qui amorce une
démarche plus collégiale, et ils tentent de créer des liens
avec les nouvelles homepages consacrés aux sans-papiers qui voient le
jour sur le web. Le succès est mitigé, mais l'idée d'ouvrir
davantage le site suit son chemin.
...aux ouvertures plus collégiales
Isabelle Saint-Saëns, qui a longtemps administré la liste zpajol
sur laquelle le débat d'idées se tarit malgré ses relances,
s'attelle à la mise en place d'un nouveau site coopératif indépendant,
qui devrait assurer la relève de Pajol.
Ce site sous Spip (Système de publication pour l'Internet), justement
dénommé Pajol, dont une ébauche de travail est déjà
en ligne depuis le 23 juillet 2003, permettra aux collaborateurs du site d'effectuer
eux-mêmes directement l'encodage des textes, leur mise en page, etc. Ils
enverront en temps réel et sans contrôle extérieur textes,
photos, dessins, vidéos ou enregistrements sonore, documents qui viendront
s'afficher aussitôt dans la rubrique qui leur est attribuée sur
le site, dans une maquette préétablie. Les nouvelles rubriques
prévues (Actualités, Débats, Collectifs, Externalisation
de l'asile - camps) sont prises en charge par des personnes ressources ou des
groupes très divers : on y retrouvera des collaborateurs du CSP 59 (comité
des sans-papiers du Nord), d'Act Up, du Gisti, de la Cimade ou de l'agence IM'média,
le CAE (collectif anti-expulsions), le collectif de soutien aux exilés
du Xe (Paris), etc.
Si chacun y exprimera ses points de vue aussi divergeants soient-ils, le site
lui-même reste indépendant. En projet, des rubriques plus rédactionnelles,
comme un édito régulier, ou encore une galerie photographique
virtuelle, devraient progressivement apparaître sur Pajol nouvelle
mouture. Enfin, le site Les Africains sans papiers de Saint-Ambroise
sera valorisé comme une sorte de musée virtuel où ses archives
de référence précieuses continueront à être
consultables.
Mogniss H. Abdallah
Agence Im'média
[01/08/2003]
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