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[école] Pour une rentrée scolaire sans marques
Depuis septembre 2000, Casseurs de pub, la revue
de l'environnement mental, organise chaque année une campagne intitulée
Une rentrée sans marques pour attirer l'attention des enseignants,
des élèves et des parents sur les méfaits de la publicité
à l'école. Censée interdite en vertu du principe laïque
de neutralité scolaire, la pub s'immisce pourtant dans les classes, et
fait craindre une dérive à l'américaine qui transformerait
les élèves en consommateurs. Au détriment de la mission
de la communauté scolaire, qui est de former des citoyens.
Trois heures de publicité par semaine
La télévision contre l'école ? Cette opposition est souvent
invoquée pour expliquer la désaffection des nouvelles génération
zapping pour l'institution scolaire et pour le contenu des cours. Au
programme scolaire, les élèves préfèrent celui de
la petite lucarne, devant laquelle ils passent désormais autant sinon
plus de temps qu'en classe. Et la télévision, ils l'allument toute
l'année, y compris pendant les vacances. Sachant que la plupart des enfants
regardent les chaînes privées, qui diffusent entre huit et douze
minutes de publicité de l'heure, ils accumulent par semaine plus de trois
heures de réclame commerciale. Plus de temps que celui consacré
à certains cours, la technologie ou les sciences de la vie et de la terrer
par exemple. Rien d'étonnant donc à ce que les écoliers
intériorisent, voire s'identifient aux marques et les importent dans
l'enceinte scolaire. Mais ils s'identifient aussi de plus en plus à la
télévision elle-même et en particulier à ses programmes
de type télé-réalité. Les fabricants
de matériel scolaire y ont vu une nouvelle manne commerciale pour vendre
cartables, cahiers et agendas. En cette rentrée scolaire 2003, les personnages
de Star Academy, Yu-Gi-Oh! ou Beyblade ornent donc tout naturellement la toujours
impressionnante quantité de fournitures scolaires obligatoires qui pèsent
tant dans les cartables.
La pub à l'école, une atteinte à la laïcité
Depuis septembre 2000, Casseurs de pub, la revue de l'environnement
mental, organise chaque année une campagne publique intitulée
Une rentrée sans marques pour attirer l'attention des enseignants,
des élèves et des parents sur les méfaits de la publicité
à l'école. Tout d'abord, elle fait un rappel à la loi.
En effet, une loi de 1936, solenellement confirmée par une demi-douzaine
de circulaires ministérielles entre 1952 et 1999, stipule qu'en
aucun cas et en aucune manière les maîtres et les élèves
ne doivent servir directement ou indirectement à aucune publicité
commerciale. C'est le principe de neutralité scolaire, pilier
de la laïcité, qui prévaut ici dans le souci de présever
la liberté d'opinion et de développer le sens critique des élèves.
L'ambition de l'école est de former des citoyens, non des consommateurs.
Cependant, d'après Paul Ariès, politologue à l'université
Lyon II, l'État a commencé peu à peu à lacher du
lest.La nouvelle circulaire du 28 mars 2001, présentée
comme un Code de bonne conduite des interventions des entreprises
en milieu scolaire, constitue une brèche dans un dispositif
protecteur : les établissements scolaires sont libres de s'associer
à une action de partenariat par laquelle une entreprise fournit
des documents qui seront remis aux élèves et
peut être autorisée à signaler son intervention comme partenaire
dans les documents remis aux élèves. Elle pourra ainsi faire apparaître
discrètement sa marque. L'ex-ministre de l'Education Jack Lang
est décrié pour avoir, par exemple, associé la marque de
vêtements Morgan à sa campagne contre la violence à l'école,
mais surtout il a troqué la notion de laïcité contre
celle de neutralité commerciale.
Or, derrière ce type de partenariat, les opposants de la
pub à l'école décèlent en fait la prétention
des entreprises à jouer les mécènes de l'Education nationale
pour mieux s'accaparer d'un marché potentiel énorme et cela au
moment où l'État se désengage financièrement. Les
publicitaires se targuent parfois ouvertement d'être plus efficaces en
termes d'éducation. Les campagnes de dentifrice ont sauvé
plus de caries que les cours obligatoires d'hygiène dit ainsi
Jacques Séguéla. Elles devraient être remboursées
par la sécurité sociale! Une marque de serviettes hygiéniques
distribuant des dizaines de milliers de tampons dans le cadre d'un programme
éducatif autour des premières règles se gausse d'assurer
l'éducation sexuelle des élèves, domaine où l'institution
scolaire aurait failli.
Vers un partenariat à l'américaine ?
Au-delà d'opérations ponctuelles, la pénétration
publicitaire à l'école se fait plus permanente. Même des
manuels scolaires sont désormais touchés. Ainsi, dans La grammaire
du français à l'usage des classes de 5ème (Belin, 1997),
un exercice demande : Inventez des slogans publicitaires pour les produits
représentés. Ils devront être de type injonctif et être
construits selon les indications...
Allons-nous vers une situation à l'américaine ? Aux États-Unis.,
selon Paul Ariès, 40% des élèves des lycées et collèges
ont l'obligation de regarder des séquences de publicité à
l'école en échange de financements pour des établissements
où les logos des marques figurent déjà sur les murs, dans
les cours de récréation, sur le sol des gymnases ou sur les rideaux
des réfectoires. Certaines écoles imposent aux enseignants le
port d'un maillot avec le nom ou le logo d'une marque, et des voitures d'instituteurs
sont recouvertes d'auto-collants publicitaires. La liste des exemples est édifiante.
Ici, quand on parle de marchandisation, il ne s'agit plus d'une
figure de style. Et gare aux collégiens qui oseraient se révolter.
Ils peuvent se voir sanctionnés, voire conduits au poste de
police pour...non-respect du règlement intérieur!
En France, la résistance à l'agression publicitaire-
nom d'une association du réseau Casseurs de pub - tente d'anticiper
ce genre de dérive par un travail de vigie en profondeur. Les enseignants
et les parents d'élèves sont conviés à vérifier
le contenu des livres scolaires, à cacher tout logo et mention publicitaire,
à récuser les VRP déguisés en pédagogues,
etc.
Démarque-toi, un appel aux jeunes des quartiers
L'interpellation des élèves prend des formes plus spectaculaires.
Elle joue sur le registre du refus de l'embrigadement.La traduction
en américain de marque est brand,
mot venant de brandon, outil employé pour marquer
le bétail au fer rouge. Démarque-toi, était
le slogan principal de la campagne rentrée sans marques
en 2002. DiverCité, collectif d'associations de jeunes et d'habitants
issus de l'immigration et des quartiers de la région lyonnaise, a participé
à cette campagne. Les jeunes des quartiers sont en effet souvent présentés
comme une tête de pont du consumérisme urbain et des comportements
qui l'accompagne (violences, rackets etc.). L'emprise des marques est réelle.
La désintoxication passe donc par un long travail d'explication
directement auprès des jeunes, non par l'imposition autoritaire de l'uniforme
scolaire préconisée par certains.
Sur le ton de l'apostrophe directe, les casseurs de pub leur disent
: Regarde comment la pub représente ta cité. Pourquoi
elle montre jamais des vieux, des handicapés ou des chômeurs? Peut-être
qu'elle croit qu'ils ne sont pas assez beaux, qu'ils le méritent pas?
La pub trafique ton identité. Tu peux être blanc, beur, black,
pour elle, t'es rien d'autre qu'un porte-monnaie... elle est prête à
voler des morceaux de tes identités pour te les revendre au prix fort.
Enfin, la pub, c'est une mauvaise intégration. La pub te fait
croire que la vraie intégration, ce serait la consommation. Tu crois
vraiment qu'être une machine à consommer, c'est la vraie
vie ? Etre intégré, c'est avoir des rêves plein
la tête et des combats pour les réaliser.
A leur manière, les associations contribuent ainsi à reconstruire
l'école républicaine, objectif affiché par un nombre grandissant
d'acteurs de l'éducation, dans et hors les murs de l'école.
Mogniss H. Abdallah agence IM'média
[17/09/2003]
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- "Rentrées sans marques": www.antipub.net 
- Paul Ariès, Touche pas à mon école, in Casseurs
de pub, la revue de l'environnement mental, septembre 2003, et Putain
de ta marque !, éd. Golias.
- Nico Hirtt, Les nouveaux maîtres de l'école, l'enseignement
européen sous la coupe des marchés, EPO, Bruxelles, 2003.
- De l'enfant roi à l'élève client, dossier
du Monde de l'éducation, septembre 2003.
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