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[armée] Aïcha, Mohamed, Chaïb... Engagés pour la France.
Un documentaire de Yamina Benguigui diffusé le 30 septembre 2003 à 22h30 sur France 3
France 3 diffuse, Aïcha, Mohamed, Chaïb... Engagés
pour la France, documentaire inédit de Yamina Benguigui, dans le
cadre de Chez moi la France, émission épisodique censée
prolonger feu le magazine Saga-Cités. Formaté comme un reportage
de télévision au long cours, il s'intéresse aux jeunes
filles et garçons issus de l'immigration maghrébine qui s'engagent
dans l'armée de métier. Crise du recrutement aidant, les militaires
ouvrent des bureaux dans des départements comme la Seine-Saint-Denis
pour accueillir les jeunes des cités, à qui ils vantent l'armée
comme un archétype de l'intégration à la française.
Les engagés y voient aussi un métier fascinant.
Il faut aller chercher les jeunes là où ils sont
L'armée recrute dans le neuf-trois, qu'on se le dise ! Dès
la première scène du reportage-documentaire Aïcha, Mohamed,
Chaïb... Engagés pour la France, le décor est planté
: au centre d'information et de recrutement de l'armée de terre à
Saint-Denis, un officier avenant reçoit Aïcha, une jeune femme issue
de l'immigration candidate pour porter ce treillis, cet uniforme militaire qui
la fascine. J'ai envie de faire mes preuves en tant que jeune fille
dans un monde où il y a beaucoup d'hommes, affirme-t-elle un
brin intimidée. Son désir d'autorité comme
le dit joliment la réalisatrice, Yamina Benguigui, ne semble pas déplaire
à son interlocuteur. Les cités constituent un réservoir
potentiel de candidats pour le métier de combattant, illustré
par une photo de guerrier l'arme au poing que l'officier recruteur exhibe ostensiblement
à la caméra. Pour nous, il n'y a pas de nouveaux français
et d'anciens français, il y a des Français tout court,
assure le lieutenant-colonel Habourdin, soulignant que l'armée a ouvert
deux bureaux dans le département du neuf-trois que
tout le monde connait maintenant. Il faut aller chercher
les jeunes là où ils sont, confirme le général
Cambournac, qui entend mettre à contribution les travailleurs sociaux
et les présidents d'associations comme relais pour diffuser l'information
sur l'objectif de cette année : recuter 19 000 jeunes dans l'armée.
Devoir d'allégeance et culture militaire
Aïcha, attirée, a pourtant une question, embarassante, qu'elle pose
en se tortillant les mains : s'il y avait un conflit entre la France et l'Algérie,
et si elle devait porter les armes contre les Algériens ? La cour martiale,
ça existe toujours ? D'évidence, elle ne s'imagine pas faire la
guerre contre les siens, et elle sait par avance qu'elle ne saurait se résoudre
à l'injonction d'obéir à cet ordre là. Lors d'une
discussion interne entre jeunes, filles et garçons, elle reconnaît
son dilemne :
- Dans ma tête, je suis algérienne, je ne me sens pas
française. Il y a une contradiction. Pour moi, l'armée c'est pas
le fait de se lever pour une nation, c'est découvrir un métier.
-Toi, tu penses que c'est un agence d'intérim, l'armée,
lui réplique un jeune qui tout en mélangeant nation, religion
et culture, dit préférer rester neutre, sans avoir
à choisir entre deux drapeaux. Aïcha insiste. Elle a fait son choix,
elle ira faire la guerre s'il le faut.
- Contre ton propre peuple ?
- Ah ça non !
- Mais comment faire alors ?. La question reste en suspens.
Chez les Beradeï, ces états d'âmes identitaires ne transparaissent
guère. Dans la famille, le père a inculqué une éducation
à la militaire. On se mettait au garde-à-vous devant
lui, devant ses tomates dans le jardin, raconte Noura, caporal-chef
à l'hôpital militaire Lavéran de Marseille. "Chez mes
parents, c'est une deuxième caserne", s'amuse son frère Mohamed,
lui-même brigadier. Le vocabulaire au quotidien est imprégné
du langage de l'armée. Bref, la culture militaire est devenue leur identité
familiale première.
L'armée c'est valorisant
D'autres engagés, comme Bloufa Zouaoui de Toulon, Chaïb Boumaza
ou Stéphane Beladaï du régiment d'infanterie de marine d'Angoulême,
pointent quant à eux la différence entre leur traitement à
l'armée et les discriminations dans la vie civile. L'armée
c'est valorisant, affirme Chaïb. Certes, d'après le général
Yves Biville, on peut encore améliorer la situation des JFOM(jeunes
français d'origine maghrébine), comme le préconisait le
rapport Armée et population à problèmes d'intégration
remis au ministre Jean-Pierre Chevènement en avril 1990 et largement
diffusé dans l'armée. La question de l'alimentation hallal
revient régulièrement sur le tapis. Il revient aux musulmans de
s'organiser comme les autres communautés religieuses présentes
dans l'armée, estime un rabbin aumônier des armées. Mais
l'institution militaire, qui est une et indivisible, représenterait une
chance unique de promotion sociale, à en croire l'émouvant témoignage
de Mohamed Benazzedine. Gendarme, maréchal des logis, il communique avec
simplicité et passion sa volonté de s'en sortir, et donne à
voir le chemin parcouru jusqu'à devenir un Chef reconnu par
les siens et par la communauté nationale. Le temps des troupes indigènes
musulmanes discriminées, envoyées en première ligne lors
des grandes guerres du XXème siècle, pour épargner
le sang françaisnous explique l'historien Belkacem Recham, semble
révolu.
Un archétype du modèle d'intégration à la française
Cette présentation de l'armée d'aujourd'hui comme un archétype
du modèle d'intégration à la française, n'est-elle
pas par trop idyllique ? L'absence de toute distance critique vis-à-vis
de la culture militaire et de ses apparâts, ainsi que les raccourcis historiques
sur la participation des parents et grands-parents à l'effort de guerre,
finissent par laisser dubitatif. Dans les années 90, France 3 a produit
une série plus aboutie, L'Histoire oubliée, d'Alain de
Sedouy et Eric Deroo, dédiée aux zouaves, tirailleurs sénégalais
et autres goumiers. Il y manquait sans doute le volet jeunes d'aujourd'hui.
Mais avec Aïcha, Mohamed, Chaïb... Engagés pour la France,
on atteint sans doute les limites d'un document qui s'apparente plutôt
à un publi-reportage institutionnel commandité par la Grande
muette. Dommage.
Mogniss Abdallah, Agence Im'média
[26/09/2003]
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Aïcha, Mohamed, Chaïb... Engagés pour la France
Documentaire de Yamina Benguigui, 2003, 51 minutes.
Production MK2-TV, avec la participation de France 3.
Diffusion sur France 3 le le 30 septembre 2003 à 22h30.
www.france3.fr 
Bibliographie :
Hommes & Migrations,
Service ntional : le creuset ?, n° 1138, décembre 1990.
Belkacem Recham, Les musulmans algériens dans l'armée française
(1919 -1962), L'Harmattan, 1996.
Ali Hadjar, La Chair à canon, Association pour l'art et l'expression
libres, Toulouse, 1999.
Les spoliés de la décolonisation, in Plein
Droit, la revue du Gisti, n° 56, mars 2003.
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