
L'histoire commence par la rencontre d'une vingtaine de copains - journalistes,
artistes ou encore responsables associatifs - qui se réunissent
autour d'une table et lancent l'idée de créer un nouveau
média. Deux années plus tard, après tout le travail
de conception et de mobilisation des énergies que l'on peut imaginer,
le numéro zéro de Respect, magazine de culture
et de société, vient de paraître. Cinq-mille exemplaires
tirés pour convaincre, se faire connaître et inciter un
grand nombre de lecteurs à s'abonner, ce qui permettra de publier
et de diffuser en kiosque un numéro un dans les prochains mois.
Assurément, il est plus facile de séduire financeurs et
lecteurs en présentant un objet fini qu'avec des notes d'intention
ou des notes de projet, surtout quand l'objet en question est beau et
agréable : soixante-dix pages d'articles et de chroniques dans
une superbe maquette très colorée où la photo.
a toute sa place.
Respect s'est également bien entouré d'une équipe
de parrains et marraines, dans laquelle on trouve, pour ne citer qu'eux,
des personnalités comme Rachid Arhab, Yamina Benguigui, Cheb
Mami, Benjamin Stora ou Zebda.
Une initiative citoyenne avant tout
Marc Cheb Sun, son rédacteur en chef, définit Respect
avant tout comme une initiative citoyenne, initiative qui refuse de
s'en tenir à la quasi-clandestinité des publications associatives
et souhaite aller vers le grand public, en se faisant une place dans
les rayonnages des kiosques entre les autres titres de la presse magazine.
Créer du lien. L'équipe de Respect prend le rôle
initial de la presse très au sérieux et constate une situation
d'urgence, urgence de créer des passerelles,
de décloisonner, de susciter le dialogue entre les différentes
composantes de la société. Si on ne veut pas
favoriser les replis sur soi, les communautarismes d'un côté,
les tentations sécuritaires de l'autre, il faut créer
des passerelles.[...]Parmi ces passerelles, il est important d'avoir
des médias qui aient une vraie visibilité, qui soient
parmi les autres médias en kiosque, explique Marc Cheb
Sun.

Décoloniser nos imaginaires, voir autrement, vivre ensemble
Ces trois idées fortes définissent les orientations éditoriales
de Respect. On a une vision de l'Autre qui enferme l'Autre
dans des clichés. C'est particulièrement vrai dans la
manière dont sont vues les banlieues et encore plus les jeunes
des banlieues. [...] Il y a aussi beaucoup de clichés sur ce
qu'on appelle les Français, les Gaulois, les bourgeois... Décoloniser
nos imaginaires, c'est travailler sur cette réciprocité,
casser les clichés.
"Questions d'identités", le dossier de ce numéro
zéro met en uvre cette approche : on y découvre
entre autres les paroles de Djamel Bouras, Bams ou Christiane Taubira,
des questionnements sur les marques et styles vestimentaires, l'identité
ouvrière, le clonage ou encore Astérix le Gaulois. Les
dossiers à venir confirmeront cet angle d'approche : traiter
de grandes questions qui se posent à tous, sans les lier à
un groupe particulier, en s'intéressant à la pluralité
des vécus et des représentations. Cessons de
demander aux gens, et particulièrement aux jeunes, et particulièrement
quand ces jeunes ont une origine autre que française, d'être
constamment dans le choix, comme si l'identité française
était un modèle, un espèce de moule auquel il faut
se plier. [...] recommande Marc Cheb Sun. Le fait d'être
plurielle, c'est ça aujourd'hui qui fait l'identité française.
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