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[médias] Grignyfornia
un film de jeunes des cités sur les médias
Avec Grignyfornia, un film long-métrage tourné au caméscope en mode streetlife, Omar et Mounir nous livrent une désopilante critique du traitement médiatique de l’insécurité en banlieue. Pour autant, ils ne proposent pas un “prêt-à-penser” bienséant. Ils invitent plutôt les spectateurs à devenir acteurs et producteurs d’images plus positives, en s’appuyant sur la réalité telle quelle, sans angélisme ni catastrophisme. Pour la première fois, en complément de l'article, Altérités vous propose un reportage vidéo sur le film et ses auteurs.
Omar et Mounir ont 25 ans. Ils habitent encore chez leurs parents, cité
de la Grande-Borne à Grigny dans lEssonne. Au lendemain de la campagne
électorale pour les présidentielles, en 2002, ils se sont mis
en tête de faire un film sur leur banlieue, à partir de reportages
chocs quils bidonnent dans lidée
de les vendre à la télévision et de se faire un maximum
dargent. Au programme, des reportages inédits sur les guerres de
gangs, les tournantes, la pédophilie, les pitbulls transgéniques,
les adeptes de Ben Laden et du mollah Omar, les clandestins asiatiques,... (voir
un extrait dans notre reportage vidéo). Le cynisme sans pitié
affiché pour arriver à leurs fins semble sans limite. Ainsi, même
des situations positives a priori, comme lévocation dun islam
tranquille ou des compétitions de breakdance sont transformées
en leur contraire, à coups de trucages à la palette graphique
ou de distorsions sonores.

Manipulation d'images... manipulées
Pris au premier dégré, Grignyfornia dérange par lambivalence
délibérée de la démarche mise en scène. Livrant
en deux parties le temps du tournage et les images une fois montées,
Omar et Mounir donnent à voir toute une gamme de manipulations possibles
entre réalité filmée, mise en scène calculée
et montage final. Sans se priver au passage dun malin plaisir à
manipuler eux-mêmes images et situations. Ils nentendent pas prêcher
la bonne parole des jeunes des cités. Ils récusent
dailleurs les représentations globalisantes et affirment ne parler
quen leur nom propre. Ce qui les motive, cest une réflexion
sur les dispositifs de la télévision et une critique de la mise
en scène de linsécurité, dont la fréquence
répétitive finit par influencer les jeunes eux-mêmes dans
leur comportement. Aussi lancent-ils une invitation à décoder
soi-même le flux dimages sur la banlieue barbare. A
commencer par celles de
Grignyfornia.
Le recours à la fiction restitue sans doute davantage lamplitude
de la culture mytho en banlieue, tout en permettant denvisager
Grignyfornia comme un film dauteurs. Doù le projet
de gonfler le film tourné avec un simple caméscope
en pellicule 16 ou 35 mm pour une diffusion en salle de cinéma. Une véritable
gageure, vu les conditions de travail jusquici. En effet, Omar et Mounir
se sont formés sur le tas pour réaliser et produire le film, un
an durant. Et ils ont dû mettre la main à la poche. Ils ne sen
plaignent pas, au contraire. Leur message : à partir dun caméscope
et dun ordinateur, mais aussi avec de la volonté et de la persévérance,
nimporte quel jeune de cité peut y arriver aussi.
Hors de Grigny, point de salut
Certes, leur érudition cinématographique nest pas fortuite,
et nos deux comparses ont un bagage scolaire quils ont su mettre à
profit : Omar a un DESS de commerce international et Mounir une maîtrise
de management et gestion dentreprise. Tous deux ont suivi des cours de
communication, où lon apprend à savoir utiliser son image
dans une négociation. Omar a aussi suivi un stage au Vénézuela
pour y implanter une chaîne satellitaire. Mais ils restent encore attachés
à leur quartier, et souhaitent faire partager leur expérience
aux autres jeunes. Forts de la reconnaissance de leurs pairs, ils espèrent
obtenir davantage de moyens auprès de nouveaux partenaires, mairie et
autres, pour continuer à fournir des prestations aux associations et
initiatives locales comme, par exemple, la réalisation du DVD Break-Arena
Gladiators, une rétrospective sur le championnat de breakdance à
Grigny. Ils travaillent enfin sur des courts-métrage dactualité,
destinés à la télévision mais aussi à une
diffusion via les réseaux associatifs ou internet.
Comptent-ils en vivre ? Pour Omar et Mounir, laudiovisuel coopératif
ne constitue pas une fin en soi. Ils ont par ailleurs des ambitions professionnelles.
Mounir joue au rugby en première division à Corbeil-Essonne. Il
pourrait devenir professionnel. Il aimerait aussi monter sa propre boîte.
Avec Omar, il revendique surtout la possibilité de travailler en toute
indépendance. Leur polyvalence énergique les a, entre mille projets,
amené à créer une ligne de vêtements, Huri Kane,
no limit. En français, ça donne : tornade, ouragan.
Rien ne nous arrête. Chiche !
Mogniss H. Abdallah
Agence IM’média
[16/03/2004]
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Grignyfornia
un film dOmar Dawson et Mounir Nordine, 2003
Durée : 80 minutes.
Production Grignywood
grignyfornia@hotmail.com
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