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[diversité culturelle] Médias : les grilles de programmes de la rentrée à l’épreuve de la diversité culturelle
Plus de couleurs dans les médias ?
Après les grandes déclarations de principe pour une meilleure représentation de la diversité culturelle dans le paysage audiovisuel français, faites par les dirigeants des grandes chaînes lors du colloque “Ecrans pâles ?” du 26 avril 2004 à Paris, la rentrée était attendue comme un test. Et France 3 ayant beaucoup “communiqué” en la matière, c'est d’abord vers les nouveautés de cette chaîne de “proximité” que les regards se sont portés : le feuilleton Plus belle la vie et la promotion de la journaliste antillaise Audrey Pulvar au Soir 3 ont connu un accueil inégal. Du côté de Radio France, l’heure est également à la reconnaissance de la mixité culturelle, avec la nomination d’un chargé de mission ainsi que la création de Double Culture et Bouge dans ta tête, deux nouveaux magazine sur France Culture.

Plus belle la vie, un feuilleton à la recherche de son public

Présenté comme l’événement de sa grille de rentrée, le nouveau feuilleton quotidien Plus belle la vie, dont 260 épisodes de 26 minutes sont d’ores et déjà prévu en semaine, n’a pas suscité d’engouement particulier, ni du côté des téléspectateurs ni de celui de la critique. Avec moins de 10 % d’audience, soit environ 1,5 millions de personnes, le public n’adhère pas d’entrée de jeu à ce feuilleton “à l’ancienne” qui raconte la vie du Mistral, un quartier marseillais en cours de réhabilitation, à travers des scénettes brassant des gens de générations, de cultures et de milieux sociaux différents. Un effort particulier a pourtant été fourni pour éviter “pagnolades” et autres caricatures stéréotypées. L’épicier du coin, d’abord imaginé sous les traits d’un homme d’origine maghrébine, aurait ainsi été remplacé par un acteur de type européen suite à des discussions entre la production et le Club Averroès, association qui oeuvre pour la promotion des “minorités visibles” dans l’audiovisuel. On retrouve en revanche Mirta, qui a fui l’Espagne de Franco, Aïcha, infirmière algérienne sans papiers ou Malik, étudiant en droit et serveur de bar, aux côtés de Vincent l’architecte parisien, François et Blanche le couple très “classe moyenne”, sans oublier Roland, l’inévitable patron de bar à la gouaille provençale… En tout, une vingtaine de personnages que la production se donne pour objectif de peaufiner dans la durée, le temps que le public puisse davantage s’identifier à ces différents protagonistes. Comme la chaîne s’est engagée à ne pas toucher à la programmation les six premiers mois, cela quelle que soit l’audience, scénaristes, dialoguistes, et auteurs travaillant sur les épisodes suivants auront le loisir de procéder aux réglages nécessaires pour mieux convaincre et fidéliser des téléspectateurs encore sceptiques.

Audrey Pulvar, nouvelle icône antillaise du Soir 3
Des réglages, il en est aussi question pour le tandem qui présente le Soir 3 depuis le 6 septembre dernier, de l’aveu même d’Ulysse Gosset, directeur de la rédaction nationale, qui vante néanmoins la “mixité des regards” apporté par Louis Laforgue et Audrey Pulvar, première femme noire à qui la chaîne confie un journal d’importance. Rappelons ici que la formule avait déjà été expérimentée avec succès pour le JT de 13h sur France 2, avec Rachid Arhab, journaliste confirmé d’origine algérienne, et Carole Gaessler, au lendemain de la victoire au Mondial de football en 1998. Et ça marche toujours : le Soir 3 grimpe à 14,2 % de parts d’audience, avec une pique à 27 % le 15 septembre 2004, soit 3 millions de téléspectateurs (source : Le Parisien, 23 septembre 2004).

La promotion d’Audrey Pulvar a attiré l’attention, plutôt bienveillante, de la presse et des commentateurs. On en sait désormais un peu plus sur le parcours de cette journaliste de 32 ans, originaire de Martinique, présentatrice-vedette d’Antilles TV puis “joker” pigiste à LCI, TV 5, France 3 Méditerranée, avant de présenter avec conviction les journaux du soir cet été sur France 3. Sollicitée sans cesse, elle ne semble pas dupe du rôle d’icône de la diversité de “couleur” qu’on lui fait endosser. “J’ose espérer que j’ai été choisie pour mes compétences professionnelle”, affirme-t-elle au journal Le Monde, qui relève son ton “un peu ironique”.

Audrey Pulvar ne dédaigne pas pour autant répondre aux médias communautaires noirs, assumant son identité de “femme Noire, Créole, Caribéenne, Martiniquaise” qui a dû “en faire quatre fois plus” pour arriver au stade de reconnaissance actuel. Elle rend hommage à l’environnement formateur de son père, Marc Pulvar, militant syndicaliste et indépendantiste. Elle révèle aussi son aspiration à renouer avec un travail d’enquête de terrain et ses velléités d’écriture, amorcées avec L’Enfant-bois, un premier roman publié chez Mercure de France où elle interroge les “tourments de la créolité”. Bref, “l’image lisse d’une présentatrice pomponnée annonçant gravement les nouvelles du monde, ce n’est qu’une image… ce n’est pas moi”, répond-t- elle à Grioo.com. Étonnante lucidité, qui anticipe les critiques prévisibles sur le côté potiche, déjà légions sur les forums de discussion internet, comme en témoigne le “post” suivant :“quand je vois sa photo, je lui trouve un air de déjà vu. Je veux dire que, noire ou pas noire, elle ressemble beaucoup plus à Claire Chazal que, disons, ma charcutière (qui pourtant est blanche)”. Audrey Pulvar aura-t-elle les coudées assez franche pour insuffler une sensibilité “différente” dans le Soir 3 ? C’est d’autant plus difficile à prédire que le duo avec Louis Laforgue paraît plutôt contraignant.

Radio France, elle aussi à l’heure de la diversité culturelle
Du côté de Radio France, la diversité culturelle et l’intégration sont également d’actualité. Le nouveau patron, Jean-Paul Cluzel, vient de nommer le journaliste béninois Jean-Luc Aplogan, comme chargé de mission. France Culture a ouvert la voie avec la création de deux nouvelles émissions : Double Culture, ou l’éloge de la mixité culturelle, un magazine quotien du soir produit par Tewfik Hakem, journaliste algérien installé à Paris depuis 10 ans, et Bouge dans ta tête, un magazine hebdomadaire centré sur la Méditerranée en général et le Maghreb en particulier, animé par l’historien Benjamin Stora, imaginé en partenariat avec Beur FM.

Mogniss H. Abdallah, Agence Im'media
[30/09/2004]

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