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[guerre d'Algérie] La Bataille d’Alger enfin à la télévision
Diffusion le 4 novembre à 20h45 sur Arte
La Bataille d’Alger est un film mythique à la carrière mouvementée. Interdit par la censure en France lors de sa sortie en 1965, il a obtenu son visa d’exploitation en 1970 mais il est très vite retiré de l’affiche après les agressions contre les salles où il était programmé. Ces détracteurs le considéraient comme un film de propagande du FLN, malgré son aura internationale (Lion d’or à Venise en 1966, nomination aux Oscars). A l’initiative du film, Yacef Saadi, un commandant du FLN qui, au lendemain de l’indépendance, entend retracer de son point de vue l’histoire de la lutte dans la Casbah. Il coproduira La Bataille d’Alger, réalisé par l’Italien anticolonialiste Gillo Pontecorvo.
50 ans après la "Toussaint rouge", France 3 et la chaîne Histoire
rediffusent
une série de documentaires réalisés entre 1972 et 2002, donnant à voir
l'évolution du traitement de la guerre d'Algérie à la télévision.

Un film mythique à vocation universaliste, d’inspiration algérienne
“Cause célèbre”, le film sera peu vu en France, si ce n’est par des cercles cinéphiles ou militants. Sa nouvelle sortie en 2004, d’abord en salles puis, pour la première fois à la télévision française, attise la curiosité. S’agit-il vraiment d’un film manichéen, tout à la gloire d’un parti-Etat algérien qui a tiré l’essentiel de sa légitimité d’une martyrologie officielle, embellissant la chronique de l’Histoire à son profit ? Et, 50 ans après le déclenchement de l’insurrection armée, le public qui n’a toujours pas pu voir un grand film français sur la guerre d’Algérie elle-même, mais plutôt une multitude de fictions et de documentaires déclinant des points de vue éclatés à la mesure de mémoires cloisonnées et meurtries, peut-il aujourd’hui s’identifier à cette version cinématographique à vocation universaliste d’inspiration algérienne?

L’étonnante actualité d’une fiction aux allures documentaires
Tout d’abord, le film La Bataille d’Alger paraît d’une étonnante actualité, une impression accentuée par son style documentaire, caméra à l’épaule, longues focales, zooms, bougés et recadrages au jugé, à la manière d’un reporter pris sous le feu des militaires et des attentats à la bombe aujourd’hui en Irak, en Israël et dans les territoires palestiniens occupés ou à Haïti. Pourtant, il s’agit bien d’une fiction et il n’y a aucune image d’archives. Le réalisateur a scrupuleusement reconstitué les événements sur les lieux mêmes où ils se sont déroulés, dans les maisons et les ruelles de la Casbah avec des acteurs non professionnels revivant pour la caméra une expérience vécue, ou encore dans les anciens quartiers généraux des militaires français. Le réalisme confondant des scènes de torture va même séduire le général Aussaresses qui aurait utilisé des images du film dans le cadre de ses formations aux “méthodes de renseignement” en Amérique latine et aux USA, révélées par Marie-Monique Robin dans son enquête Escadrons de la mort, l’école française. L’état-major américain va quant à lui visionner le film au Pentagone durant l’été 2003 pour tenter de comprendre comment juguler la guérilla irakienne. Éclate alors le scandale des photos de torture dans la prison d’Al Ghraïb à Bagdad : gégène, chiens démuselés, prisonniers dénudés et humiliations sexuelles, les gestes et regards des soldats ou gardiens rappellent avec une similitude troublante les pratiques françaises fortement réprouvées dans les médias depuis l’an 2000. Même le général Massu les a alors publiquement regrettées.
Entre la Casbah et la “ville européenne”, la spirale de la violence armée
Le passage à la guillotine dans la cour de la prison d’un militant du FLN, éveille la conscience d’“Ali la pointe”, une figure emblématique de la bataille d’Alger. Jusque-là petit malfrat multirécidiviste, cet homme analphabète va devenir le chef local de la guérilla urbaine sous les ordres du commandant El Hadi Jaafar (Yacef Saadi, jouant ici son propre rôle). Le programme du FLN est lu en voix off sur un panoramique opposant la “ville européenne” à la Casbah, tel un message diffusé sur les radios (les transistors sont alors les seuls médias en temps réel). Le communiqué numéro 1 rappelle sentencieusement : “Notre action est dirigée contre le colonialisme. Le but : l’indépendance nationale avec la restauration de l’Etat algérien dans le cadre des principes islamiques et le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de race ni de religion”. Un autre communiqué annonce la priorité à l’éradication de la corruption. On pourrait s’attendre alors à une dénonciation du vagabondage exotique des Européens dans la Casbah, rendu célèbre par Pépé le Moko (de Julien Duvivier, 1937), mais à l’image, on voit “Ali la pointe“ exécuter un caïd de la pègre ou encore une nuée de gamins s’en prendre violemment à un ivrogne.
Puis, le FLN passe à l’action armée. En juin 1956, il multiplie les attentats contre des policiers et des commissariats. En réaction, les quartiers arabes se retrouvent bouclés, et les populations soumises au couvre-feu. Un groupe en civil dirigé par un commissaire de police organise un attentat à la bombe dans la Casbah. De nombreuses victimes civiles sont sorties des décombres. Les habitants crient vengeance. C’est le point de départ des attentats meurtriers qui visent des lieux publics fréquentés par les Européens. Habillées à l’occidentale, des militantes du FLN posent des bombes au Milk Bar, au casino de la Corniche et à la Cafétéria. Avant de partir, une d’entre elles dévisage ses futures victimes. Une caméra subjective exprime alors une certaine tendresse à l’égard de ces jeunes gens insouciants, et l’on retient le regard innocent d’un petit garçon savourant sa glace, filmé en gros plan, quelques instants avant l’explosion.
“On ne gagne pas la guerre avec les attentats ”
Pour mater la rébellion, débarquent alors les parachutistes, sous la direction du lieutenant-colonel Mathieu qui évoque le général Massu. Ce personnage jouera dans le film un rôle central, contrastant avec la relative discrétion de la présence des dirigeants politiques du FLN. Il assume sans états d’âme la “sale guerre” pour démanteler l’organisation du FLN, condition sine qua non pour que l’Algérie reste française, puisque telle est alors la volonté politique. Il dirige donc personnellement les opérations de contre-révolution, jusqu’à la mort d’Ali la pointe. Mais, paradoxalement, il se montre plutôt fair play à l’égard de Ben M’hidi, un chef politique algérien “suicidé”, auquel il tient à rendre hommage. En filigrane, il livre sa conviction que la solution n’est pas militaire mais politique. Il fait ainsi écho à Ben M’hidi qui expliquait à ses amis : “On ne gagne pas la guerre avec les attentats ”.
Pris dans le piège des paras français, les résistants algériens divergent. Certains, comme Ali la pointe, Hassiba Beb Bouali et les deux enfants qui les accompagnent refusent de se rendre. Ils mourront en martyrs. El Hadi Jaafar lui, se laisse prendre. “Mourir comme ça ne sert à rien”, déclare-t-il. Les partisans de la lutte armée ont-il perdu la bataille d’Alger ? Tout semble l’indiquer, jusqu'au 11 décembre 1960, jour où les habitants de la Casbah manifestent par milliers en direction de la ville européenne, femmes en tête avec le nouveau drapeau algérien.
Rien ne pourra plus arrêter la marche vers l’indépendance. Cependant, on garde en mémoire la prémonition de Ben M’hidi : “Ce n’est qu’après notre victoire que commenceront les vraies difficultés”.
Mogniss H. Abdallah
Agence IM’média
[29/10/2004]
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La Bataille d’Alger, de Gillo Pontecorvo. Italie/Algérie, 1965. Durée : 1h56.
Diffusion sur Arte le 4 novembre 2004 à 20h45. Rediffusion le 8 novembre à 00h05.
Sortie en DVD le 9 novembre 2004 (Studio Canal).
Guerre d’Algérie, le cinéma en question, Repérages magazine n° 46, sept-oct 2004,
Accompagné d’un DVD du film La Question de Laurent Heynemann (1977), d’après le
livre d’Henri Alleg.
Notre guerre d’Algérie, Acteurs et témoins racontent, numéro spécial du Nouvel Observateur. Semaine du 21 au 27 octobre 2004, accompagné du DVD Les Années algériennes (1954-1962), film de Philippe Alphonsi, Bernard Favre, Patrick Pesnot et Benjamin Stora, réalisé en 1991.
Diffusion inédite du
documentaire "Une autre guerre d'Algérie" de Djamel Zaoui (2004) sur France 3, le 2 novembre 2004.
Programmation spéciale sur la chaîne Histoire avec la
rediffusion de nombreux documents tous les jours jusqu'au 5 novembre
avec notamment "La Guerre d'Algérie" d'Yves Courrière (1972)
www.histoire.fr 
La mémoire télévisuelle de la guerre d’Algérie (1962-1992), de Béatrice Fleury-Vilatte, avec la participation de Pierre Abramovici, édition Ina/L’Harmattan, Paris, 2000.
Site de l'Ina. La guerre d'Algérie à la télévision française. Extraits vidéo. La guerre d'Algérie à travers les Actualités Françaises, des premiers événements (1954) aux accords d'Evian (1962).
Escadrons de la mort, l'école française, de Marie-Monique Robin, Editions la Découverte, 2004. Ce livre développe l’enquête sur l’exportation de la guerre antisubversive aux Etats-Unis et en Amérique latine, diffusée sur Canal + le 1er septembre 2003, dans le cadre de l’émission Lundi investigation.
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