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[presse] Gri-gri International, journal satirique panafricain
un bimensuel réalisé par des journalistes en exil
Après plusieurs tentatives de censure réussies, le « Gri-Gri International », journal satirique panafricain d’origine gabonaise, a fait sa réapparition le 30 septembre. Mais cette fois-ci, pour contrer la censure, l’équipe rédactionnelle en exil a trouvé la parade pour redonner une visibilité à leur bimensuel : disponible en kiosques en France, en Suisse et en Belgique, il est également distribué par abonnement en Afrique. La direction compte sur toutes les bonnes volontés, entre autres celles de la diaspora africaine, pour relayer l’information : « Gri-gri » est de retour !


Le Gri-gri International, premier journal satirique panafricain, reparaît et reprend là où il s’était arrêté, au numéro 19. Créé en juillet 2001 par Michel Ongoundou Loundah, directeur de la publication, l’aventure prend fin en février 2002. Le journal est à cours de ressources, étranglé financièrement par la pression exercée sur les distributeurs africains par les dictateurs du continent, qui apprécient peu la satire. Mais la rédaction, rompue à la censure et aux tentatives d’intimidation, ne déclare pas forfait. La preuve : le Canard Enchaîné africain est de retour depuis le 30 septembre 2004. Le bimensuel est disponible en kiosque en France, en Suisse et en Belgique et par abonnement en Afrique, sous enveloppe banalisée. Un site Internet est également ouvert.



Une rédaction exilée en France

La vie est un éternel recommencement. Le parcours journalistique de Michel Ongoundou Loundah aussi. A l’origine, il y avait La Griffe, un hebdomadaire satirique gabonais. Mais, peu enclin au sens de l’humour et à la critique, le régime d’Omar Bongo interdit plusieurs fois le journal. Au Cameroun et dans les deux Congo, l’impertinence aussi est une insulte et la censure frappe La Griffe. Lors d’une de ses nombreuses reparutions, en novembre 2000, le journal est accompagné d’un supplément, Le Gri-gri, dont le but est également de dénoncer les abus et la corruption de l’Etat gabonais. Nouvelle interdiction, définitive celle-ci, en février 2001. C’en est fini des menaces physiques, des procès en diffamation et des pressions en tout genre. Le directeur de publication et le rédacteur en chef, Raphaël Ntoutoume Nloghè, sont désormais interdits de plume au Gabon.

Nous travaillons avec un réseau de pigistes en Afrique mais la plupart des personnes qui travaillent pour « Gri-gri International » sont des journalistes africains exilés ou réfugiés politiques en France. Certains ont fait de la prison dans leur pays. ”, rappelle Michel Ongondou Loundah. C’est d’ailleurs leur permettre d'exercer le métier de journaliste et à dénoncer les failles des régimes africains que la publication, à vocation panafricaine, reparaît. Aujourd’hui, pour s’assurer une totale indépendance, le titre ne laisse aucune place à la publicité. Une association, les amis du Gri-gri, promeut le média et le soutient financièrement via un système d’abonnement.


Une vocation grand-public

Gri-gri International s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à l’Afrique et sont sensibles aux droits de l’homme et à la liberté d’expression. “ Notre cœur de cible ? Aussi bien les Africains que les Français sans oublier, bien sûr, les Africains de France. Compte tenu du niveau de censure en Afrique, nous comptons évidemment sur ces derniers pour nous faire connaître et relayer l’information ”, explique Michel Ongondou Loundah. Mais pour l’instant, la situation financière ne permet pas à l’équipe de communiquer spécialement en direction de la diaspora africaine. “ Quand nous en aurons les moyens, nous solliciterons les associations africaines de France qui sont nombreuses et extrêmement dynamiques ”, poursuit le directeur de publication. En attendant, des média tels que RFI, Amina, ou La Lettre du Continent, très écoutés ou lus en Afrique comme par la diaspora ont parlé de la reparution du Gri-gri International. Mais la vocation du journal reste, avant-tout, grand-public.

A force de persévérance, Michel Ongondou Loundah a donc réussi à faire réentendre sa voix. A force de détermination, il a su rester fidèle à son ton, irrévérencieux, et fidèle à son arme : les mots. En cela, le “ nouveau ” Gri-gri International est une victoire pour la liberté. Mais, ne l’oublions pas, cette liberté a un prix : celui de l’exil.

Maya Larguet
[10/11/2004]

Mots-clés : presse, Afrique, médias, diaspora
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