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[série] La petite mosquée dans la prairie
Diffusion cet été en clair sur Canal Plus les samedis en début d'après-midi
Alors même que dans les sociétés occidentales, les musulmans tendent à affirmer la légitimité de leur présence cultuelle et culturelle, ils se savent dénigrés, épiés, surveillés, et ce de manière accrue depuis les attentats du 11 septembre 2001. Ils n’en ont pas pour autant perdu le sens de l’humour et de l’autodérision. C’est le message porté par Zarqa Nawaz, musulmane, féministe, et scénariste de la série canadienne La Petite mosquée dans la prairie, dont les huit épisodes sont diffusés cet été 2007 en clair sur Canal Plus, chaque samedi en début d’après-midi.

© DR
Une famille et une communauté très ordinaires, mais épiées parce que musulmanes
D’emblée, le nom de la série rappelle La Petite maison dans la prairie, feuilleton télévisé au long cours des années 70 – 80 racontant l’histoire d’une famille de pionniers américains au XIXème siècle, à partir du roman autobiographique de Laura Ingalls. La nouvelle sitcom canadienne, qui emprunte nombre de codes à son modèle culte, s’appuie elle sur l’expérience de la scénariste, Zarqa Nawaz. Née à Liverpool en Angleterre de parents originaires du Pakistan, élevée à Toronto, elle s’est installée à Régina, dans la région canadienne des Prairies. Régina devient Mercy, “miséricorde” en français, un petit bourg fictif où débarque Amaar, séduisant et débonnaire pionnier musulman qui délaisse sa jeune carrière d’avocat pour prendre le poste d’imam de la “petite mosquée”. Sa toute première mésaventure donne le ton : lors de son embarquement pour Mercy à l’aéroport de Toronto, une passagère surprend un entretien téléphonique avec sa mère à qui il explique que son choix n’est pas un “suicide” et qu’il “planifie ça depuis des mois ”. Dénoncé, il est aussitôt soumis à un interrogatoire au cours duquel un policier pince-sans-rire alignera les poncifs de la suspicion antiterroriste avant de lâcher : “tu ne décolleras pas pour le paradis aujourd’hui !”. Précédé par la rumeur, il est harcelé dès son arrivée à Mercy par un journaliste en mal de scoop qui se frotte les mains à l’idée d’avoir mis la main sur un terroriste membre d’une “cellule dormante”.
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Quiproquos, moqueries et respect
Le moindre quiproquo sert de prétexte pour les contempteurs des musulmans, à l’image de Fred Tupper, animateur de radio locale pétri de préjugés, mais secrètement amoureux d’une femme musulmane. Et la communauté regroupée autour de la “petite mosquée” a bien du mal à convaincre les habitants de leur volonté de vivre en bonne harmonie avec le reste de la société : même une journée “portes ouvertes” se transforme en pétarade enfumée suite à un court-circuit électrique ! A contrario, le révérend Duncan McGee qui accueille avec bienveillance dans ses murs la petite mosquée, porte le message de la tolérance et du dialogue inter-religieux, quitte à essuyer les foudres de sa hiérarchie. Ses administrés, eux, se montrent bien souvent incrédules. Cependant, la série s’attache avant tout à raconter la vie quotidienne de cette communauté, révélant sa diversité et les contradictions qui la traversent. L’esprit est très familial, et les personnages oscillent entre profils convenus et caractères surprenants. Il y a ainsi le caustique Yasir Hamoudi, l’entrepreneur affairiste d’origine libanaise qui fait office de chef économique local. Sa femme Sarah, Canadienne convertie à l’Islam, est l’assistante de Madame le maire, une dame pragmatique qui s’intéresse au bien-être des citoyens musulmans, escomptant bien en retour qu’ils votent pour elle. Il y a aussi Fatima, l’exubérante patronne d’origine nigériane du café-restaurant local qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Mais les temps forts de la série sont marqués par le face-à-face entre Babber, portant barbe et djellaba, caricature sans méchanceté d’un leadership traditionaliste quelque peu dépassé par les événements, et Amaar qui, pour apaiser les tensions est sans cesse à la recherche de la solution du “juste milieu”.
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Zarqa Nawaz, musulmane féministe
Autre personnage central, Rayaan, la fille de Yasir. Jeune médecin et musulmane féministe portant le foulard avec élégance, elle se démène à la fois pour obtenir l’embauche d’une femme maître-nageur à la piscine ou pour obtenir le retrait d’une nouvelle barrière séparant hommes et femmes dans la mosquée. A ses contradicteurs, elle rappelle que dans la grande mosquée de la Mecque, hommes et femmes peuvent prier ensemble. Et à ceux qui lui lancent que l’Islam est une religion sexiste, elle rétorque : “Seulement quand elle est dirigée par des hommes !”. Derrière le personnage de Rayaan se profile Zarqa Nawaz, qui a aussi abordé ce sujet dans Une Femme dans la mosquée (Me and the Mosque), un film documentaire réalisé en 2005 à partir d’une enquête approfondie sur l’accès des femmes aux différents lieux de prières du Canada. Elle restitue les points de vue contradictoires, donne aussi le sien, celui “d’une quête spirituelle exacerbée par le fait d’appartenir à une institution qui ne veut pas d’elle en tant que femme”. Le ton est incisif, tranché.
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Une comédie burlesque fédératrice mais un brin gentillette
Avec la comédie de situation, l’ambiance est autrement plus consensuelle. La loi de ce genre télévisuel induit une imbrication de la vie des uns et des autres, et une adhésion qui conforte l’intention manifeste de promouvoir le vivre ensemble. Tout compte fait, les personnages se révèlent donc tous plutôt sympathiques, et leurs petites faiblesses sont aisément pardonnées. Néanmoins, à force d’indulgence, on risque de tomber dans une condescendance mièvre, sentiment renforcé par l’absence d’aspérités sociales. Comme si le “choc des civilisations” était soluble dans l’identification commune au mode de vie des classes moyennes ici mis en scène. La “vraie vie” est certainement plus complexe, moins gentillette. Il n’empêche : La Petite mosquée dans la prairie réussit à faire rire les téléspectateurs tout en respectant les convictions religieuses de chacun. Après son succès d’audience au Canada (2 millions de téléspectateurs), une nouvelle série de vingt épisodes est annoncée.
Mogniss H. Abdallah Agence IM'média
[23/07/2007]
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La petite mosquée dans la prairie
Création : Zarqa Nawaz
Réalisation : Michael Kennedy
Producteurs exécutifs : Zarqa Nawaz, Clark Donnelly, Mary Darling
Production : CBC, Canada, 2007
Avec Sheila McCarthy (Sarah), Carlo Rota (Yasir), Zaib Shaikh (Amaar), Sitara Hewitt (Rayyan), Debra McGrath (Mayor Popowicz), Manoj Sood (Baber), Arlene Duncan (Fatima), Derek McGrath (Reverend Magee), Neil Crone (Fred)
Site web de la série (Canada)
Pages sur le site de Canal Plus
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