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 [Gorée] Pierre Akendengué
Gorée
Romepa Gabon / Lusafrica
Cet
album consacré à Gorée est paru peu avant le 10 mai, date choisie en France pour
célébrer la mémoire de l’esclavage. Ce n’est pas l’effet d’un plan marketing,
mais une des ces coïncidences opportunes qui fait que certains esprits éclairés
ont rendez-vous avec l’Histoire. En peaufinant les bijoux de mélodies et de voix
entrelacées qui illuminent ses albums, Pierre Akendengué nous donne toujours à
réfléchir sur les questions préoccupantes du monde contemporain. Cette fois il
aborde la grave question du crime contre l’humanité qu’a été l’esclavage. Il y
a été incité par son ami et producteur associé Richard Onouviet, par ailleurs
ministre et musicien, qui refusa que La chanson de Gorée soit incluse à
l’album que Pierre préparait en 2003, estimant que le thème devait faire l'objet
d'un disque entier. Le chanteur décida alors de réaliser deux albums distincts
: Ekunda-Sah ! (voir
notre chronique), réunissant des chansons à danser, et Gorée, pour lequel
il se remit à l’écriture. Les trois dimensions chères au chanteur y sont réunies
: la dimension historique, avec l’évocation douloureuse de Gorée (Gorée,
La Chanson de Gorée, Yemba Gorée) ; la dimension spirituelle avec
Ta’Nzambe, prière à la divinité ; la dimension culturelle, à travers des
rythmes et des harmonies puisées dans les musiques traditionnelles gabonaises.
Chef d’œuvre d’émotion et de profondeur, l’album nous projette à nouveau dans
l’univers odorant de la forêt tropicale, qui résonne du chant de mille oiseaux,
avec Beau Pays Bo ou De la Forêt. Pour Pierre Akendengué, “chaque
oiseau a un langage que les humains perçoivent et qu’ils traduisent en contes,
en mythes, en légendes...”. Il nous confie que sa manière d’arranger les voix
est inspirée des chants d’oiseaux. Avec Dedede (de-ci de-là), il retrace
une sorte de voyage initiatique vécu dans son enfance, au gré du fleuve, de son
village à Port-Gentil. “Le voyage s’effectuait sur un radeau de bois flottés.
C’est un voyage qui prend du temps, beaucoup de temps, et où l’on vit d’incroyables
histoires. Et comme le radeau avance très lentement, on a le temps de tout observer
: chaque arbre, les oiseaux qui vous dépassent, les villages de pêcheurs, les
amours, tout cela...” Une chanson d’inspiration autobiographique mais qui
finit dans une apothéose allégorique digne des rêves les plus fantasques. Tel
est l’autre visage de Pierre Akendengué : celui d’un conteur qui possède les clés
de mondes merveilleux et nous en ouvre la voie, rien qu’à l’oreille.
François Bensignor
[23/05/2006]
Voir aussi
:
Chronique musique Pierre Akendengué. Ekunda-Sah ! [25/04/2005]
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