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 [Roumanie] Toni Iordache
Sounds from a bygone age - vol. 4
Asphalt-Tango Records
Ce quatrième volume de la collection “Sounds from a bygone age” (sons d’une époque révolue) permet de découvrir (ou, pour les connaisseurs, de retrouver) le flamboyant jeu de cymbalum d’un des plus grands virtuoses du dernier demi-siècle. Issu d’une famille de lautari - musiciens professionnels, essentiellement tsiganes, qui perpétuent les traditions musicales populaires en Roumanie - Toni Iordache (1942-1988) est l’héritier d’une dynastie de maîtres du cymbalum - cithare sur cadre trapézoïdal à cordes frappées à l’aide de fines baguettes aux embouts courbés recouverts de coton ou de feutre.
Initié à l’instrument dès l’âge de quatre ans, Toni Iordache développe à l’adolescence une virtuosité qui impressionne jusqu’aux artistes rompus à l’art des lautari. Les plus prestigieux cymbalistes de Bucarest vont lui transmettre le répertoire exhaustif des musiques pour la danse et surtout les mariages. Ces célébrations, qui durent au minimum deux jours et deux nuits, ne peuvent se passer de musique, les lautari étant aussi les dépositaires de la connaissance des rites anciens qui y sont liés. Toni Iordache fut l’un des musiciens les plus recherchés et les mieux payés de son temps. Durant l’ère Ceausescu, alors que l’art des lautari est ignoré et méprisé, le cymbaliste est invité à se joindre aux ensembles folkloriques d’État qui se produisent dans les pays occidentaux. Mais les quelques devises étrangères rapportées d’un de ces voyages lui coûtent trois ans de prison...
Si Iordache a eu de nombreuses occasions d’enregistrer pour l’ancienne maison de disque d’État, le fabuleux violoniste tsigane Ion Petre Stoican, à qui est consacré le vol. 1 de cette collection, n’a connu qu’une fois ce bonheur. Il nous le fait partager sur ce superbe enregistrement, accompagné par le maître Iordache et les meilleurs lautari de Bucarest. Les deux autres volumes sont tout aussi recommandables. Le vol. 3 révèle l’incroyable falsetto androgyne du chanteur Dona Dumitru Simica. Quant au vol. 2, il fait revivre la source intarissable d’émotions, de joie et de douleur qu’est la voix de Romica Puceanu, la “Billie Holiday des Balkans”. Elle est accompagnée par l’orchestre des frères Gore, garants de la haute tradition des lautari. On peut remercier Henry Ernst et Helmut Neumann, producteurs allemands passionnés de musiques balkaniques qui ont déjà révélé l’extraordinaire talent de la Fanfare Ciocarlia, pour avoir réédité ces trésors de la musique roumaine.
François Bensignor
[03/08/2007]
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