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 [Cameroun] Richard Bona
Munia, The Tale
Universal Music, 2003
Richard Bona est de ces artistes pour lesquels la notion de raffinement semble
une seconde nature. Sa musique dessine les contours dun son entièrement
irrigué par la sève africaine, mais totalement transcendé
par sa formulation orchestrale. On croirait voir de petites bouffées de
génie séchapper en volutes douces. Pas le style de génie
surgissant à létat brut des pinceaux dun Jean-Michel
Basquiat même si les deux artistes partagent la même passion
pour New York mais quelque chose de lentement ouvragé, un réseau
complexe où lenchevêtrement des mélodies offre de multiples
possibilités de cheminement à la pensée. À la différence
du labyrinthe, chaque proposition ici semble simple et se prolonge par quelque
résolution claire. On reste émerveillé par la multiplicité
des choix offerts. La virtuosité du jazzman accompli y est bien sûr
pour quelque chose, mais il y a aussi cette touche qui fait les artistes dexception.
La première plage de ce disque, Bonatology, nous accueille
dans un univers seulement vocal, référent premier de toute musique
africaine. La deuxième est une surprise : le jeune Camerounais nous propulse
vers les climats mandingues avec une belle force, invitant rien moins que Salif
Keïta. Tous deux ont fréquenté le sorcier des claviers Joe
Zawinul, et les voilà qui sentendent magnifiquement, apportant un
démenti à cette fatalité du tribalisme que daucun
voudraient nous faire gober. LAfrique sen sortirait sans doute beaucoup
mieux si lharmonie intelligente de ces artistes pouvait se substituer à
lincurie de ses chefs cupides.
François Bensignor
[03/10/2003]
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