
Ce disque est l’occasion de réviser certains clichés accrochés à la Namibie, littéralement “pays où il n’y a rien”. Devenu indépendant en 1990, après des décennies de combat contre l’apartheid des colons sud-africains, ce n’est pas cette sorte d’Eden originel aimablement décrit au cinéma dans “Les Dieux sont tombés sur la tête”. Les compagnies minières étrangères l’ont élevé au rang de premier producteur mondial d’uranium, cinquième de diamants, mais les peuples autochtones, spoliés de la jouissance de leurs terres il y a plus d’un siècle, viennent d’élire pour la seconde fois leurs propres représentants à la tête du pays.
L’album est un instantané de la jeune création musicale actuelles à Windhoeck, la capitale, à travers les chansons d’une douzaine d’artistes aux styles très divers. On y repère les influences du reggae (Ras Sheehama) et du rap (C.J.P., Tiger), idiomes musicaux universels pour exprimer la libération des opprimés. Mais avec un parfum local entêtant, comme le mélange de l’anglais et de la langue “à click” autochtone. L’influente Afrique du Sud, où sont produits la plupart des disques namibiens, a implanté sa marque jazz et soul (Sharon). Le Zimbabwe voisin a exporté la musique de mbira spécifique au peuple Shona (Emmanuel). La culture panafricaine distille ses styles de folk (Jackson) ou bien de funk (Boli Mootseng). Mais on découvre aussi les rythmes modernisés issus de styles traditionnels locaux, comme le nama et le damara (Axue) ou encore le rythme entêtant du shambo (Ngatu). Disque original, produit grâce au soutien du Centre Culturel Franco-Namibien, cette compilation donne envie d’explorer de plus près ce vaste territoire de fraîche indépendance.