Recherche
> Recherche avancée


[Raï] Cheikha Rabia
Liberti
(Tiférèt / Buda Musique)

musiqueUne sensation d’envoûtement immédiat vous colle à la peau. Cette voix mûre a macéré dans les liqueurs essentielles tapissant les profondeurs de l’âme humaine. Rugueuse et veloutée, elle exhale un parfum de musc et fait miroiter l’ambre sur les courbes de khôl. Près de trois ans d’acharnement et de péripéties ont été nécessaires à la maturation de ce joyau. La production incandescente est la griffe de Dinah Douïeb. Femme et artiste, tenace face au machisme ambiant du milieu raï, elle a su tenir bon sans dévier de son idée. D’abord, rendre justice à la grande Cheikha Rabia, un peu trop éclipsée aux yeux du grand public par la personnalité omniprésente de Rimitti, malheureusement disparue en 2006. Ensuite, aborder le style rural ancien, “trab”, avec respect, s’interdisant de dénaturer les sonorités particulières de la gasba (flûte) et du guellal (tambour). Mais elle y apporte une dynamique terriblement excitante : samples de percussions rejoués par des machines et subtilités de mixage enivrantes. L’inspiration de Rabia s’en trouve stimulée. Par des paroles qui soulagent elle enveloppe la déchirure des cœurs. Elle dit la nostalgie de la séparation, la coupe de l’oubli, les larmes de l’amour, l’évasion de la nuit… Cœur et corps chavirés, on est pris dans la danse. Danser et boire, boire et danser… Se retrouver ! La plaine de l’Oranie au cœur, l’âme rivée à son exil urbain, Cheikha Rabia vient d’accomplir l’une des plus belles évolutions du raï.

François Bensignor
[19/11/2007]

Mots-clés : Raï
[Roumanie] Toni Iordache
Sounds from a bygone age - vol. 4
Asphalt-Tango Records

musiqueCe quatrième volume de la collection “Sounds from a bygone age” (sons d’une époque révolue) permet de découvrir (ou, pour les connaisseurs, de retrouver) le flamboyant jeu de cymbalum d’un des plus grands virtuoses du dernier demi-siècle. Issu d’une famille de lautari - musiciens professionnels, essentiellement tsiganes, qui perpétuent les traditions musicales populaires en Roumanie - Toni Iordache (1942-1988) est l’héritier d’une dynastie de maîtres du cymbalum - cithare sur cadre trapézoïdal à cordes frappées à l’aide de fines baguettes aux embouts courbés recouverts de coton ou de feutre.
Initié à l’instrument dès l’âge de quatre ans, Toni Iordache développe à l’adolescence une virtuosité qui impressionne jusqu’aux artistes rompus à l’art des lautari. Les plus prestigieux cymbalistes de Bucarest vont lui transmettre le répertoire exhaustif des musiques pour la danse et surtout les mariages. Ces célébrations, qui durent au minimum deux jours et deux nuits, ne peuvent se passer de musique, les lautari étant aussi les dépositaires de la connaissance des rites anciens qui y sont liés. Toni Iordache fut l’un des musiciens les plus recherchés et les mieux payés de son temps. Durant l’ère Ceausescu, alors que l’art des lautari est ignoré et méprisé, le cymbaliste est invité à se joindre aux ensembles folkloriques d’État qui se produisent dans les pays occidentaux. Mais les quelques devises étrangères rapportées d’un de ces voyages lui coûtent trois ans de prison...
Si Iordache a eu de nombreuses occasions d’enregistrer pour l’ancienne maison de disque d’État, le fabuleux violoniste tsigane Ion Petre Stoican, à qui est consacré le vol. 1 de cette collection, n’a connu qu’une fois ce bonheur. Il nous le fait partager sur ce superbe enregistrement, accompagné par le maître Iordache et les meilleurs lautari de Bucarest. Les deux autres volumes sont tout aussi recommandables. Le vol. 3 révèle l’incroyable falsetto androgyne du chanteur Dona Dumitru Simica. Quant au vol. 2, il fait revivre la source intarissable d’émotions, de joie et de douleur qu’est la voix de Romica Puceanu, la “Billie Holiday des Balkans”. Elle est accompagnée par l’orchestre des frères Gore, garants de la haute tradition des lautari. On peut remercier Henry Ernst et Helmut Neumann, producteurs allemands passionnés de musiques balkaniques qui ont déjà révélé l’extraordinaire talent de la Fanfare Ciocarlia, pour avoir réédité ces trésors de la musique roumaine.


François Bensignor
[03/08/2007]

Mots-clés : Roumanie
[Amérique centrale] Andy Palacio & The Garifuna Collective
Watina
Stonetree Records / Cumbancha

Avec ce magnifique album, le chanteur Andy Palacio s’est donné pour mission d’attirer l’attention internationale sur le risque de disparition de sa langue et de sa culture : celles des Garifuna. L’histoire de ce peuple métis remonte au XVe siècle, lorsqu’un navire négrier fit naufrage sur la côte caraïbe de l’île Saint-Vincent. Les Africains de sa cargaison, voués à l’esclavage, furent secourus par les Arawaks autochtones avec lesquels ils se métissèrent. Ensemble, ils résistèrent à la colonisation des Français et des Anglais, jusqu’à ce que ces derniers finissent par prendre possession de l’île. Déportés en 1797 sur les côtes d’Amérique Centrale, les Garifuna établirent de petites communautés dans les actuels Nicaragua, Honduras et Belize. Si leur langue et leurs coutumes y furent préservées durant près d’un siècle et demi, elles sont aujourd’hui en voie d’extinction.
En 2001, l’inscription par l’Unesco de la langue, la musique et la danse des Garifuna au rang des chefs d’œuvre du patrimoine immatériel de l’Humanité était en partie le résultat de l’implication de l’artiste Andy Palacio auprès du gouvernement du Belize pour la préservation et la mise en valeur du patrimoine de ses ancêtres. Cet album préparé avec Ivan Duran - directeur de Stonetree Records, seul label de disque à Belize, entièrement impliqué dans la promotion de la culture de ce petit pays subtropical d’environ 300 000 habitants - révèle la beauté d’une musique qui, tout en empruntant avec respect et intelligence aux traditions musicales interprétées par leurs derniers détenteurs, est parfaitement appréciable par le public international contemporain. Nul doute qu’avec “Watina”, qui signifie “je lance un appel”, la voix des Garifuna soit enfin entendue et reconnue à travers le monde.

Andy Palacio sera en concert au New Morning à Paris, le 20 juin.

François Bensignor
[05/06/2007]

[Afrique] Sally Nyolo and the Original Bands of Yaoundé
Studio Cameroon
Riverboat / World Music Network

Cet album est un parfait Ovni dans une production africaine contemporaine, où brillent surtout les archives vintages et l’afro-rap “en langues”. Alors que les grandes stars du genre continuent d’épouser les canons esthétiques capiteux des studios occidentaux, Sally Nyolo opère un retour à la fraîcheur de ses sources d’inspiration avec des moyens réduits au strict minimum. En installant son studio d’enregistrement à Yaoundé, la capitale du Cameroun, son pays natal, elle initie une petite révolution dans sa façon de travailler comme dans son projet artistique. Un mouvement doublement salvateur. D’une part parce qu’il élargit considérablement son point de vue musical, prenant en compte la réalité d’une création locale entièrement dégagée des contraintes du système industriel. D’autre part parce qu’il révèle l’insondable vivier de richesse artistique dont regorge une certaine Afrique du quotidien. Cette Afrique, pétrie de cultures multiples et splendides, dont ne parviennent à témoigner ni la production locale, ni les documentaires calibrés pour les chaînes des pays nantis. Il faut bien lire le titre de cet album et comprendre qu’il ne s’agit pas à proprement parler d’une “œuvre” de Sally Nyolo, mais d’un projet artistique dans lequel elle joue un rôle de révélateur de talents. On y découvre de purs moments de plaisir partagé, avec la craquante fragilité vocale des Bidjoï Sisters, le bikutsi hypnotique de Mama Andela ou la chorale mystique de La Voix du Cénacle. Ce projet concept innovant sera prolongé par un film. À suivre donc, en dégustant sans modération !

François Bensignor
[27/11/2006]

[Congo] Congo - Rumba on the River
African Pearls 1
Syllart / Discograph

Ce double album concocté avec soin, selon des choix judicieux, retrace les grandes heures de ce qu’il est convenu d’appeler la deuxième génération de la rumba congolaise. En 154 minutes de bonheur de musique et de danse, les deux disques investiguent l’extraordinaire créativité des grands orchestres des années 1954-1967 : African Jazz, OK Jazz, Rock A Mambo, African Fiesta, Bantous de la Capitale, Festival Maquisard…
Publiés alors même que la République Démocratique du Congo tente de retrouver ses marques par la voie des urnes, ces enregistrements fournissent une perspective intéressante sur le rôle essentiel joué par les musiciens au moment du douloureux passage de la colonisation à l’indépendance. Tout en contribuant à l’information des publics, la rumba n’a cessé de commenter les grands bouleversements politiques et sociaux de cette époque. C’est ainsi que, parrainés par le journal Congo, Joseph Kabasele et six musiciens sont invités à Bruxelles en marge de la Table ronde démarrée le 20 janvier 1960, où l’indépendance du Congo belge est âprement négociée. Indépendance Cha Cha et Table Ronde, composées à chaud dans la nuit, témoignent de l’histoire en train de s’écrire. Gravées sur place et envoyées à Léopoldville, les chansons galvanisent les Congolais, qui feront un immense triomphe aux artistes, lorsqu’ils les joueront pour la première fois en public le 30 juin 1960, jour de l’Indépendance.
Ce coffret de 2 CDs inaugure la série intitulée African Pearls (perles d’Afrique). Conçus sur ce même principe d’une sélection d’archives finement choisies et commentées, deux autres volumes sont disponibles. African Pearls 2 – Cultural Revolution est consacré aux grands orchestres de la Guinée, du temps de la splendeur de Sékou Touré. African Pearls 3 – One Day On Radio Mali est composé de deux albums splendides, l’un consacré au répertoire traditionnel de diverses régions du Mali, l’autre aux orchestres modernes des années 1970. Le quatrième volume, à paraître prochainement, propose des pépites méconnues puisées dans les archives de la musique sénégalaise des années 1960-75. Une collection indispensable aux amateurs de musiques africaines.


François Bensignor
[03/11/2006]

Mots-clés : Congo, rumba, Afrique
Chroniques récentes
  Ali Farka Toure - [02/10/2006]
 
  Atahualpa Yupanqui - [11/09/2006]
 
  Les Stars du Music’hall d’Algérie - [03/07/2006]
 
  Pierre Akendengué - [23/05/2006]
 
  Dariush Tala’i / Tanbûrî Isak - [24/04/2006]
 
Archives
  Consultez l'ensemble de la rubrique "Musique".  
     
© Cité nationale de l'histoire de l'immigration - 2007