
Joseph Marando est italo-marocain. Il a la peau matte et des yeux
brillants. Deux adjectifs qui sonnent comme un heureux hasard : notre homme
est photographe. Il vient de publier, en images et en textes, l'histoire de
sa quête identitaire. Maroc ordinaire retrace près de quinze
ans de voyages au Maroc durant lesquels Joseph Marando a suivi les traces de
sa famille maternelle.
Zoom arrière
Tout commence dans les montagnes du Moyen-Atlas, à Ifkern. Le père
de Joseph Marando est alors légionnaire. Peu avant, il avait tenté
de fuir l'Italie et de passer illégalement la frontière française.
Arrêté par la police, son choix fut simple : la prison ou la Légion.
Ce sera donc l'Indochine, l'Algérie puis le Maroc où Agustino
rencontre Aïcha. Joseph naît en 1956, à Agadir. En 1960, la
ville est détruite par un tremblement de terre. La famille Marando s'installe
à Casablanca puis part pour Forcalquier, en Provence, et tente de se
fondre dans le moule. Aïcha devient Aïcha-Marie. Ma mère
avait longtemps travaillé pour des Espagnols. En arrivant en France,
elle était déjà toute acquise à la culture occidentale,
souligne Joseph Marando.
Après des études de lettres, il intègre lécole
des Beaux-Arts. Dès les années 80, il réalise des reportages
photographiques sur l'immigration. En 1983, il suit depuis trois mois une famille
algérienne quand, un jour, un des fils l'invective : qui es-tu
pour travailler sur ce que nous sommes alors que tu ne connais pas tes racines
?. C'est le déclic. Dautant plus que le fils de Joseph
Marando grandit. Je me suis aperçu que je navais rien
à lui transmettre. J'ai alors eu envie de me réapproprier mon
patrimoine culturel.

En 1991, Joseph Marando obtient le prix Léonard de Vinci, parrainé
par Willy Ronis. Il part six mois au Maroc à la recherche des personnes
et des lieux susceptibles de figurer dans un album personnel. La quête
ne va pas de soi. Certains parents m'ont fait savoir qu'au niveau de
l'héritage, il n'y avait plus rien. Ca tombait bien, ce n'était
pas ce type de legs que je venais chercher. Commencent alors quinze
années d'allers-retours entre la France et le Maroc durant lesquelles
le photographe tisse des liens et immortalise les rencontres. Je me
suis accaparé un héritage d'une valeur inestimable, bien qu'immatériel.
Objectif passeur
Aujourdhui, Joseph Marando est en train de terminer un documentaire.
Hip Hop social club focalise sur un groupe de jeunes musiciens de Manosque
tout en mettant en lumière le rôle des associations culturelles
locales. J'ai une dette de reconnaissance. J'ai tellement reçu
que j'ai envie de redistribuer, confie-t-il avant davouer, qu'adolescent,
il est sorti du cadre. Flirtant avec la délinquance, sur le point de
basculer, il a été sauvé par les structures d'éducation
populaire. Pour un jeune en marge, c'est une chance que de pouvoir
être accompagné par des institutions éducative, artistique
ou sociale. Aujourd'hui, il y a une carence. On privilégie la répression
à la prévention. L'école de la République
a aussi joué son rôle. Je suis un pur produit de l'éducation
populaire, un garçon issu d'un milieu défavorisé quon
a accompagné vers la citoyenneté.

Joseph Marando tient à une mise en point : je ne suis pas un
artiste mais un intervenant social qui travaille avec un médium artistique.
Ce qui compte, ce n'est pas d'être exposé mais la portée
sociale de ce que je fais. En noir et blanc, il travaille sans artifice,
en essayant de trouver le cadrage le plus adéquat au message à
transmettre. Le rapport qu'il entretient avec ses sujets est essentiel : il
mimporte quils bénéficient de l'étude que je
mène et que leurs voix se fassent entendre. C'est ma manière de
rendre ce que j'ai pris. Depuis presque dix ans, le photographe travaille
sur l'immigration marocaine dans le sud-est de la France sans négliger
de suivre les familles lors de leurs retours au Maroc pour saisir tout ce qui
se joue. Je montre ce qui a évolué, les difficultés
et les interdépendances entre cette famille établie en France
et celle restée au bled. Mes travaux de mémoire font le lien entre
ici et là-bas.
Joseph Marando se rêve passeur. En 2001, son travail photographique
sur l'immigration à Manosque ne sintitulait-il pas L'entre-deux
est-il mon juste milieu ? ?
Cartier Bresson a dit un jour de Joseph Marando qu'il avait le sens
de la chose aperçue. Lui reconnaît qu'il n'aurait pas
pu vivre sans la photographie. Grâce à elle, il a trouvé
un moyen de développer sa relation au monde. Et réussi à
capturer sa propre identité.