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[littérature] Salim Bachi, écrivain
La littérature a le pouvoir dunir des cultures
différentes
Salim Bachi, auteur algérien de 34 ans, vivant depuis 10 ans en France,
accumule les récompenses littéraires. Il publie Tuez les tous,
un roman polémique sur les dernières heures de lun des terroristes
du World Trade Center.

Les turbulences de lhistoire
Avec 'Tuez les tous', ce qui mintéressait,
cétait de prendre le point de vue le plus polémique possible.
Comme à laccoutumée avec Salim Bachi, est-on tenté
dajouter ! Depuis dix ans quil vit en France, lauteur algérien
ne cesse de montrer, sous un jour nouveau, les turbulences de lhistoire.
Dernier fait darme : se glisser dans la peau de lun des terroristes
du World Trade Center. Risqué ! Jai fait pour le 11 septembre
avec 'Tuez les tous', ce que javais fait pour lAlgérie des
années 90 dans 'Le chien dUlysse' (son premier roman, publié
en 2001 chez Gallimard), où je parlais de la guerre sans tabou, des
policiers qui torturaient. Ça a choqué. Cétait un
peu tôt
Il y aura ensuite La Kahéna en 2003, sur les ambiguïtés
de la colonisation. Là, Salim Bachi adopte le point de vue
dun colon qui comprendra, mais un peu tard, que cette entreprise deffacement
dune culture par une autre était vouée à
léchec. Deux romans qui lui valent plusieurs récompenses
littéraires, le prix Goncourt du premier roman pour Le chien dUlysse
et le prix Tropiques 2004 (prix de lAgence française du développement)
pour La Kahéna, et qui font de lui lun des auteurs algériens
les plus prometteurs.
Une jeunesse délaissée
La plume taquine Salim Bachi depuis lâge de 15 ans. Il suit
des études de Lettres jusquà la licence, en Algérie.
Mais en 1996, il lui faut partir. Il choisit la France pour terminer ses études
à Paris. À cette époque en Algérie, cétait
la catastrophe, le fanatisme, les attentats... Même si ma ville, Annaba
était relativement épargnée, sur la côte est du pays,
je ne voyais pas mon avenir là-bas. La jeunesse est délaissée,
elle na aucun espoir. Le refuge peut être lislamisme, assez
vite.
Fanatisme, attentats... On retrouve les mêmes thèmes dans Tuez
les tous. Dailleurs, lélégant et souriant écrivain
sinterroge : Est-ce que le 11 septembre se résume à
une question dOrient contre Occident ? Je nen suis pas si sûr.
Cette violence a commencé en Algérie, entre Arabes et musulmans.
Jy vois surtout une haine de la modernité commune à beaucoup
de pays arabes qui, par cynisme, utilisent le fond culturel religieux pour manipuler
les gens.
Prendre de la distance
Salim Bachi est discret. Préférant le rôle dobservateur,
de questionneur, afin de mieux se glisser dans les failles de lhistoire.
Pour écrire des livres sur lAlgérie, il fallait
prendre de la distance. Cest ce que jai pu faire en France. Paradoxalement,
il faut séloigner pour se rapprocher de son pays et faire uvre
décrivain.
Scolarisé un temps en France, lorsquil était enfant, puis
de nouveau en Algérie, où lécole se déroulait
en arabe, Salim Bachi a été ballotté entre deux
façons de voir les choses. De quoi façonner pour longtemps
son esprit critique. Aujourdhui, il semble être tombé pour
de bon du côté du français, la langue dans laquelle il écrit,
et de la France, le pays qui la fait naître écrivain. Il
parle larabe bien sûr, mais ne le lit pratiquement pas et lécrit
encore moins. LAlgérie semble enfermée pour linstant
dans une boite à souvenirs, quil rouvrira peut-être si les
choses séclaircissent un peu de lautre côté
de la Méditerranée.
Sa vraie patrie serait plutôt les pages de James Joyce, William Faulkner
et Kateb Yacine.Ces littératures mont appris que les cultures
étaient ouvertes et perméables, quUlysse était Dublinois,
mais aussi complètement grec et, par là même, universel.
La littérature a le pouvoir dunir des cultures différentes.
Lire les auteurs arabes à lécole
Attentif et posé, le jeune homme se laisse aussi, par moment, emporter
par un rire franc. Mais son apparence sérieuse revient vite. Le monde
comme il tourne linspire, lactualité française le
préoccupe. Il se plait à rêver que lécole revalorise
les différentes cultures et que les enseignants viennent de tous les
horizons. Est-ce que lEducation nationale est assez ouverte ?,
interroge Salim Bachi toujours prêt à dégainer la question
qui fâche.
Lire les auteurs arabes permettrait aussi, selon lui, de donner un modèle
positif aux enfants issus de limmigration : Les Milles et une nuits,
et les auteurs maghrébins qui écrivent en français, comme
Rachid Mimouni, et Driss Chraïbi qui sattaque à tous
les archaïsmes des sociétés méditerranéennes.
Sandrine Martinez
[30/03/2006]
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Tuez-les tous, Paris,
Gallimard, 132 pages, 12, 90 euros
Voir notre chronique
Autoportrait avec Grenade,
Paris, Éditions du Rocher, 2005, 188 pages, 16, 90 euros
La Kahéna, Paris,
Gallimard, 2003, 308 pages, 19 euros
Le Chien d'Ulysse, Paris,
Gallimard, 2001, 257 pages, 14, 94 euros
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