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[cinéma] Mahmoud Zemmouri, cinéaste
Une caméra de chaque côté de la mer
Alors que la Coupe du monde de football bat son plein, et que la France se retrouve malgré tout unie derrière son équipe “black, blanc, beur”, le film de Mahmoud Zemmouri Beur, blanc, rouge aborde les problèmes de double culture à travers les incidents survenus pendant le match France-Algérie, en octobre 2001. Portrait d’un cinéaste qui traite de l’immigration depuis plus de 20 ans, non sans humour.

Mahmoud Zemmouri
Mahmoud Zemmouri

C’est en voyant les films d’un de ses condisciples de l’école d’optique de Paris, à son arrivée en France, en 1968, que le jeune Mahmoud Zemmouri, réalise qu’il va pouvoir accomplir son rêve : faire du cinéma. “Ces films parlaient d’immigration mais de façon misérabiliste. Je ne voyais pas de diversité dans le public qui venait les voir. Il n’y avait que des immigrés et des gens issus de la gauche culpabilisée. C’est là, que j’ai décidé de traiter de sujet épineux, avec de l’humour, pour toucher un large public.”
Ces comédies engagées, toujours à la limite de la farce, inspirées de la comédie italienne, sont devenues depuis plus de 20 ans la marque de fabrique de ce sympathique bonhomme qui, à 60 ans, porte toujours cheveux longs et blouson en jean. Un air décontracté derrière lequel le cinéaste algérien cache un battant : il lutte farouchement pour produire et tourner ses films traitant des délicates questions d’intégration, d’immigration et de double culture. Avec ses armes : le burlesque et la satire sociale bon enfant dont on lui reproche parfois le manque de finesse… “L’intégration est devenue à la mode car les politiques en font un enjeu électoral, mais c’est l’enfer pour monter des films sur ce sujet. Rien que pour la diffusion, on n’a pas accès à toutes les salles de cinéma. Surtout à celles qui marchent bien...”.


Mahmoud Zemmouri avec son père en Algérie

“Mon film est taxé de 'communautaire'”
Il n’a pas à rougir du succès de son sixième film, Beur, blanc, rouge, sorti en mai : “On a fait 50 000 entrées la première semaine et on a battu le dernier Almodovar dans certaines salles de banlieue. Pourtant, l’une d’elles nous a décroché en troisième semaine car mon film est taxé de 'communautaire'. J’ai dû appeler le médiateur du CNC (Centre national de la cinématographie) pour qu'elle remette le film à l’affiche une semaine plus tard.” Et le climat politique actuel, selon lui, n’arrange rien : “Il y a un grand malaise en France aujourd’hui. C’est le bilan de Sarkozy et de la contre-attaque de Ségolène. Ils se servent toujours des mêmes arguments. A croire qu’ils veulent encore Le Pen au deuxième tour.
En 1968 donc le jeune Mahmoud Zemmouri quitte son village de Boufarik, à 30 kilomètres au sud-ouest d’Alger, dans la plaine de la Mitidja, “la Californie algérienne”. Là où il est né Français en 1946, “un Gaulois malgré lui”. Aujourd’hui, il a la nationalité algérienne et semble en paix avec lui-même. L’homme se sent aussi à l’aise d’un côté que de l’autre de la Méditerranée. Il ne laisse rien passer à la France, et il en a autant au service de l’Algérie. Ses films en sont la meilleure preuve.


Tournage

Le film culte des beurs des années 80
La loi Stoléru, qui met en place une aide au retour pour les immigrés, lui inspire Prends 10 000 balles et casse-toi, en 1981 et marque le début d’une longue carrière de satires sociales. “C’était le premier film qui parlait d’un tel sujet qui a bénéficié de projections dans des salles des Champs-Elysées et du quartier latin”, se félicite-t-il. “Je rencontre encore des beurs de cette génération qui connaissent les dialogues par cœur.”
Puis c’est au tour de l’Algérie de subir l’humour provocateur du cinéaste. Avec Les Folles années du twist, en 1986, un film qui tourne en dérision la révolution algérienne. “Le gouvernement algérien l’avait co-produit à cause du succès de mon précédent film mais n’avait pas lu le scénario. Du coup, à la sortie, ils l’ont censuré.” Puis, viendra De Hollywood à Tamanrasset, en 1991, tourné en Algérie. Cette fois, il se met les religieux à dos. On lui brûle ses décors.


Tournage de Beur, blanc, rouge

”Un événement annonciateur des émeutes à venir”
Pour Beur, blanc, rouge, le réalisateur poil-à-gratter s’attaque de nouveau à l’Hexagone et aux problèmes des jeunes de la deuxième génération qu’il a cotoyé à Noisy-le-Grand pendant sept ans. “Ce n’est pas la France ni le peuple français qu’ils ont sifflé lors du match France-Algérie, mais la République”, explique Mahmoud Zemmouri, qui était au Stade de France ce jour-là. “Au départ, je voulais juste faire un film sur la crise identitaire de ces jeunes, mais j’ai vu pendant ce match qu’il y avait une émotion très forte. Les médias et les politiques n’ont pas compris ce qui se jouait là. Ce n’étaient pas des racailles, mais des gens qui jouaient leur vie. C’était la première fois depuis l’indépendance de l’Algérie que les deux pays se rencontraient”.
Beur, blanc, rouge a été co-produit par l’Algérie, où il a été tourné pour moitié... et plutôt bien reçu. En France, c’est à la lumière des émeutes de novembre que l’on en saisit la portée. Pour le réalisateur, la révolte des jeunes avait juste besoin d’un alibi. Ce soir là, c’était le match : “Un événement annonciateur que les politiques et les médias n’ont pas su lire”.

Sandrine Martinez
[20/06/2006]

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