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[parcours de vie] Y'a bon Français
Portrait et interview de Rachid Bouchareb
Rachid Bouchareb est réalisateur, scénariste et producteur. Son dernier film Indigènes, sur la participation des soldats d'Afrique du Nord à la libération de la France lors de la Seconde Guerre mondiale, sort le 27 septembre. Un pas de plus pour ce cinéaste engagé qui ne conçoit son art que comme une moyen de faire passer un message.

rachid bouchareb, realisateur d'Indigenes

Le réalisateur Rachid Bouchareb ne fait pas partie des stakhanovistes de la profession. A 46 ans, cet homme à l'allure très juvénile n'a réalisé “que” cinq longs-métrages, à un rythme quasi-quinquennal. “Je ne suis pas de ceux qui rêvent de réaliser 50 films. J'ai envie de faire des métrages qui ont une force émotive, portent un message et font réfléchir.” Arrivé au cinéma par la télévision, pour laquelle il réalise encore quelques fictions, cet admirateur du cinéma de Woody Allen et de Ken Loach a rapidement ressenti, sans pouvoir l'expliquer, l'envie de raconter des histoires. Il abandonne alors des études techniques pour une école de cinéma. Il débute par le court-métrage, exercice qu'il pratique toujours comme, en 2004, avec L'Ami y'a bon, un film d'animation sur le massacre des anciens tirailleurs sénégalais au camp de Thiaroye, avant de passer au long. Les questions de migration, d'identité et d'altérité sont toujours au cœur des scénarii. “J'aime les histoires en mouvement, que les personnages évoluent géographiquement et psychologiquement. C'est vrai que tout à coup, j'ai compris que ces thématiques étaient ma force.”

Faire entendre sa voix
Rien d'étonnant puisque Rachid Bouchareb grandit au milieu d'une fratrie de 8 enfants, élevé par des parents algériens arrivés en France en 1947. “Etre entre deux mondes, parler deux langues, j'ai toujours trouvé ça génial. Même si je suis plus à l'aise dans la société française, je ne me sens pas perdu en Algérie. Et si un troisième monde avait pu s'ouvrir à moi, j'aurais trouvé ça formidable.” Pour le cinéaste, qui écrit et produit également, la question de l'appartenance identitaire ne s'est jamais posée. Il s'est toujours senti français, un point c'est tout. “Comme pour des centaines de milliers de personnes dans ce pays, pour moi il n'a jamais été question d'intégration. Intégrer qui à quoi ? Est-ce qu'on dit à l'Auvergnat, au Corse ou à l'Antillais de s'intégrer ? Ils sont la France !”
Cette certitude n'empêche pas le cinéaste de faire entendre sa voix singulière dès ses débuts. “Contrairement à la première génération d'immigrés qui a gardé le silence et à la troisième qui est très revendicative et parfois violente, la deuxième, dont je fais partie, a eu l'espoir de voir ou de faire bouger les choses à travers des actions politiques, associatives ou artistiques. Moi, ça a été par le cinéma.” Son premier film, Bâton rouge, réalisé en 1985, raconte l'histoire de trois copains de banlieue qui émigrent aux Etats-Unis. Les deux “Beurs” du groupe se feront expulser et reviendront en France. Quant à Cheb, sorti en 1991, il retrace le parcours d'un jeune issu de l'immigration expulsé de France, où il a presque toujours vécu, vers l'Algérie, qu'il ne connaît pas. “Cheb a été projeté dans tous les grands festivals, c'était extraordinaire. C'était la naissance de quelque chose. On sentait qu'il y avait un intérêt pour une sensibilité nouvelle dans le cinéma français.”

La France, pays formidable
Son dernier film, Indigènes (voir notre chronique), revient sur l'engagement des soldats d'Afrique du Nord aux côtés de la France lors de la Seconde Guerre mondiale. Si Rachid Bouchareb rend hommage à ces combattants, il affirme aussi l'identité française des enfants issus de l'immigration. “Quand on dit que pour être français, le droit du sol ne suffit pas et que cela passe aussi par le sang, eh bien voilà !, les grands pères de ces enfants de banlieue, de ces Français issus de l'immigration, de ces FRANÇAIS, ont donné le leur pour la France”, insiste le réalisateur qui regrette vivement que les mentalités n'aient pas beaucoup évolué sur ce chapitre depuis trente ans. “On comprend la rancoeur de ces jeunes qui sont toujours catégorisés, qui n'ont pas de travail et qui peinent à se trouver une place, alors que ce sont des citoyens français.” En revanche, “même si parfois certains politiques ont des discours dont on se serait passé” tout “complot” visant à maintenir cette population à l'écart est fermement exclu. L'analyse que fait le cinéaste de la situation semble même renforcer son attachement à la France : “Notre société n'a pas encore digéré son histoire, ni trouvé la sérénité. Mais malgré ses nombreuses contradictions, ce pays est formidable. Il vous rudoie puis vous prend dans ses bras. C'est comme ça.”
Le prochain film de Rachid Bouchareb devrait retracer la vie de Bob Marley, “la seule super star issue du tiers monde dont le discours et les textes engagés sont toujours très actuels”. Faire des films, oui. Mais toujours avec cette envie de conscientiser.

Interview de Rachid Bouchareb
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La question de l'intégration s'est-elle, à un moment de votre vie, posée à vous ?
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A écouter également : les questions sur le film Indigènes dans la rubrique événement.

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Maya Larguet
[25/09/2006]

Mots-clés : parcours de vie, cinéma
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