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[quartier] Kheira Deffane, l’éloge de la mixité
Gardienne d’immeuble à Paris, Kheira Deffane est surtout la militante emblématique de ce quartier populaire à deux pas de Belleville, où les jeunes et les moins jeunes, les riches et les pauvres, les étrangers et les Français, les artistes et les gens rangés vivent ensemble sans se poser le problème de leurs différences.

Passer un moment dans la loge de Kheira Deffane, c’est déjà faire un bout de voyage ailleurs. Loin de tous les stéréotypes, Kheira, la gardienne d’immeuble de la rue Sainte-Marthe cumule tous les rôles dans ce quartier populaire de Paris qui ressemble étrangement à un village du sud de la France avec ses immeubles bas et ses arrières cours fleuries. Assistante sociale, présidente de l’association socioculturelle Les Quatre Horizons, point de passage obligé pour qui veut s’installer dans le quartier… Kheira, un béret toujours vissé sur la tête, et sa loge, sont tout simplement incontournables.

Des rencontres et des fêtes pour développer la vie de quartier
Soirée du conte, soirée du rire, fête du printemps, de la musique, couscous géant sur la place Sainte-Marthe… Kheira organise chaque mois des grands moments de rencontre, ouverts à tous, dans la rue, à la Rôtisserie (le restaurant associatif de la rue Sainte-Marthe) ou au Takouli, un restaurant du quartier qu’elle loue de temps à autres. Animée par une douzaine de bénévoles, l’association Les Quatre Horizons se démène ainsi pour développer la vie de quartier sans avoir de local et avec de maigres subventions. La vente de crêpes et de gâteaux au miel à l’occasion des fêtes, des brocantes et des nombreux rassemblements associatifs parisiens, ainsi que les dons des adhérents, alimentent en fait la cagnotte des Quatre Horizons.

“Le prochain grand rendez-vous est prévu fin mai. Le week-end du 24 et 25 mai sera consacré à l’Algérie avec des groupes de musique, des lectures pour faire découvrir des auteurs Algériens. Certains connus comme Kateb Yacine et d’autres pas du tout comme Abdelhamid Benhadouga dont je considère ‘La mise à nu’ que j’ai lu trois fois, comme une des plus beaux livres de ma bibliothèque.” Sur laquelle trônent également Emile Ajar et les poésies de Victor Hugo… Le week-end intitulé “Algérie mon amour“ se déroulera sur la place centrale du quartier sous des tentes touaregs. Au programme également, des expositions de photos et de peinture sont prévues ainsi qu’un défilé de mode de costumes traditionnels… Deux journées à l’image de l’Algérie de Kheira, qu’elle a quittée en 1974, belle, riche et conviviale. “Il faut rester optimiste, dit-elle sur un ton convaincu. La situation en Algérie, malgré tout s’améliore…”

“Je veux me battre pour les autres”
Dans sa loge décorée à l’orientale, dont les portes rose bonbon donnent sur la rue, un va-et-vient continu anime les journées et les soirées de Kheira. Les gens du quartier passent à tout moment. Pour prendre des nouvelles sur Les Quatre Horizons, proposer un coup de main ou plus souvent encore en demander un. “A Sainte-Marthe, il y a toutes sortes de gens, des jeunes, des familles, des immigrés, des artistes… Des gens très pauvres aussi, isolés et complètement déprimés qui vivent entassés dans des logements minuscules et insalubre”. Alors, l’infatigable Kheira, qu’aucune procédure administrative ne décourage, passe de longues journées à soutenir, conseiller et accompagner des mal-logés, des sans-papiers, des mères découragées… dans leurs démarches administratives et la défense de leurs droits. “Je crois que c’est l’énergie du désespoir qui m’aide à faire tout ça” dit-elle avec sa petite voix de jeune fille. Son histoire, l’exil, ses quatre enfants qu’elle a élevés seule lui ont apporté quelques certitudes. “Je réponds à toutes les sollicitations. Je ne rejette jamais personne et je ne demande jamais la nationalité. Je ne sais pas d’où cela me vient. Mais une chose est sûre : maintenant que je m’en suis sortie, je veux me battre pour les autres”.

Outre son amour pour Sainte-Marthe, Kheira a une passion pour les jeunes, même si elle ne se prive pas de les engueuler quand ils font des “bêtises”. L’association organise pour eux des sorties au cinéma, des goûters, des carnavals… Elle aimerait aussi leur proposer des cours de soutien scolaire, de musique ou encore (son rêve) de créer une troupe de théâtre. Seul hic à tous ses projets, l’association est sans domicile fixe. “Les quatre horizons dispose d’un local depuis deux ans. Il y a 100 000 Francs de travaux à faire pour qu’il soit aux normes, mais je n’arrive pas à trouver les financements”. Alors, en attendant, elle prête de temps en temps sa loge aux jeunes du quartier pour qu’ils puissent répéter leurs morceaux de rap.

Sabrina Kassa
[04/04/2003]

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