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[musiques du monde] Hanta
Voix de Madagascar
Convaincante “femme du monde” pour ses goûts artistiques, Hanta compose ses musiques, écrit ses paroles, arrange des harmonies vocales d’une étonnante justesse. “Rano”, son album acoustique, révèle une belle veine d’inspiration traditionnelle malgache. La scène dévoile ses talents de danseuse. Un spectacle à ne pas manquer !

Elle s’appelle Vonihantamalala Ramparany, mais tout le monde la connaît sous le nom de Hanta, diminutif de son prénom, que les Malgaches prononcent « iant’ ». Elle compose ses musiques, écrit ses paroles, arrange des harmonies vocales d’une étonnante justesse pour les cinq filles et garçons de son groupe. Surtout, elle est douée d’une voix envoûtante, douce ou impérieuse selon ce qu’elle exprime, riche des mille couleurs et rythmes de la musique malgache.

Hanta joue également du petit luth court des bouviers “kabosy” et des percussions traditionnelles afin d’accompagner le duo vocal qu’elle forme avec sa jeune sœur Hérizo : un magnifique exemple de pureté harmonique. “Rano”, beau disque aux arrangements essentiellement acoustiques sorti à l’automne 2002, marque son engagement délibéré dans une veine d’inspiration traditionnelle malgache : un choix qui révèle bien la finesse de son goût artistique.


Enfance malgache entre danse et musique

"Je suis née dans la musique, raconte Hanta. Mon grand-père maternel était pianiste et compositeur. Ma mère était chanteuse dans un groupe bien connu à Madagascar. Je crois que j’avais déjà l’amour de la musique avant même d’être née. Toute petite, je me disais qu’on ne pourrait jamais me séparer de la musique ni de la danse. Avec mes parents, mes frères et sœurs, quand nous chantions à la maison, c’était toujours sur plusieurs voix harmonisées. Je ne peux pas dire que j’ai appris à chanter en harmonies, parce que pour moi c’était tout naturel.

Née à Tamatave, à l’Est de Madagascar, Hanta va vivre avec ses parents une grande partie de son enfance au Sud de l’île. Si le fait de chanter en harmonies à plusieurs voix est répandu dans tout le pays, elle découvre cette qualité de chant complexe et rythmée particulière aux peuples de ces régions arides, brûlées de soleil. "On y fait une incroyable musique, juste a cappella ou en s’accompagnant d’un petit hochet “katsa”. Le son de la langue, la façon de parler dans cette partie de l’île donnent à sa musique un rythme spécial, bien distinct de ceux des autres régions de Madagascar.


Formation artistique française

La jeunesse de Hanta est entièrement baignée de musique. Elle anime les mariages, les fêtes de villages, avec ses parents, ses frères et sœurs. Son goût et son talent pour la danse la conduisent à envisager d’en faire son métier. C’est alors qu’elle gagne la France afin de suivre un stage de perfectionnement en danse moderne jazz. "J’étais alors tournée vers la danse, se souvient-elle. Mais des gens m’ont entendu chanter et m’ont encouragée à joindre sur scène ma voix à la danse. Et bientôt la chanson est passée au premier plan.

Dans l’école de musique où elle s’inscrit, elle s’initie à différentes formes de chants et styles de musiques : jazz, blues, rhythm & bues, variétés internationales… "Pourtant, quand j’improvise en jazz, par exemple, je le fais à ma façon, très malgache, précise-t-elle. Quant à mon répertoire hérité des traditions de Madagascar, j’en ai aussi une interprétation tout à fait personnelle”


Hommage à Dadagaby


Hanta a 26 ans quand elle rencontre Dadagaby, qui dirige le groupe Voninavoko. Ce “monument” de la musique et de la danse malgache, qui vit en France, la prend sous son aile. "Il m’a vraiment transmis sa passion et m’a révélé une dimension que j’ignorais dans la musique malgache, raconte Hanta. C’est lui qui m’a décidée à me vouer entièrement à ce répertoire. Nous avons travaillé ensemble, fait des concerts et une tournée en Martinique. Aux côtés de cet homme plein de savoir, j’ai pu élargir mes connaissances musicales à tous les répertoires de l’île, qu’il connaît parfaitement pour avoir voyagé dans tout le pays.”

"Le 31 mai prochain, nous rendrons hommage à Dadagaby, qui a récemment été victime d’une attaque cardiaque. Je pense qu’il est préférable de venir en aide aux grands artistes qui en ont besoin tant qu’ils sont toujours parmi nous. Les fonds récoltés à l’occasion de ce concert aideront Dadagaby à financer ses soins médicaux.


Un album plein de promesses


Depuis qu’Hanta a constitué son groupe, sa musique a beaucoup évolué. Si son premier album auto-produit demeurait dans la veine électrifiée de la variété malgache, la formule acoustique qu’elle développe depuis deux ou trois ans a fait mouche. Repérée par les productions Arion, Hanta a pu réaliser son second disque, “Rano”, dans de bien meilleures conditions que le premier. "On a eu beaucoup plus de temps à consacrer à la musique”, explique-t-elle.

"Bien qu’il ne soit pas vendu à Madagascar, mais seulement diffusé en radio, “Rano” est très apprécié dans l’île. Nous sommes entrés au Top Gasy, le hit-parade de chez nous, ce qui veut dire que le public malgache ne nous oublie pas. Chaque fois que j’y vais, je ne manque pas de donner quelques concerts à Antananarivo, au Hilton ou au Glacier.”

Lorsqu’elle se produit en France, le public de ses concerts dépasse largement le petit cercle communautaire. "Souvent on me sollicite dans la communauté malgache pour animer des mariages, des fêtes d’anniversaires et d’autres manifestations, dit-elle. Mais dans mes concerts, où je joue le même répertoire, il y a généralement plus de Français que de Malgaches, pourtant nombreux à venir me soutenir. C’est quelque chose qui me flatte…

Et de conclure : "Personnellement, je me sens bien intégrée dans la société française. Mais à travers cette intégration, j’aimerais aussi lui apporter quelque chose de nouveau grâce à la musique malgache.

François Bensignor
[06/05/2003]

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