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[création d'entreprise] Aziz Senni, le taxi-brousse à la française
Portrait et interview d'un jeune entrepreneur mantois
Il est jeune, son père est cheminot, il habite en banlieue et
il sappelle Aziz Senni. Au lieu de demander une carte dinvalidité
sociale, il a préféré devenir chef dentreprise
à Mantes-la-Jolie. Une success story rassurante mais au prix d'un
combat de tous les jours. Une banlieue dynamique et solidaire est-elle possible
? Réponses d'une jeune entrepreneur atypique qui croit plus à
la volonté qu'au miracle.
 Plus rapide quun bus, moins cher quun taxi
Le slogan est rond, efficace et malin, à limage dAziz
Senni, jeune entrepreneur de 27 ans qui dirige lentreprise de taxis collectifs
ATA (Alliance, transport, accompagnement) basée à Mantes-la-Jolie.
Une société de 33 salariés, ouverte 7 jours sur 7, 24 h
sur 24 et qui compte des bébésfranchisés dans
six villes de France. Un miracle ? Non, de la volonté
assène Aziz. Moi, cest la 'gnack', la faim qui ma
poussé à franchir les étapes. Jai grandi au Val-fourré,
un endroit connu pour sa gastronomie. Jai passé mon enfance à
traîner dans les cages descalier, sans accès aux loisirs.
Cest bon, ça je connais. Jai eu envie très tôt
de passer à autre chose.
Un combat de tous les jours
Et en effet, Aziz Senni est passé de lautre côté.
Derrière son large bureau, une photo, accrochée au mur, le montre
en compagnie de Jacques Chirac en visite à Mantes la jolie pour parler
transport. Cétait le 4 mars 2004, précise-t-il
avec fierté. Plus discrète, mais tout aussi stratégique,
une photo de son père trône à côté de son ordinateur.
Pour me rappeler doù je viens, explique-t-il.
Doù exactement ? Du Maroc, où il est né. Dune
famille douvrier qui a beaucoup travaillé pour être
pauvre dit-il en samusant. Des repères qui loin de laccabler,
lui ont fait pousser des ailes, notamment pour se lancer dans laventure
des affaires. Jai eu lidée en regardant un reportage
à la télé sur un monsieur en Suède qui amenait des
personnes âgées en groupe chez le dentiste. Là je me suis
souvenu que je venais du Maroc, et que je connaissais bien ce système
de taxi collectif.
Ce nest pas un petit beur de banlieue parisienne qui va venir
faire sa loi ici
La success story dAziz, genre Bill Gates des banlieues, est
rassurante. Mais il ne faut pas non plus tomber dans lautre cliché
: la vie dAziz nest pas un long fleuve tranquille. Sur une étagère,
près de son bureau, il garde à portée de main Lart
de la Guerre de Sun Tzu, un traité militaire chinois écrit
il y a vingt-cinq siècles. Ne dit-on pas que la vie est un combat
de tous les jours ?. La discrimination, il connaît. A Caen,
il a été confronté aux lobbies de taxi, et aux notables
bien assis qui nont pas apprécié la concurrence de ce jeune
mantois.Cest dur dentendre dire : ce nest pas un
petit beur de banlieue parisienne qui va venir faire sa loi ici. Cest
dur, en effet, mais Aziz ne semble pas vraiment touché. Lhistoire
a fini au tribunal, il a gagné. Cest lessentiel.
Un entrepreneur atypique, libéral et solidaire
Jeune, de banlieue, issu de limmigration maghrébine
Il faudrait me donner une carte dinvalidité dans cette
société. Si en plus, jétais une femme, jaurais
eu la totale !. Entrepreneur atypique, Aziz lest dautant
plus quil se dit libéral, parce que je suis pour léconomie
de marché, mais aussi solidaire. Avec deux
amis, il a créé en 2002, Jeunes entrepreneurs du Mantois (JEM),
une association qui a pour but daider les jeunes à se lancer dans
les affaires. Conseiller, coacher et fédérer.
Aziz, le président de JEM présente les trois missions, sur un
ton entraînant, toujours très pro. JEM, cest son deuxième
bébé. Il aimerait bien le faire grandir pour quil ait une
taille nationale. Pour canaliser les énergies, dit-il. Il y
a des types très intelligents et très futés dans ces quartiers.
Le problème aujourdhui, cest quil ny a pas despoir
dans leur tête
En attendant, il cherche à donner
des pistes. JEM organise des forums sur la création dentreprise,
des rencontres dans des écoles, dans des prisons aussi. Car
je pense que parmi eux, il y en a qui sont là parce quils voulaient
gagner beaucoup dargent. Nous, nous allons les voir dans les prisons pour
leur dire quil y a dautres méthodes pour le faire, cela prend
un peu plus de temps mais globalement, on dort mieux. Et pour prouver
quil ne bluffe pas, le directeur dATA dit toujours privilégier
les CV de ceux qui en ont le plus besoin. Son équipe actuelle se compose
dhommes, de femmes, de 23 à 62 ans, parmi eux, certains
étaient des chômeurs de longue durée, il y a une mère
seule avec enfants. Et des repris de justice, jen ai eu. Je nai
pas eu de souci avec eux assure-t-il. Je préfère
donner du boulot à ceux qui triment vraiment, pour peu quils aient
les compétences, bien sûr. Multicasquette, Aziz ne porte
quand même pas celle de lassistante sociale
Sabrina Kassa
[04/05/2004]
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