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[parcours de vie] Heureux qui, comme Azouz, …
Azouz Begag, un homme trait-d’union
Azouz Begag refuse d’être catalogué. Il est à la fois sociologue, romancier, professeur et, depuis peu, consultant au Conseil économique et social. Tout comme il refuse d’avoir à choisir entre la culture française qui est la sienne et la culture algérienne que ses parents lui ont transmise. Portrait et interview d’un homme trait-d’union.


Azouz Begag a récemment perdu son père, héros de tous ses romans. Il raconte ce séisme dans son dernier livre Le Marteau pique-cœur. Mais en perdant son père, peut-être le fils se retrouve-t-il un peu ? “Il va désormais falloir que j’aille dans ma propre vie tirer ce qui, chez moi, relève de la littérature. Je veux trouver mon propre rapport au monde.” N’allez pas croire pour autant qu’Azouz cessera d’écrire sur l’immigration, thème central de ses oeuvres. “Cet univers est le mien. Je veux continuer à écrire sur ces personnes qui se battent pour s’en sortir et exister. Et devenir, en quelque sorte, le nouvel Émile Zola de la société française !”, s’amuse l’écrivain-sociologue. Après la mort de ses parents, le fils sera juste un peu plus libre de parler de sexualité, de sensualité et de son rapport aux femmes. “Dans le milieu où je suis né, ces sujets sont tabous et c’est uniquement parce que mes parents étaient analphabètes que je les ai un peu abordés. Finalement, ça a été une chance qu’ils ne sachent pas lire!”

Combattre le déterminisme
Azouz Begag naît en 1957, à Lyon, d’un père arabe et d’une mère kabyle, nés aux alentours de 1912, dans une Algérie française. Aucun des deux ne possèdera jamais la nationalité ni ne parlera la langue du pays colonisateur, dans lequel ils émigrent en 1949. C’est à Azouz et à ses sept frères et sœurs que revient la tâche de dire la France, de décortiquer la fiche de paie, d’expliquer la sicouriti souciale ou la ritraite. A eux de faire de lien entre la France de dehors et celle du bidonville où ils résident et dans lequel Azouz a vécu jusqu’à ses 10 ans. “Il y avait une frontière entre ces deux mondes et j’ai appris à jouer sur les deux registres. A l’école des Français, j’étais un petit Français et à au bidonville des Arabes, j’étais un petit Arabe. Je ne voulais pas qu’on puisse me percevoir comme différent.”

Tiré de cette expérience singulière et enrichissante, le film Le Gône du chaaba a connu un vrai succès en France et a permis à Azouz Begag d’acquérir une certaine notoriété. Notamment dans les banlieues qu’il arpente pour les besoins de ses recherches liées à la ville, à ses territoires périphériques et aux populations qui y habitent. Et tel un petit génie, il livre son discours positif à qui veut l’entendre : dans cette vie, rien n’est impossible. Il en est la preuve. “Je balance mes bouteilles dans toutes les mers où se noient les désespérés qui habitent dans des endroits pourris et qui considèrent que leur vie est foutue et que les dés sont jetés.” Mais attention : pas question de compter sur l’État ou sur un quelconque dieu, la solution est dans le travail. A l’image de ces milliers d’hommes venus servir de main-d’œuvre dans les usines françaises. Si ça n’a pas toujours été facile, au moins ont-ils donné un sens à leur vie.

L’intégration, un rapport à soi
Est-ce cela une intégration réussie ? “L’intégration, ce n’est pas être d’accord avec les autres mais avant tout être en équilibre avec soi-même”, insiste Azouz Begag. Et l’acceptation de ses origines est primordiale. “C’est une chance et une richesse inouïe pour tous ceux qui viennent de l’autre côté, du périph, de la mer ou de la barrière sociale, d’arriver à traverser un territoire et de se retrouver chez les autres. A la seule condition que l’on sache d’où l’on vient et qu’on ne le renie pas.” Azouz n’a rien renié et se targue de s’être presque réussi, mis à part en amour. Il se réjouit à l’idée que ses deux filles aient décidé, à leur tour, de chercher ce qu’elles étaient et de remonter leur “arabe généalogique”. Regrouper les morceaux est en soi une construction identitaire et l’essentiel est là. Le père, lui, assume et revendique son appartenance “à la communauté des gens qui habitent dans l’entre-deux”. “Je suis né en mouvement, dans la migration et le monde de l’exil”, dit-il. Azouz Begag est un homme de frontières. Mon correcteur d’orthographe ne s’y est d’ailleurs pas trompé : il me propose “bagage” à la place de Begag.

Maya Larguet
[28/09/2004]

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