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[parcours de vie] Liberté, équité, diversité
Portrait et interview de Yazid Sabeg
Yazid Sabeg, 57 ans, est à la tête de Communication & Systèmes, une prospère entreprise de conception de systèmes dans des domaines de pointe, comme l’aéronautique ou la défense. L’industriel est également un acteur de la lutte contre les discriminations. Il dit militer “par conscience civique” et agir afin “d’éviter que la France ne se coupe en deux”.

yazid Sabeg - portrait et interview sur www.alterites.com
Yazid Sabeg - © DR

Donner plus à ceux qui en ont besoin
Yazid Sabeg, président de Communication & Systèmes, l’assure : “en s’engageant, on peut transformer la société”. Sa voix se fait ainsi régulièrement entendre dans le cadre de la lutte contre les discriminations. Lui prône les politiques d’équité - “oui, il faut être inégal et donner plus à ceux qui en ont besoin puisque les politiques d’égalité ont échoué” - et vante “l’action positive”, comme dans l’ouvrage cosigné en 2004 avec son frère Yacine Sabeg Pour une discrimination positive (et vite). L’industriel se positionne aussi clairement en faveur de “l’assimilation républicaine”. Un combat peut-être hérité de son père, arrivé en France en 1952, quand le fils avait deux ans. “Alors qu’on ne parlait pas encore d’indépendance en Algérie, mon père, fonctionnaire de police, était un partisan de l’assimilation. Menacé, il a émigré à Lille”. Le père redémarre au bas de l’échelle sociale, comme docker. Le fils, formé chez les Jésuites, dirige aujourd’hui une société cotée en Bourse, après avoir travaillé dans la finance et le pétrole.

Réfléchir et proposer
Si l’ascenseur social a fonctionné, Yazid Sabeg a pourtant dû apprendre à patienter à certains étages. En 1991, l’acquisition de Communication & Systèmes nécessite l’obtention d’un certificat de sécurité qui met du temps à lui être accordé. “Je suis sûr que c’est à cause de mes origines. Cela a mis un terme aux illusions que j’avais sur notre pays qui a tendance à se voir comme il ne l’est plus. Aujourd’hui, en France, il y a beaucoup de xénophobie et la différence effraie. Ce pays avait une puissante capacité d’assimilation, essentiellement par le mariage et l’école. Ce n’est plus vrai.”
Les événements du 11 septembre 2001 laissent également des traces dans son parcours. “Après avoir été vu comme algérien, puis comme immigré, puis comme arabe, puis comme étranger, je suis devenu musulman aux yeux des autres.” L’industriel fonde alors la Convention laïque pour l’égalité des chances, un think tank qui refuse la stigmatisation de l’Islam. Conférences, rencontres avec des associations, sensibilisation auprès des pouvoirs publics, Yazid Sabeg consacre deux jours par mois à cette action.

L’homme fait également partie de l’Institut Montaigne. La mission de ce club de réflexion de tendance libérale dirigé par Claude Bébéar est de formuler des propositions de politiques publiques dans divers domaines. Dans ce cadre là, Yazid Sabeg co-rédige en 2004 un rapport sur “Les oubliés de l’égalité des chances”. En découle la Charte de la diversité, aujourd’hui signée par quelque 2000 entreprises, dont le but est d’inciter les sociétés à “promouvoir des collaborateurs d’origine diverse” tant dans le recrutement que dans l’évolution des carrières. L’ex-collaborateur de Raymond Barre a également été consulté par Dominique Baudis, ancien président du CSA, à propos de la visibilité des minorités sur les écrans de télévision, ou encore par Jean-Louis Borloo, ministre de la Cohésion sociale au sujet des questions de diversité.

Eviter que la France ne se coupe en deux
Conscient que la pauvreté et l’exclusion touchent la société française dans son ensemble, Yazid Sabeg rappelle que “la discrimination ethnique ajoute une inégalité supplémentaire” et a des conséquences. Ces dernières sont au nombre de quatre : relégation territoriale dans des ghettos, absence de mobilité sociale “en France, un fils d’ouvrier aura du mal à devenir cadre mais c’est plus vrai encore s’il est arabe et encore plus s’il est noir”, accès à l’emploi plus difficile, “les taux de chômage au sein des minorités sont plus élevés que la moyenne nationale quels que soient les âges de référence” et enfin, manque de représentativité, “quel que soit le milieu - politique, économique ou encore médiatique - les minorités n’existent pas”. Et pour la plupart des personnes concernées, ces réalités se cumulent et se transmettent de génération en génération. Yazid Sabeg dit s’impliquer par “conscience civique” et pour éviter que “la France ne se coupe en deux”. Mais pour que la situation évolue dans le domaine de la lutte contre les discriminations, celui qui se réclame “de centre droit” mais reconnaît “de solides amitiés en centre gauche” admet que les bonnes intentions ne suffisent pas et que des orientations publiques claires sont nécessaires. “L’écho est réel” assure-t-il. Avant de préciser “sauf à gauche”. L’enfant d’origine algérienne aimerait-il se voir un jour confier un maroquin ? “Je n’ai pas besoin de ça pour mener mon action mais il est vrai que Bercy ou les Affaires étrangères ne se refusent pas. En tout cas, pas un poste qui s’apparenterait à celui d’un secrétaire d’Etat à l’intégration !” Voilà qui est dit…

Entretien avec Yazid Sabeg
Propos recueillis par Maya Larguet
- Vous êtes pour le développement de politiques d'équité. Pour quelles raisons ?

- Vous êtes à l'origine de la charte de la diversité. Parlez nous en.

- Selon vous, pourquoi la France a aujourd'hui autant de mal à intégrer les enfants issus des immigrations ?

Maya Larguet
[25/07/2007]

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