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[banlieue] Douce banlieue
Une mémoire ouvrière
Douce banlieue. Une mémoire ouvrière. Frédérique Jacquet, Gérard Mordillat. Paris, Les Editions de l’Atelier / Les Editions Ouvrières, 2005, 256 pages, 30 euros.


“Maman travaillait dans un restaurant la journée et le soir elle vendait des bonbons dans un cinéma. Maman rentrait à minuit quand tout était fini.”
“Un jour, un petit chef, y’en a un qui m’a dit ‘c’est moi qui commande’ et je lui ai répondu ‘c’est moi qui travaille’. Je savais me défendre. J’imposais mes conditions.”

Donner la parole aux habitants de Saint-Denis pour qu’ils racontent leurs propres histoires, montrer la banlieue de l’intérieur, à travers des photographies, des anecdotes et des petits rien, c’est là la grande réussite de Douce banlieue, livre de Frédérique Jacquet, conservateur du patrimoine, directrice des archives de Saint-Denis et de Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste. Des jeunes gens en colère et des voitures en flammes : les images des événements récents donnent une représentation distordue de la banlieue. Mais, l’absence de paroles propres aux habitants, venant de l’intérieur, est peut-être encore plus frappante. Ce silence est compensé par la prise de parole d’observateurs extérieurs qui s'arrogent le droit de l’interprétation, de l’analyse et de la représentation des événements.

Douce banlieue cherche à rompre avec le discours dominant sur les banlieues en favorisant une approche nuancée du quotidien de ses habitants, en évitant de les figer dans une catégorie présupposée. Ce très beau livre est le fruit d’un travail de mémoire et de collecte entrepris sous la direction de l’historienne Frédérique Jacquet par 400 personnes de Saint-Denis âgées de 14 à 92 ans. Les témoins ont apporté des photos de famille, de rue, de travail, de la cité. Tous ont raconté leurs histoires autour de l’amour, du loisir du dimanche, de l’école, des luttes ouvrières, des bistrots, des colonies de vacances… Ainsi se tisse une image de la banlieue bouillonnante de vie, digne, dure, pauvre, solidaire... Une image différenciée et complexe. On peut juste regretter que les photos recueillies ne couvrent que la période allant de 1900 aux années 80. Il y a peu de photographies plus récentes qui représenteraient la diversité des banlieues d’aujourd’hui. Ce manque, et des textes parfois un peu sucrés, n’enlèvent pourtant rien à cet album très réussi sur l’histoire de la banlieue.

Le livre paraît suite à une exposition à Saint-Denis 2004, conçue par le service des archives de la ville de Saint-Denis sous la direction de Frédérique Jacquet (voir notre rubrique initiative). Cette exposition est prolongée avec “Copains de banlieue”, un jeu multimédia disponible sur Internet pour faire en s'amusant la découverte de la vie de petits banlieusards de 1905 à nos jours. En complément du livre, un Cd audio Douce banlieue, Quinze témoins racontent permet d’écouter des témoignages des habitants de Saint-Denis.


1936
Le Front Populaire. Le repas des "camarades" dans l'usine occupée.
© DR
Photographie extraite du site des éditions de l'Atelier.
Pour voir d'autres photos, cliquer ici.



Ute Sperrfechter
[29/11/2005]


Voir aussi :
[05/07/2004]Rubrique initiative
Exposition Douce banlieue. Au-delà des clichés, Saint-Denis expose son passé intime.
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