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[essai] Au-delà du noir et du blanc
Combattre l’esclavage du passé
Au delà du Noir et du Blanc, Gaston Kelman, Paris, Max Milo Éditions, 2005, 256 pages, 18 euros


“Je ne me réveille pas tous les matins au son du djembe. Je ne me réveille pas avec sur le visage le crachat qu'a pris mon père colonisé. Je ne me réveille pas le corps meurtri par les coups qu'ont reçus les ancêtres des Noirs Américains ou des Noirs Antillais. Je voudrais cesser d'être un Noir. Je voudrais être tout simplement un homme”. Gaston Kelman

D’un côté, un succès médiatique retentissant. De l’autre, des “croisés noirs” qui l’accusent de faire le jeu des blancs, le suspectent d’endosser le rôle du “bon immigré” et lui reprochent de rejeter ses racines. Je suis noir et je n’aime pas le manioc, premier livre de Gaston Kelman (voir notre portrait), dont les ventes ont dépassé les 100 000 exemplaires, a fait des vagues dans la communauté noire de France.

Celui qui avait usé et, pour certains, abusé d’un humour provocateur pour crever l’abcès et parler avec franchise de la situation des noirs en France, récidive avec Au-delà du noir et du blanc. Un essai dans la continuité du premier, où l’auteur revient plus longuement sur la colonisation et l’esclavage, pour les replacer dans “leur constitution des identités noires”. Mais après le rappel de ce qu’était l’esclavage, par exemple, il préconise de regarder vers l’avenir : “Il convient plutôt d’en sortir, non par l’oubli, mais par le combat permanent pour que cela ne se reproduise plus jamais. Ce combat est l’héritage de tous les hommes, pas celui du noir pour l’esclavage ou celui du juif pour la shoah”.

Dépasser “la couleur de la peau”
De même, il règle ses comptes avec tous ceux qui voudraient le renvoyer encore et toujours “à la couleur de la peau”. Pour cela, il use abondamment des citations tirées de l’ouvrage Peau noire, masques blancs, de Frantz Fanon, grand auteur du monde noir, au même titre que de Léopold Sédar Senghor ou Aimé Césaire.

Pour faire taire une bonne fois le noir qui se complait dans le “dolorisme”, esclave du passé, ou le blanc qui “a intérêt à ce que le dominé reste dans ses éternelles complaintes”, il évoque le modèle des noirs américains, “qui ont compris qu’ils étaient des Occidentaux et que leurs problématiques n’avaient rien de commun avec le sous-développement africain”. Et qu’il convient de se battre uniquement “pour l’égalité des droits, contre les discriminations”. Prétendre le contraire serait, selon lui, dévastateur pour les futures générations.
S’il ne fallait retenir qu’un message, ce serait donc celui-ci : “Les racine ne sont pas figées, mais mobiles, déterminées par les limites de l’espace vécu.” Autrement dit, notre origine n’est pas le fait d’un sang, d’une peau ou d’une ethnie, elle est avant tout sociale. Un discours pas vraiment nouveau. Qui peine toujours à se faire entendre.



Sandrine Martinez
[04/01/2006]


Voir aussi :
Portrait de Gaston Kelman, par Sandrine Martinez
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