 [polar] World Trade Cimeterre
Lakdar Belaïd
Lakdar Belaïd, Préface de Didier Didier Daeninckx , Le Cherche
midi, 2006, 187 p., 15 euros
A
travers le conflit israélo-palestinien, Roubaix se rejoue la guerre dAlgérie
Roubaix, la principale ville musulmane de France, avec
sa Casbah de lAlma et sa centaine de nationalités,
néchappe pas à la tourmente mondiale. Les petits rebeus
sy rejouent la guerre dAlgérie. Le Palestinien devient le
moudjahid, lIsraélien le pied noir. Cest dans ce décor
que Lakhdar Belaïd, originaire de la ville et par ailleurs journaliste
à France Soir, a choisi de nous entraîner pour son troisième
roman policier, World Trade Cimeterre.
De jeunes kamikazes, natifs du terroir franchouillard sy
transforment en meurtrières bombes humaines. Le dur à cuire lieutenant
Bensalem, alias Rebeucop, et Karim Khodja, incrédule journaliste de Nord
Info, témoins directs dune première opération
suicide, mènent lenquête pour débusquer le(s) commanditaire(s)
de ces assassinats. A chaque fois quils sont près datteindre
leur but, une mystérieuse batte-woman enveloppée dun
large voile noir élimine les témoins gênants.
Les péripéties de nos deux enquêteurs sont ponctuées
détranges communications entre Fatwa 1 et Fatwa 2. Plane lombre
dune internationale terroriste islamiste, déjà suggérée
par le titre. On pense demblée aux tours jumelles un certain 11
septembre, avant de butter sur le dernier mot : cimeterre. Quézaco ?
Un sabre. Dans une langue de Molière mâtinée danglicismes,
World Trade Cimeterre donne quelque chose comme le business
mondial du sabre. Nouveau jeu de mots dans la tradition dun
certain polar engagé à la française, ou nom de code quelque
peu puéril ?
On est dans la réalité. Pas dans un polar simpliste.
Et la réalité, en général, ça pue
Tout à notre perplexité au fil des pages, le journaliste
Khodja/Belaïd nous interpelle tout dun coup : On est dans
la réalité. Pas dans un polar simpliste. Et la réalité,
en général, ça pue
. Les faux-semblants
y sont légions, de tous côtés. Dans une des nombreuses situations
loufoques du roman, des harkis gaullistes faufilés dans un meeting de
Jean-Marie Le Pen jettent des tomates pourries sur un Arabe de service. Reubeucop
explique :quil sagit en fait dun rejeton dimmigré
jouant les pupilles de rapatrié pour espérer faire son beurre
! Lui-même fils de harki, il a un temps pris sa carte du Front national,
par phobie des marmots qui lont trop traité denfant
de traître. Khodja, son ami denfance, est quant à lui
le fils dun militant messaliste qui a eu maille à partir avec ceux
du FLN. Les vieilles haines peuvent ressurgir à tout moment, manipulables
à souhait par des forces obscures. Lakhdar Belaïd la déjà
raconté dans un premier roman bien emmené, Serail Killer
(Gallimard, 2000). Dans tous les camps donc, il y a des coups bas. Des fourbes
et des racistes.
Pour le journaliste Khodja, le soupçon dantisémitisme pèse
forcément sur les pro-palestiniens qui manifestent contre la venue dEnrico
Macias. Jen ai entendu, des dérapages antijuifs, dans
la bouche de messalistes, lance-t-il à Gary Cohen, fantasque
militant de lUnion juive pour une paix humaine au Proche-Orient. Ce dernier
lui réplique alors par un magistral cours dhistoire sur lattitude
du dirigeant indépendantiste Messali Hadj sous loccupation nazie.
De sa prison, il a refusé de pactiser avec Hitler, et a congédié
ses lieutenants tentés par les avances allemandes. Le recteur de la Mosquée
de Paris, pour sa part, a aidé israélites et résistants.
Il a caché au moins 722 Juifs. Pour parer à lignorance du
journaliste, Cohen lui remet un paquet de documents à étudier.
Dont un article sur les motivations réelles du soutien à Israël
des évangélistes américains.
Cet échange contient sans doute le message clé de lauteur
: il nous invite à travers ses polars tragi-comiques, à une réflexion
autrement sérieuse sur lHistoire et en particulier sur des pages
occultées qui aideraient à mieux comprendre lorigine de
ressentiments tenaces, tout en éclairant dun jour nouveau certains
conflits actuels. Avec parfois une touche despoir.
Mogniss H. Abdallah Agence IM'média
[19/06/2006]
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