 [essai] La Psychose française.
Les banlieues : le ban de la République
Mehdi Belhaj Kacem, Gallimard, 2006, 72 pages, 5,50 euros
C'est
peut-être le ressentiment qui nous vaut le dernier ouvrage de Mehdi Belhaj
Kacem. Celui de ne pas avoir été interrogé lors des émeutes
qui ont secoué les banlieues françaises en novembre 2005 :
aucun grand média français (
) n'a jugé bon
de consulter un jeune intellectuel français d'origine tunisienne, reconnu
dans sa génération, à la fois en littérature et
en philosophie. Dans son essai La Psychose française. Les
banlieues : le ban de la République, l'auteur livre donc son analyse.
Ces émeutes ont permis de révéler clairement la mise au
ban d'une partie de la population française. (
) C'est
cela être au ban : (
) 'enfermé dehors', dame, et aussi bien
exclu dedans. Mehdi Belhaj Kacem démonte ainsi le mécanisme
de la psychose racialiste qui a permis d'en arriver là
et livre un constat politique. La France n'a jamais été aussi
à droite depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et cette droite
extrême, menée par Nicolas Sarkozy, n'hésite désormais
ni à stigmatiser les étrangers ni à affirmer que il
n'y a, en banlieue, ni problème de chômage, ni de misère,
ni d'abandon scolaire : il ne s'y trouve que des problèmes de délinquance.
La gauche, quant à elle, garde le silence après s'être tiré
une balle dans la tête en appelant, au lendemain du 21 avril
2002, non pas à la révolte contre le système
mais à voter Jacques Chirac. Au final, Mehdi Belhaj Kacem accuse fermement
le néant politique actuel et la machination médiatico-parlementaire
qui tente, en participant à la mise au ban, à faire oublier la
faillite de la vie culturelle et intellectuelle française depuis trente
ans. Le constat est grave : la démocratie n'est plus qu'un
mot, un système maintenu, par la perfusion médiatique,
en survie artificielle.
Maya Larguet
[09/09/2006]
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