 [roman] Contours du jour qui vient
Goncourt des lycéens 2006
Léonora Miano, Plon, 275 p, 18 euros
Léonora Miano, née à Douala (Cameroun) en 1973, vient de recevoir le prix Goncourt des lycéens 2006. Son roman Contours du Jour qui vient sonne un peu comme une longue invocation. Celle d’une petite Africaine qui, de 10 à 12 ans, s’adresse en pensée, par le tutoiement, à la mère qui l’a jetée à la rue. Un récit entêtant, qui a la force douce et lancinante des œuvres qui s’insinuent, lentement mais sûrement, dans l’esprit du lecteur.
La petite fille Musango marche avec courage sur les ruines d’un pays imaginaire d’Afrique, complètement broyé au sortir d’une guerre. On y abandonne, on y bat et on y enlève les enfants. On méprise les droits des femmes, on piétine les cadavres qui jonchent les routes. Mais, Musango trace sa route, persistant à vouloir retrouver celle qui l’a abandonnée. Croisant des proxénètes “qui font dans l’arnaque spirituelle et la traite des femmes”, des jeunes filles prêtes à se vendre pour “faire l’Europe” et des âmes déboussolées par la misère se jetant sur la première religion venue.
Les phrases s’enchaînent, calmes, presque mécaniques, mais finalement animées d’une force terrible qui emporte tout sur son passage. Et le message jaillit, puissant. Un message d'espoir, symbolisé par cette petite fille, face à une Afrique dépassée, impuissante et terriblement fragile, comme cette mère cruelle avec son enfant.
Musango croit au pardon et en l’avenir, tout comme Léonora Miano qui signe un bel hommage au continent d’où elle vient et un hymne à ces enfants que l’ont dit sorciers pour mieux s’en délester. Tous ces petits orphelins qui peuplent les pays d’une Afrique qui a besoin de leur courage.
Sandrine Martinez
[13/11/2006]
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