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[récit] Du rêve pour les oufs
Une ode aux midinettes et à la grande sœur des cités
Du rêve pour les oufs, Faïza Guène, Hachette Littératures, 2006, 16 euros

Une ode aux midinettes et à la grande sœur des cités
Auteure en 2004 d’un premier livre à succès, Kiffe kiffe demain, déjà traduit en plus de vingt langues, Faïza Guène sourit quand on la présente comme une “Sagan des cités”. “Un cliché médiatique”, dit-elle. Et elle n'aime guère être sollicitée comme “porte-parole des banlieues”, à l'heure où tout le monde s'interroge sur les émeutes. Dans un deuxième roman, Du rêve pour les oufs, son personnage principal, Ahlème, se pose aussi des questions : “Mais qu'est-ce que nos trois carcasses de caisses calcinées peuvent changer quand une armée de forcenés cherchent à nous faire taire ? Le seul couvre-feu valable est celui que moi, citoyenne non française, j'impose ce soir à mon petit frère de quinze ans”.
Ahlème, une Algérienne de 24 ans, vit Cité de l'insurrection à Ivry-sur-Seine, et s'occupe à la fois de son père, devenu un peu “ouf” suite à un accident de chantier, et du petit “chetan” (petit diable) de frangin en train de mal tourner. Orpheline de sa mère, assassinée en Algérie dans les années 90, elle doit aussi s'occuper de ses propres histoires de papiers de séjour, et trouver des petits boulots pour faire rentrer des sous. A la mission locale, elle ne sait pas quoi mettre à la case “projet de vie” et elle finit par trouver une mission d'intérim de comptage de clous.
Pied-nickelé au féminin, elle narre aussi les plans amoureux foireux arrangés par ses copines. Sa manière de parler de la sexualité des mecs déclenche des fous rires. Bref. Le burlesque le dispute au sordide du quotidien.

Écrire depuis la banlieue, un “univers concret”
Sous la plume de Faïza Guène, entre auto-dérision, gravité et volontarisme, on sent toujours la recherche d'une “révolte intelligente”, formulée dans un style mélangeant verlan, grande littérature française, proverbes africains et culture télévisuelle. Si elle parle depuis la banlieue - et plus particulièrement depuis la cité des Courtillières à Pantin où elle vit - , c'est parce que c'est son “univers concret”. Claude Chabrol, lui, a bien fait des films sur la bourgeoisie, parce que c'est l'univers qu'il connaît. Qui songerait à le lui reprocher ? Faïza Guène, elle aussi, partage son temps entre l'écriture d'histoires plus ou moins imaginaires - non réductibles au témoignage autobiographique - et la participation aux ateliers audiovisuels aux Courtillières. Là même où elle a découvert sa vocation d'auteure, à l'âge de 13 ans. Dernière réalisation collective : Des terres minées, un moyen-métrage cinéma signé Julien Sicard. Lors du tournage dans la cité, en novembre 2005, il paraît que des policiers ont tiré au flash-ball sur des membres de l'équipe, les prenant sans doute pour des émeutiers en train de les filmer. Décidément, l'actualité vous rattrape sans cesse !

Site officiel de Faïza Guène
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Pour visionner sur Internet les films auxquels Faïza Guène a participé
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Mogniss H. Abdallah
Agence IM'média
[19/11/2006]

Mots-clés : récit, banlieue
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