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 [roman] YB
Allah Superstar
éd. Grasset, 2003, 264 pages, 17 euros.
Après son triptyque algérien (Comme il a dit lui, LExplication
et Zéro mort, tous publiés chez Lattès), le journaliste
et romancier algérien réfugié en France depuis 1998 balade
sa plume alerte et assassine sur quelques réalités hexagonales.
Le lecteur retrouvera le ton décapant et un brin provocateur dYB
et découvrira la virtuosité de lauteur à se glisser
dans la peau dun jeune dorigine difficile issu dun
quartier sensible déducation prioritaire en zone de non-droit donc
un Arabe ou un Noir
.
Le roman écrit à la première personne porte la parole de
Kamel Hassani, le fils dun Algérien et dune Française
qui a grandi du côté dEvry. La première des prouesses
du livre est justement de maîtriser, de bout en bout, sans aucun relâchement
ou facilité, ce langage parlé. Nous sommes bien loin ici des contorsions
et des défauts de fabrique de lindigeste Youcef MB.
Kamel veut devenir une star, un comique à la mode, plutôt Jamel
Debbouze que Smaïn (voir la différence des deux genres de comique
ethnique en page 163). Son nom de scène sera Kamel Léon
; le clou du numéro : un islamiste en tenue de combat vient
demander une subvention communale pour lassociation quil vient de
créer à Evry. Kamel Léon accédera bien
à la célébrité. Mieux encore, sa notoriété
grandira sous leffet dune fatwa : voilà ce quil
me faut pour devenir à la mode, cest plus rapide que Star Academy
[et] ça dure plus longtemps.
À partir de cette joyeuse farce YB épingle bien des travers de
notre société : lislamophobie, larabophobie, mais
aussi la mafia de lIslam hexagonal, le monde du show-biz
et de la télévision, lintégration, les pratiques
de certains journalistes dans les quartiers, le 11 septembre, etc.
Mais en fait, comme son héros, YB écrit pour niquer la
Matrice (voir à ce propos la relecture de lOthello de
Shakespeare) : je me suis endormi en rêvant dun jardin
secret où il y avait pas de racines, rien que des branches, et pourtant
ça poussait sans problème. Voilà peut-être
de quoi adoucir les nombreuses inimitiés que son livre, plein de bon
sens, ne manquera pas de susciter.
Extrait
en ligne
Mustapha Harzoune
[10/09/2003]
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