 [histoire] Le Paris arabe
Pascal Blanchard, Eric Deroo, Driss El Yazami, Pierre Fournié, Gilles Manceron - éd. La Découverte, 2003, 248 pages
Le
Paris arabe est un beau livre, riche de cinq cents documents iconographiques
: affiches, cartes postales, couvertures de livres ou de disques, une
de journaux, photographies... Le propos est dillustrer le regard toujours
ambivalent de la société sur lAutre, entendre ici lArabe,
terme générique et réducteur par les auteurs repris et même
revendiqué. Mais ce faisant, ils sobligent à faire le grand
écart entre les périodes, la diversité des situations et
des populations, la multiplicité des enseignements à tirer de ces
presque deux cents ans dhistoire des fantasmes et des représentations
nationaux. Le qualificatif arabe soulève moult objections qui
nont rien de polémiques, bien au contraire : le reprendre tel quel,
sans trop de précaution ni de recul ne contribue pas à améliorer
nos connaissances non seulement sur ces deux siècles dhistoire parisienne
mais surtout sur lavenir que la communauté, nationale cette fois,
mais toute la communauté nationale se doit de construire.
Osons dire que ce Paris arabe est souvent un Paris algérien même
si par-delà la question démographique, lépithète
fourre-tout engrange ici des réalités et des enjeux bien différents
: lorientalisme (souvent de pacotille) ; un exotisme nourrit dabjections
et dune sensualité de lupanar ; les prémisses de la Nahda
; le mythe de la nation arabe, de Napoléon III à Nasser en passant
par les baasistes syriens et irakiens sans oublier Lawrence dArabie ; la
question coloniale (au Proche-Orient comme au Maghreb) ; la naissance du nationalisme
arabe ; lislam et son instrumentalisation, coloniale dabord, islamiste
ensuite ; les questions géostratégiques comme le poids du monde
arabe dans la diplomatie française
; sans oublier LA question du
sort et de la place (pour ne pas parler dintégration) des populations
immigrées ou issues de limmigration maghrébine en France et
les repères identitaires que les plus jeunes se donnent ou attrapent
- au vol ou
comme des boutons.
Mais ne boudons pas notre plaisir à la lecture de ce livre synthétique
et syncrétique, exercice toujours périlleux et qui laisse la critique
facile. Ce Paris arabe contribue à restituer une certaine mémoire
arabe et répétons le surtout algérienne à
une ville, à des rues, à des lieux, à des événements
que lHistoire officielle condamne à loubli, au silence ou
enferme dans des zones dombre.
Lenjeu est de toute première importance et dépasse in fine
les critiques soulevées, qui toutes viennent après cet enseignement
: lhistoire de France appartient aux jeunes issus de limmigration
et il serait grand temps que cette histoire rende justice à celles et
à ceux qui, par le sang versé, la participation aux idéaux
collectifs, les efforts consentis pour le développement national, les
réussites sportives, artistiques, culturelles
, ont aussi écrit
des pages entières de cette Histoire commune.
Mustapha Harzoune
[09/10/2003]
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