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[jeunesse] Le cahier de Leïla, de l’Algérie à Billancourt
Collection "Français d'ailleurs"
Le cahier de Leïla, de l’Algérie à Billancourt, de Valentine Goby et Ronan Badel, éditions Autrement, collection Jeunesse, 2007

francais d'ailleursCe nouvel ouvrage de la collection Français d’ailleurs (collection de docu-fictions sur l’histoire de l’immigration en France, pour les enfants de 9 à 13 ans) raconte l'histoire de Leïla qui vient rejoindre son père en France en 1963…

"Français d’ailleurs", est une collection de docu-fictions sur l’histoire de l’immigration en France, pour les enfants de 9 à 13 ans, éditée par Autrement en collaboration avec la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Le principe est d’aborder l’histoire de l’immigration à travers celle, singulière, d’un enfant immigrant en France. Une histoire peuplée de souvenirs et d’anecdotes (le pays d’origine, le voyage, la France qu’ils découvrent), mais également marquée par les grands événements historiques de l’époque. Le récit est complété d’un dossier documentaire sur la période traitée et de très belles illustrations. L’histoire de Leïla est l’histoire d’une petite fille qui vient rejoindre son père en France en 1963. Dans son journal intime, elle raconte la découverte de ce nouveau pays, ses joies, ses peines, et ses souvenirs de son pays natal.



[11/07/2007]

[récits] C'était leur France. En Algérie, avant l'Indépendance
Textes inédits recueillis par Leïla Sebbar
Témoins, Gallimard, 2007, 324 pages, 21 euros

Leïla Sebbar et l’Algérie. La même histoire maintes fois renouvelée. Cette fois-ci, l’auteure a regroupé 25 textes inédits, dont le sien, d’écrivains tous nés en Algérie et qui “racontent leur France dans l’Algérie de l’enfance et de l’adolescence. Familles aisées, instruites. Musulmanes, juives, chrétiennes aux appartenances politiques diverses. Des récits ironiques, tendres, sarcastiques, joyeux, violents, parfois nostalgiques”. Ainsi Aziz Chouaki, Jean Daniel, Mohamed Kacimi, Boualem Sansal, Benjamin Stora, Maïssa Bey et bien d’autres encore livrent les souvenirs de leur Algérie et racontent le rapport qu’ils entretenaient avec cette étrange terre que tous finiront par fouler un jour. Chacun la nomme à sa manière : “Madame La France”, “França”, “l’Enfrance”, “l’Affrance”, “Amour déçu”, c’est selon.
“Se remémorer ou interpréter ? Aller vers des séquences vécues ou oser le déplacement du sens ? Péripéties ou Histoire ? Voyage à l’intérieur ou à l’extérieur de soi ? (…) Chacun raconte une histoire écrite dans une île qui ne m’est pas tout à fait étrangère. Je scrute les visages et les lieux et je m’interroge : ce retour sera-t-il fidèle à ce qui fut ?”, s’interroge Behja Traversac dans son texte Saison française. Fidèles ou pas à la réalité qui fut, les récits laissent tous entrevoir le profond attachement de chacun à l’Algérie. Et aussi à la France.

Textes de : Nora Aceval, Christiane Chaulet Achour, Gil Ben Aych, Albert Bensoussan, Maïssa Bey, Alice Cherki, Aziz Chouaki, Hélène Cixous, Jean Daniel, Nabile Farès, Louis Gardel, Jean-Jacques Gonzales, Jean-Jacques Jordi, Mohamed Kacimi, Anne-Marie Langlois, Arezki Metref, Nourredine Saadi, Boualem Sansal, Leïla Sebbar, Morgan Sportès, Benjamin Stora, Habib Tengour, Behja Traversac, Alain Vircondelet, Bernard Zimmermann.

L'auteure
Leïla Sebbar est une auteure franco-algérienne. Elle a quitté l’Algérie à ses dix-huit ans pour venir en France étudier la langue et la littérature françaises. Ses écrits, pour certains autobiographiques, sont le fil qui recoud la déchirure entre l’Algérie et la France.
Voir notre portrait Leïla Sebbar. Par des livres, bâtir des ponts. [Maya Larguet - 28/04/2005]
Voir aussi notre chronique du livre L’habit vert , Leïla Sebbar, Editions Thierry Magnier, 2006, 86 pages, 13 euros. [Maya Larguet - 02/06/2006]


Maya Larguet
[20/06/2007]

[roman] Bel-Avenir, sans blague !
Akli Tadjer, Bel-Avenir, Flammarion, 2006, 18 euros.

Si vous en avez assez d’entendre des histoires sinistres sur les pauvres, mais que dans le même temps vous refusez d’être enfermé dans la bulle d’un monde aseptisé sans frottement avec la vraie vie. La vie que vous pouvez percevoir en sortant dans la rue, où les couleurs se côtoient, le désir se croise et la cruauté injuste et insupportable saute aux yeux… Bref, si vous voulez goûter au monde, sans prendre trop de risque (posture de lecteur, s’il en est) allez vous acheter Bel-Avenir d’Akli Tadjer, vous en aurez pour votre argent.
L’histoire ? Bel-Avenir, une cité HLM où Omar Boulawane et Godasse ont grandi, n’existe plus, si ce n’est dans les souvenirs partagés des deux compères. Devenus trentenaires, ils tentent de faire le point. Godasse monnaye ses charmes auprès de vieilles bourgeoises en fin de carrière. Et, on s’en doute, il en a marre. Pour s’en sortir, il espère se faire inviter “aux banquets des crapules” vendeurs d’Organisme Génétiquement Modifiés. Tragiquement drôle… Omar Boulawane, le narrateur du roman, a moins d’idées pour échapper à la misère. Son aventure, du coup, est des plus burlesques. Il est engagé dans un journal, Le nouveau siècle, sans pour autant être journaliste, mais parce que le patron a vu la lumière en entendant un jour Nicolas Sarkozy parler de discrimination positive. Son histoire, c’est aussi celle de son grand amour pour une sans-papier africaine, sublime, femme de ménage, fascinée par Jésus et qui chante du gospel avec un groupe de gamins d’un squat de l’Est parisien, Les Voices of Tanger. Et tout ça finit dignement en un feu d’artifice dans une église avec du beau monde dedans, des pauvres, des flics et des médias bien sûr. Comme dans la vraie vie !

Le livre a reçu le 9 décembre 2006 le prix du roman Populiste. Ce prix littéraire, créé en 1931, récompense une œuvre romanesque qui “préfère les gens du peuple comme personnages et les milieux populaires comme décors à condition qu'il s'en dégage une authentique humanité”.

A lire dans notre rubrique événement un reportage sur une rencontre entre Akli Tadjer et des collégiens de Villiers-le-bel
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Sabrina Kassa
[07/02/2007]

Mots-clés : roman
[roman] Fais voir tes jambes, Leïla !
Rachid el-Daïf, Fais voir tes jambes, Leïla !, Traduit de l'arabe (Liban) pas Yves Gonzalez-Quijano, Actes Sud, 2006, 175 pages, 18 euros.

Le narrateur vient d’être victime d’un accident. Au volant de sa maudite Subaru que lui a refourguée son soi disant pote Rafic, il a terminé la nuit dans un poteau électrique. Au matin, l’homme se rappelle les déboires qui ont précédé sa sortie de route. Son père d’abord. Âgé de soixante-cinq ans, il a décidé d’épouser une jeune femme de trente ans.
Pour cette union, il a même - et déjà ! - hypothéqué l’appartement familial. “Il y a un piège là-dessous, c’est certain !”, pense le fiston suspicieux qui s’épuisera à tenter de faire obstacle au projet paternel. Ainsi, pour lui faire comprendre que pour assouvir ses désirs charnels, il n’est pas obligé de se marier, il offre à son géniteur - partage plutôt avec lui ! - sa petite amie, la belle Leïla, avec qui il entretient un sporadique commerce amoureux. Et si papa tient tant que cela à convoler, qu’il le fasse avec une respectable dame de son âge. Il évitera ainsi d’enfanter … et le fiston s’épargnera, lui, bien des responsabilités et autres dépenses à l’avenir. Point de morale dans l’affaire, mais l’argent. L’argent encore et toujours.
Car le Beyrouth décrit par Rachid el Daïf est en proie à un matérialisme ravageur. On y fait l’amour contre quelques livres ou dollars et l’appât du gain excite les imaginations et les combines en tout genre. Cette Subaru, cause de tant de tracas pour le narrateur, est le symbole de cette société de consommation effrénée. La prestigieuse japonaise, se révèle un boulet sans nom : les pièces de rechange sont introuvables au Liban et prohibitives à l’importation. Il faudrait la refourguer au plus vite, mais voilà, il faut d’abord attraper un autre pigeon.
Encore fringant, papa semble jouir de la vie quand son fiston se ronge les sens, il fait l’amour, avec empressement et savoir faire à Leïla, la jeunette de vingt ans. Pragmatique, il fait en toute chose à la mesure de l’humaine condition : “mon Dieu à moi est tout petit, il est juste à la taille de mon cœur, tandis que le tien est trop grand pour toi !” dit-il à son rejeton gagné par un conformisme religieux de façade.
Alors, ultime et diabolique manigance du narrateur : coucher avec Z., la future épouse et ainsi empêcher l’union de son père avec cette femme dont la laideur a fait fuir tous les hommes de la ville ! “Et dire que les hommes croient comprendre les femmes !” : il apprendra lui qu’il ne les connaît pas du tout. Comme ses congénères, le narrateur se révèle “un homme aussi mauvais que les autres”. Empêtré dans son innocente et machiste suffisance, il s’emberlificote entre ses désirs et ses valeurs : “Leïla est vraiment une fille super (…) si elle avait été un peu moins libérée, j’aurais pu penser à elle plus sérieusement”. De machination en machination, de suspicion en suspicion, il finit par admettre que rien ne se passe comme prévu. Humilié, il croit être victime d’un complot et même d’une injustice : “pourquoi tout ce que je fais finit-il par se retourner contre moi ?”.
Comme dans son dernier roman Qu’elle aille au diable Meryl Streep, c’est sur le ton de la farce et de la bouffonnerie que l’auteur, par ailleurs professeur de littérature arabe, raconte ici les mésaventures de son nouvel héros. Le malicieux et moderne Rachid el-Daïf s’inspire de scènes tirées d’un classique, le Livre des chansons, écrit au Xe siècle par Abu Faraj al Isfahani, pour croquer ses contemporains. L’ironie n’est jamais méchante : empreinte de tendresse, elle rend les personnages - tous les personnages - sympathiques et émouvants, enferrés qu’ils sont entre leurs humaines aspirations et le respect contraignant des règles sociales, morales et/ou religieuses.


Mustapha Harzoune
[30/01/2007]

Mots-clés : roman, Liban
[beaux-livres] Sud-Ouest, porte des Outre-Mers
Histoire coloniale & immigration des suds, du Midi à l'Aquitaine
Sous la direction de Pascal Blanchard, éditions Milan, 2006, 240 p., 38 euros

Pascal Blanchard, connu pour ses travaux sur l’héritage colonial dans les représentations, d’hier à aujourd’hui, poursuit ses recherches en s’intéressant à l’histoire des immigrations en région. Avec Sud-Ouest, porte des Outre-Mers, co-signé par une dizaine d’auteurs, un beau livre rassemblant quelque 450 documents et photographies, il retrace un siècle d’histoire coloniale et d’immigration des “Suds” (Extrême-Orient, Maghreb, Levant, Caraïbes et Afrique noire) dans le grand Sud-Ouest, du Midi à l’Aquitaine.

De prime abord, cette entreprise n’allait pas de soi, tant la mémoire collective a surtout identifié la région comme une terre d’adoption pour des migrations européennes, ibériques en particulier, sans oublier les rapatriés d’Afrique du Nord. Aujourd’hui encore, l’immigration extra-européenne semble quantitativement moins présente, comparé à l’axe PLM (Paris-Lyon-Marseille) ou à la métropole lilloise. D’où un certain retard dans les représentations du phénomène migratoire dans la région, y compris de la part des sciences sociales.
Une mémoire “en attente d’une identification”
Aussi, Pascal Blanchard parle-t-il d’une mémoire des immigrations “en attente d’une identification”. En fait, un lent processus de travail sur la mémoire est en gestation depuis une quinzaine d’années autour de l’expérience des camps de Harkis, de la commémoration de la traite des Noirs à Bordeaux ou encore de l’expression culturelle ou politique des enfants des travailleurs immigrés. Le présent ouvrage espère contribuer à “historiser” la rencontre sur la longue durée avec les populations des “Suds”, pour mieux la mémoriser. Et il ne manque pas d’arguments, images à l’appui. On découvre ainsi qu’à l’époque du “rêve colonial”, il y a eu une grosse affluence pour voir le “village noir” au jardin des plantes de Toulouse. Les soldats afro-américains, eux, ont fait découvrir le jazz à Bordeaux. Dans l’entre-deux guerres, le Sud-Ouest voit se développer l’aviation et le transport maritime, un essor en partie dû aux échanges avec les colonies. Simultanément, des troupes coloniales (tirailleurs sénégalais ou indochinois) sont cantonnées sur place, des Marocains et des Algériens sont amenés à travailler dans les usines ou sur les docks acquitains. Les étudiants aussi ont été nombreux. Paradoxalement, les liens historiques avec l’Outre-mer ont ici été renforcés par l’arrivée massive des rapatriés après les indépendances.
Certes, la région connaît une culture pied-noir militante, et une “guerre des mémoires” défraie par intermittence la chronique, à Montpellier ou ailleurs, mais les nouvelles générations manifestent leur souci de sortir des ornières communautaires. C’est sans doute ainsi qu’il faut comprendre le travail de mémoire amorcé par les Motivé-e-s et le Tactikollectif de Toulouse. Ces associations, avec le groupe Zebda, ont permis une nouvelle visibilité aux cultures des “Suds”. Le 6 décembre 2006, elles ont participé au colloque à l’Hôtel de région sur le thème “Midi-Pyrénées, Porte des Suds”. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre de la promotion du livre, mais qui a aussi fait l’ouverture du troisième festival “Origines contrôlées”, où il a beaucoup été question d’interaction entre histoire et mémoire. Un chantier à suivre, donc, malgré les retards au décollage…

Sud-Ouest, porte des Outre-Mers, ouvrage sous la direction de Pascal Blanchard, avec Nicolas Bancel, Eric Deroo, Didier Lapeyronnie, Sandrine Lemaire, Christelle Lozère, Olivier Noël, Alain Tarrius, Laure Teulières, Patrick Veglia et Mohamed Zendjebil. Editions Milan, 2006, 240 p., 38 euros

Mogniss H. Abdallah
Agence IM'média
[22/01/2007]

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